Jour 4 : dimanche 10 juillet
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Avec son aspect presque juvénile, le quatuor de Giverny, You Said Strange, inaugure avec détermination et maturité cette dernière journée du festival, à 15h20 sur la scène aveuglée par le soleil « Beauregard ». Auréolé d’une production hors pair et de dates à faire pâlir plus d’un groupe (dont l’édition du festival Levitation France à Angers), le groupe récolte toujours et encore la monnaie de ses pièces musicales. De formidables opus pop et psyché qui, à chaque fois, embarquent le public dans des spirales énervées, mais apaisantes. Petit poucet devenu grand, l’écriture surdouée de You Said Strange n’a d’égal que ses inspirations impolies et phoniques lorgnant sur le territoire des plus grands. On ne manquera pas de les retrouver non seulement en interview dans ces colonnes, mais lors de leur beau propre festival Rock in the Barn. En attendant, le groupe engrange ses titres en toute efficacité devant un public se félicitant d’assister à cette belle messe du dimanche.
Un ange, que dire, un OVNI passe sur la scène « John » à 16h10. Artiste le moins connu de la journée, mais pas des moins efficaces, Lewis OfMan nous offre un grand numéro de saltimbanque musical. Touche à tout depuis son plus jeune âge, il plante son univers et se produit sur chaque scène avec autant de passion et de générosité que ses poèmes baignés d’un soleil encore au zénith. Seul aux claviers – et peut-être pas seul dans sa tête, le Parisien gagne son pari de bien jouer des coudes face à l’affiche dominicale. Un sonique « youth » qui saura prouver une nouvelle fois que le talent d’un artiste n’est pas forcément lié à son jeune âge.
Les bêtes de KO KO MO sont lâchées sur la scène « Beauregard » à 17h05. Le duo rugit une nouvelle fois devant un parterre rouge de plaisir, d’un trop-plein de soleil et d’un pas assez de sommeil. Mais qu’importe. La guitare et la batterie emportent tout sur leur passage et les pas sages de KO KO MO s’en donnent à cœur joie dans ce rocambolesque moment revival à déraciner Robert Plant. Frenchies investi par le son des 60’s et 70’s, la musique jouée par Warren et K20 revisite sans cesse et sans fatigue toute l’énergie et la nostalgie de riffs passés, sonnant formidablement contemporains et communicatifs. Le duo nantais prend son pied avec sa musique et son public qui le suivra fidèlement sans ennui jusqu’au bout de la nuit. Chapeau à plume messieurs !
Grosse panne de jus pour aller (re)voir General Elektriks, mais surtout PNL que pour rien au monde nous ne serions allés voir. Car ces derniers représentent parfaitement un style vocal et comportemental que nous ne saurions apprécier. À commencer par un retard de 25 mn pour monter sur scène. Un caprice, mais pas des Dieux.
En joue, feu ! à 20h20 sur la scène « John ». Le groupe Feu! Chatterton fascine chaque jour un public toujours plus fidèle et plus nombreux. Les Parisiens ont le sourire et le cœur sincères sur scène. Chaque apparition devient un honneur et un bonheur. Sans relâche et sans jamais s’offusquer de tourner autant, le groupe multiplie ses extraordinaires rencontres partout en France. Impossible de les louper. Impossible de ne pas les aimer. Impossible de ne pas vibrer sur chacune de leurs chansons inspirées et énergisantes. Il n’y a pas si longtemps, nous avions passé du temps avec eux en interview pour indiemusic en amont d’un petit concert devant 100 personnes. Aujourd’hui, il n’y a pas une salle sans personne pour venir faire la fête musicale avec Arthur et ses acolytes qui à chaque fois nous font crier « oh ouiiiii » ! Le concert scotche tout le monde et il est à parier que Feu! Chatterton n’est pas au Teboul de nous réserver de nouvelles belles surprises.
Le patron Matthieu Chedid n’aime pas se faire désirer et embrasse sa scène « Beauregard » à 21h25. -M- n’a pas de temps à perdre. Il a beaucoup de choses à nous dire, à nous chanter, à nous montrer. Il nous ouvre son livre de famille, son carnet de musique, son Jukebox. Il surfe sur ses hits, nous charme avec des moins connus, fait de nombreux clins d’œil par ci par là et à l’extrême élégance de se tenir au fond de la scène le temps de la reprise « Space Oddity » par sa fabuleuse bassiste Gail Ann Dorsey, acolyte des Tears for Fears puis de David Bowie à partir de 1995. Les titres de -M- sont connus de tout le public qui aime à les entendre, à les chanter, à les vociférer voir se substituer à la voix de Chedid. Fils, mais aussi père que Matthieu aime inviter virtuellement à côté de lui.
Après un peu de douceur dans un monde de brutes, les Canadiens peroxydés de Sum 41 prennent « en otage » la scène « John » à 22h55 pour un grand moment brut dans un monde de douceur. Ultime occasion cette année de se déchaîner sur du rock puissant et incisif, le public de skateurs et autres s’en donne à cœur joie dans une pogo gigantesque et hystérique pour célébrer ce groupe punk mythique des années 2000. Le son et les artifices sont ultrapuissants, les robinets de décibels sont grands ouverts pour un dernier moment survolté dans l’enceinte du domaine. Le feu est mis même s’il n’y a plus rien à brûler à part peut-être les derniers sticks d’énergie des festivaliers.
Festivaliers qui resteront encore jusqu’à minuit auprès de la scène « Beauregard » pour cet autre moment ultime, dédié cette fois ci à la dance. Martin Solveig qui connaît la côte normande comme sa poche mixe ses hits avec un plaisir non dissimulé, à se faire se demander si le rôle d’un énorme DJ n’est-il pas simplement de mixer et boucler proprement et en rythme les tubes qui font l’unanimité ?
Les portes du château de Beauregard se referment après un séisme de cinq jours qui paradoxalement pourra avoir fragilisé ses voutes, mais sans jamais altérer son organisation et sa programmation. Le tout servi par une organisation et des bénévoles hors pair que nous applaudissons fortement avec toute l’énergie qu’il peut nous rester dans nos mains.
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