[Interview] Laura Carbone

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On la savait pointilleuse, attachée à chaque détail lui permettant de construire pas à pas son univers lointain, très lointain de ses premiers ébats électro-rock. Laura Carbone a maintenant atteint une maturité musicale qui a révélé tout son potentiel grâce à un premier album solo, « Sirens », diamant noir traversé de rayons électriques et magnifiques qu’on est loin d’oublier de sitôt. Alors que sa quête à la fois personnelle, quasi religieuse et universelle traverse le temps et se métamorphose, chrysalide devenant papillon, elle revient ici avec nous sur ses envies, son besoin vital de consumer toute son énergie et l’avenir de ses chansons, passées, présentes et futures.

crédit : Frank Buttenbender
crédit : Frank Buttenbender
  • Comment ça se passe pour toi, avec ton nouvel album ?

Très bien ! Je n’aurais jamais pensé pouvoir dire ça, mais ça se passe mieux que tout ce que j’espérais. J’ai eu d’excellentes critiques dans la presse et des messages adorables de gens partout dans le monde, qui sont tombés amoureux de « Sirens ». Je suis très fière et heureuse, et je profite de chaque moment de cette aventure.

  • « Sirens » est très différent de tout ce que tu as fait dans le passé. Qu’est-ce qui t’a motivée à explorer de nouvelles sonorités, de nouveaux genres ?

Quand j’ai commencé à écrire les nouvelles chansons, je m’ennuyais, j’en avais marre et je saturais de la scène musicale allemande. J’avais besoin d’une feuille vierge, d’un nouveau canevas avec des couleurs différentes et de l’espace. Je voulais créer quelque chose qui soit une empreinte de ma vie intérieure, un journal intime de sons. Je désirais me libérer des mauvaises vibrations et de toutes ces choses négatives.

  • Il y a une évolution constante à travers tous les titres de ton album. « Sirens » est une collection parfaite de multiples inspirations et styles musicaux. Comment t’y es-tu prise pour travailler sur tous ces éléments en studio ?

J’ai travaillé sur l’album pendant plus de trois ans. Pendant son écriture, nous avons sorti le titre « Serotonin » avec mon groupe electro-punk, Deine Jugend. C’est la raison pour laquelle il a fallu tant de temps pour écrire ce disque. Ces trois années expliquent aussi la diversité des chansons. J’absorbais littéralement tout ce que je trouvais et je mélangeais ça avec mon propre son. Il n’y avait pas de limite, ni aucun leitmotiv de départ ; je n’ai fait que ce que je sentais bien.

  • La vidéo qui accompagne le titre « Swans » est comme une peinture vivante. Que souhaitais-tu exprimer à travers elle ?

Oh, c’est un joli compliment, merci ! Je voulais que la vidéo soit comme un rêve ou, plutôt, un cauchemar : les images devaient être floues, filtrées et troublantes.

  • Parle-nous de ton nouveau clip, « Heavy Heavy ». Comment te sentais-tu quand tu l’as réalisé ?

Je voulais capturer ce que je ressentais quand j’avais écrit les paroles. La vidéo devait être dans un noir et blanc profond, avec beaucoup de couches et d’auras différentes. La confusion semble être un motif récurrent dans mon art – ça semble être un absolu. Certaines des scènes ont été tournées en Sicile en 2013 ; on peut y voir ma cousine Emanuela et ma sœur Lisa. Elles portaient toutes les deux des costumes traditionnels siciliens, et la danse elle-même est très traditionnelle. J’avais oublié que je possédais ces images et je les ai redécouvertes alors que je cherchais des scènes additionnelles sur mon ordinateur. Il m’a alors semblé naturel de les utiliser comme une base sur laquelle travailler. Tout ça flottait dans le même espace et il ne m’a fallu que quelques jours pour finir de monter la vidéo. Je suis très satisfaite du résultat et il se pourrait que ce ne soit pas le seul clip que je réalise.

  • Les symboles religieux ont une place importante dans ton travail. Peux-tu nous dire ce qu’ils signifient pour toi ?

Je me sens très attirée par tous ces symboles et signes. Je suis fascinée par la force et l’énergie qu’ils transmettent. Je n’en suis pas certaine, mais dans un sens, ils me font me sentir en sécurité, même si je ne suis pas vraiment une personne religieuse, au sens premier du terme.

  • On peut ressentir une grande part d’expérience personnelle dans tes textes ; un sentiment mêlé de désillusion et d’espoir. Qu’est-ce qui t’inspire intimement quand tu écris des chansons ?

Eh bien, tu soulèves un point intéressant. Je suis passée par une phase de désillusion par rapport à l’existence, avec beaucoup de songes, d’espoir et d’amour. D’une certaine manière, j’avais l’impression de devenir adulte. De passer du statut d’adolescente rêveuse à la réalité. Je n’ai pas été inspirée que par mes expériences – mes amis étaient tout autant une grande source d’inspiration. Dans certaines des paroles, j’ai emprunté des passages de leurs vies et je les ai mélangés avec la mienne. Les chansons sont des contes semi-autobiographiques à propos de la jeunesse et des rêves.

crédit : Tobias Schrenk
crédit : Tobias Schrenk
  • Cette dualité que tu parviens à trouver en interprétant ta propre musique sur scène est risquée, mais admirablement bien amenée. C’est une sorte de mélange entre l’électricité et la paix. Est-ce une chose que tu aimes expérimenter pour mettre en valeur la signification de tes compositions quand tu les joues sur scène ?

La signification des chansons ne change jamais. Mais, parfois, elles sont encore plus appropriées aux sentiments qu’une situation précise me fait traverser. Et d’autant plus quand les personnes auxquelles je pensais en écrivant les paroles sont dans le public. Jouer en live, c’est être en connexion avec l’intuition. Je me laisse porter, dans ces moments-là. Des fois, je ne peux même pas me souvenir de certaines minutes du concert. Et à d’autres moments, je suis totalement consciente de ce qui se passe et je profite de tout ce qui s’agite autour de moi. Mais la plupart du temps, je suis dans quelque chose qui ressemble à une méditation bruyante.

  • Comment se passent les concerts ? Peux-tu nous présenter ton groupe ?

C’est fantastique ! J’aime beaucoup jouer en live et tourner de A à Z. De la préparation du set lui-même au moment de m’écrouler dans mon lit à l’hôtel. Je suis très heureuse d’avoir rencontré des personnes sensationnelles avec lesquelles je peux partager ce rêve.
En ce qui concerne mon groupe en concert, il s’agit de Kevin Potschien à la basse et au laptop. C’est lui qui contrôle toutes les lignes directrices en live et il est également notre prodige sur scène. J’adore son son de basse – il a un côté punk très sale. J’aime le regarder et l’écouter jouer.
Ian Sydow est le guitariste. C’est un véritable génie quand il s’agit de retrouver le son parfait par rapport à ce qui a été accompli auparavant en studio. J’ai été totalement transportée par son interprétation de mes chansons pendant les sessions. Il joue le son indie et aérien parfait, avec beaucoup de tremolo.
À la batterie, c’est Fabian Radtke, qui est à l’origine un batteur de metal ; et crois-moi, ça s’entend. Son jeu rend les chansons plus rudes et naturelles, plus rock’n’roll. Au final, elles deviennent plus fortes, plus bruyantes et âpres sur scène, et ça me plaît beaucoup ainsi.

Laura Carbone

  • Quels sont tes projets dans les mois à venir ?

Je vais commencer à travailler sur le deuxième album. Mais avant ça, j’aimerais beaucoup faire un enregistrement live des sessions et le sortir sous forme de 45 tours. J’aimerais également tourner beaucoup d’ici la fin de l’été et réaliser une autre vidéo. Par contre, je ne sais toujours pas quel sera le troisième single extrait de l’album. Donc, toutes les suggestions sont les bienvenues ! (sourire)


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ENGLISH

One barely knew how precise and passionate Laura Carbone was, caring for every musical detail allowing her to build a moving and constantly evolving world, far away from her first electro-rock experience. She has now reached an artistic maturity, proving her whole potential with her first solo album, « Sirens » ; a black diamond crossed by electric rays, so beautiful that one is far from forgetting it in the near future. While her personal, quasi-religious and universal quest across time endlessly reveals new inspirations and wonders, like a chrysalis changing into a butterfly, she speaks of her desires, her vital need to everlastingly consume all her energy and the future of her past, present and forecoming songs and creations.

crédit : Frank Buttenbender
credit: Frank Buttenbender
  • How are things going with your new album ?

Very good ! I never thought I could say that but things are so much better than I expected. I got  great reviews in the press and lovely messages from people all around the world who also fell in love  with « Sirens ». I am very proud and happy, and I can enjoy every moment of this phase.

  • « Sirens » is really different from all you have done in the past. What motivated you to explore new  sounds and genres ?

When I started writing the first songs, I was annoyed, bored and saturated by the German music scene. I needed a blank space, a new canvas with new colors and room to grow. I wanted to create something that was like a fingerprint of my inner life, like a diary of sounds. I wanted to set myself free from bad vibes and negativity.

  • There is a constant evolution in all tracks of the album. SIRENS is a perfect collection of multiple inspirations and musical styles. How did you manage to work on it in the studio?

I worked on the album for over three years. While I was writing it, we released the record « Serotonin » of my electro-punk band Deine Jugend. This is the reason why it took me so long to write the record. These three years also explain the diversity of the songs. I was literally soaking up everything I found and mashed it up to my own sound. There was no red line, no leitmotiv at the beginning. I just did what felt right.

  • The video for « Swans » is like a living painting. What did you want to express through it?

Oh that is a lovely compliment, thank you ! I wanted the video to be like a dream or, better, a nightmare: things should be blurry, filtered and confusing.

  • Tell us more about your new video, « Heavy Heavy ». How were you feeling while directing it ?

I wanted to capture what I felt when I was writing the lyrics. The video needed to be in heavy black and white and with a lot of layers and auras. Confusion seems to be a leitmotiv in my art  – it seems to be absolute.  Some of these scenes were shot in Sicily in 2013, where you can see my cousin Emanuela and my sister Lisa. Both are wearing traditional Sicilian folk outfits and the dance is also very traditional. I forgot about the material and discovered it when I was looking for additional  scenes on my computer. It felt very natural to use this as a base to work on. Things were floating and I only needed a few days to finish the video. I am very happy with it and this might not be the last video I’ll make.

  • The religious signs are an important part of your work. Can you tell us what they mean to you?

I am very attracted to these symbols and signs. I am fascinated by the strength and power they seem to send. I am not sure, but somehow this makes me feel safe though I am not very traditionally religious.

  • Your personal experience can be felt in your lyrics ; it sounds like something between disillusion and hope. What intimately inspires you when you are writing songs?

Well, you are bringing it on point. I went through a very disillusional phase of life with lots of dreams, hope and love. Somehow it felt like a growing up phase. From dreamy teenager to reality. I was not only inspired by my experiences  – my friends were great inspirations as well. In some lyrics I borrowed their lives and mixed them up with mine. The songs are semi-autobiographic tales of youth and dreams.

crédit : Tobias Schrenk
credit: Tobias Schrenk
  • The duality you manage to find while performing your music on stage is risky but amazingly performed. It is a kind of mix between electricity and peace. Is it something you like to experiment to value and change the meaning of your songs while you are playing live?

The meaning of the songs does not ever change. But sometimes they feel even more appropriate to the situation or the feelings I am in. Especially when the people I had in mind while writing are in the crowd.
Playing live is connected with intuition. I let myself fall into these moments. Sometimes I cannot even remember certain minutes of the set. And sometimes I’m really aware of the moment and enjoy what is happening around me. But most of the time I am in something like a noisy meditation.

  • How are the gigs going? Can you introduce us to your band?

Great ! I love to perform live and I love touring A to Z. From loading in to falling into your hotel bed at night. I am very glad to have found great people to experience this dream with.
My live band is Kevin Potschien on bass and laptop. He is the one who keeps the live files under control and is our technical whizzkid on stage. I am fancying his bass sound – very dirty punk. I love to hear and watch him play.
Ian Sydow is my guitarist. He is a genius when it comes to find the exact sounds of the studio based songs. I was blown away by his interpretation of my songs for my ceremonial sessions. He plays the perfect dreamy, indie sound with lots of tremolo.
On drums is Fabian Radtke, who is a metal drummer – and believe me – you can hear that. His drumming makes the songs harder and more natural, more rock’n’roll.
All in all, the songs are much louder, noisier and rougher on stage and I really like it that way.

Laura Carbone

  • What are you planning to do in the next few months?

I will start to work on the second album. But before that, I would love to do a live recording of the ceremonial sessions and release this on a 7-inch. I would love touring by the end of summer and direct another video. I still have no idea what the third single could be. So, all suggestions are very welcome!


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