[Live] La fureur et l’amour : Maruja et Killing Spree ont embrasé la micro de Stereolux

Ce lundi 1er juin, la salle micro de Stereolux affichait complet pour le plus grand bonheur des amateurs d’un son mature, dense et amplifié. Coproduite avec Pannonica, cette soirée s’imposait comme un rendez-vous attendu de très longue date : initialement programmée en décembre dernier, la date avait dû être reportée pour des raisons de santé. L’attente n’en était que plus fiévreuse. Il faut dire que le quatuor mancunien Maruja affole les radars ces derniers mois avec son énergie scénique explosive, à la lisière parfaite du post-punk et du jazz, magnifiée par leur récent premier album Pain to Power. Retour sur une messe rock viscérale, brute et profondément ancrée dans son époque.

Maruja © Fred Lombard
Maruja – crédit : Fred Lombard

Killing Spree : le chaos chirurgical du free metal

Pour ouvrir les hostilités, le public nantais a eu droit à une claque magistrale administrée par Killing Spree, un duo résolument atypique. Porté par le jeu athlétique de Grégoire Galichet à la double batterie et Matthieu Metzger au saxophone trituré par des effets bricolés et une talkbox, le groupe propose un alliage détonnant. À mi-chemin entre improvisation libre et agressions sonores passées à la fraiseuse de références telles que Death, Morbid Angel ou Meshuggah, leur free metal est envoyé à toute berzingue. L’effet est saisissant, semblable à un canadair lâchant toute sa charge au cœur d’un incendie.

Soutenu par un growl bestial aux accents black metal, le tandem intègre une dimension politique forte en empruntant un texte à la figure révolutionnaire Louise Michel. Sous les assauts d’un light show purement épileptique, la micro s’est figée, captivée par ce prodigieux désordre de maîtrise qui se jouait sur scène. Une reprise habitée de Morbid Angel est venue sceller pour les connaisseurs ce moment de free jazz furieux. Loin de s’enfermer dans une posture austère, les musiciens ont pris soin de ponctuer le set de transitions pleines d’autodérision quant à leur succès de niche. Une reconnaissance d’estime amplement méritée pour une entame de soirée mémorable.


Maruja : une déclaration d’amour par la colère

C’est ensuite au tour de Maruja de prendre possession des lieux. Sur scène, Harry Wilkinson (chant, guitare), Joe Carroll (saxophone), Matt Buonaccorsi (basse) et Jacob Hayes (batterie) livrent une démonstration de puissance proprement phénoménale. Emmené par un Wilkinson éruptif, le quatuor de Manchester installe d’emblée une ambiance survoltée et révoltée. Leur savante fusion des genres se révèle encore plus organique, dévorante et séduisante sur scène que sur disque, portée par une générosité de chaque instant.

Naviguant avec virtuosité entre envolées jazz planantes et subites décharges de rage rock, le groupe maintient une intensité constante devant le drapeau de la Palestine accroché en fond de scène. Le concert bascule rapidement dans l’immersion totale : Harry Wilkinson s’offre un bain de foule torse nu, micro au poing, fendant la masse compacte. Plus tard, c’est son acolyte Joe Carroll qui rejoint à son tour la fosse ; ses spasmes harangueurs culminent lors d’un jam de saxophone acclamé par les fans, tandis que le public de la micro resserre les rangs dans quelques pogos aussi généreux que bons enfants.

Dans ses vertigineuses constructions math rock, Maruja évoque tout à la fois la noblesse jazz de GoGo Penguin, les structures de Foals, la conscience des luttes de Loyle Carner et la transe scénique d’Idles. Du pur sang anglais. Mais au-delà de la fureur, leurs chansons portent des thématiques brûlantes : la santé mentale, la solidarité, et la nécessité impérieuse de faire communauté pour dire aux autres qu’on les aime. Leur musique résonne comme un testament de fraternité, une déclaration d’amour par la colère face à l’inaction des puissants, doublée d’une aspiration à la paix par la lutte consciente.

Cette communion rare s’est achevée de la plus poignante des manières : par une minute de silence absolue, observée par tout un public le poing levé dans la salle, en hommage aux victimes des guerres en Iran, en Palestine, en Ukraine et dans les autres pays meurtris par le chaos. Un silence de plomb et de respect, finalement brisé à l’unisson par un puissant « Siamo tutti antifascisti » scandé par la fosse. Un instant suspendu, marquant, indéniablement ancré dans son époque.


Setlist de Maruja :

Bloodsport
Trenches
Break the Tension
Zeitgeist
Thunder
Born to Die
Saoirse
The Invisible Man
Look Down on Us
Resisting Resistance


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Fred Lombard

Fred Lombard

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques