Jeudi 15 mai, Saxon s’est produit sur la scène du Zénith de Nantes dans le cadre de son Castles & Eagles Tour, avant des passages à Paris et Toulouse. Le légendaire groupe de heavy metal britannique a interprété une myriade de classiques, dont l’intégralité de son album culte Wheels of Steel. Les deux premières parties, 100 % françaises, ont été assurées par Overdrivers et Sortilège.

Le soleil tape très fort sur l’esplanade du Zénith Nantes Métropole. Avant l’ouverture des portes, les irréductibles sont déjà là. Looks de loubards à foison, bikers à barbe blanche, vestes en jean sans manches, myriades de patchs et de t-shirts : les fans de la première heure attendaient ce moment avec impatience. Il faut dire que la venue des Britanniques, portée par le show Castles & Eagles et le cycle scénique autour de Wheels of Steel, a un temps été compromise : ces dates françaises avaient d’abord été annoncées pour septembre 2025 avant d’être reportées après les soucis de santé de Biff Byford, son chanteur aujourd’hui âgé de 75 ans.
Saxon fait partie de ces groupes qui forcent l’admiration. De ceux qui ont traversé les décennies sans jamais trahir leur cap, entre triomphes et passages plus discrets. Depuis sa formation à Barnsley, en Angleterre, au milieu des années 1970, le groupe est resté sur la route, en tournée comme à l’affiche de nombreux festivals.
Ponte de la New Wave of British Heavy Metal aux côtés d’Iron Maiden et de Judas Priest, Saxon est aussi une véritable machine à tubes. Les albums Wheels of Steel ou encore Denim and Leather — pour ne citer qu’eux —, devenus cultes pour des générations de musiciens, ont également été d’immenses sources d’inspiration pour plusieurs mastodontes du genre, à commencer par Metallica, qui assurait la première partie du groupe anglais au Whisky a Go Go en 1982. Bref, assister à un concert de Saxon, c’est voir un petit morceau de l’histoire du heavy metal.
C’est dans un Zénith réduit – « dans les 1 800 places sur une capacité de 9 000 », souffle un agent de sécurité – que les Britanniques inaugurent la date nantaise de leur courte tournée française, avant Paris et Toulouse. La scène est avancée et une partie des gradins est fermée. Qu’à cela ne tienne. Dès l’entrée dans la salle, l’ambiance se révèle plus intimiste. Et ce, pour notre plus grand bonheur.
Overdrivers, ambiance high energy rock’n’roll, duckwalk et cheveux longs
19 h. La fosse est déjà bien compacte. Pour inaugurer la soirée, c’est au quatuor béthunois, récemment revenu avec Glory Or Nothing et lancé dans une longue tournée 2025, de chauffer la salle. Lorsque les quatre gaillards survitaminés aux cheveux longs foulent la scène, les amplis Marshall, derrière eux, sont prêts à cracher.
Débardeur noir sur les épaules, Adrien Desquirez, le chanteur, enlace de ses bras bodybuildés une Gibson Explorer rouge pétante. Dès les premières notes, on comprend immédiatement où les Nordistes veulent nous emmener : dans un hard rock brut, sans fioritures, droit au but.
Un hard rock bluesy aux riffs accrocheurs, où l’on chante les refrains en chœur et où les solos donnent envie de faire le duckwalk à la manière d’Angus Young. L’influence d’AC/DC et d’Airbourne sur les auteurs de Glory Or Nothing saute aux yeux. Et pour notre plus grand plaisir, les quatre acolytes s’amusent sur scène. Leur sincérité et leur joie sont contagieuses. L’efficacité est redoutable. On en reprendrait volontiers.
Sortilège, porte-étendard du heavy metal français
Après le hard rock made in France, place au heavy metal tricolore. Son plus fidèle représentant reste la formation menée par Christian « Zouille » Augustin. Après quelques années d’activité et la sortie de ses premiers albums au début des années 1980, le groupe cessera de jouer pendant plus de trente ans. Mais depuis sa reformation en 2019, puis la relance entérinée par Apocalypso, Sortilège écume de nouveau les salles et les festivals. Au printemps 2026, les Parisiens défendent désormais Le Poids de l’âme, paru quelques mois plus tôt après avoir prolongé l’élan de Apocalypso. L’excitation monte d’un cran lorsque, derrière des écrans de fumée, les cinq membres du groupe apparaissent.
C’est sur « D’ailleurs » que Sortilège ouvre son set. Un heavy metal pur jus tiré de Métamorphose, deuxième album du groupe, sorti en 1984. Plus de quarante ans ont passé et, visiblement, le temps n’a rien enlevé à la superbe des Parisiens. Lunettes de soleil type aviateur sur le nez, Christian Augustin impressionne toujours par la justesse de son chant. On se laisse happer par les textes en français et le son old school de la formation parisienne, entre envolées lyriques, riffs massifs et solos épiques : Sortilège donne une véritable leçon de heavy metal. Dans le public aussi, sa venue était très attendue.
Lorsque les premières notes de « Chasse le dragon » retentissent, des fans hurlent leur amour pour le quintet. Le refrain, repris comme un hymne, est chanté à pleins poumons par la foule. Les bras se lèvent, la communion est totale. À l’heure où le style évolue et où le heavy metal « à l’ancienne » est en perte de vitesse face à d’autres genres, Sortilège a traversé le temps. Malgré les décennies de pause, la mort de son ancien guitariste Bruno Ramos, les succès comme les désillusions, le groupe prouve ce jeudi soir qu’il est toujours debout. Son public aussi. Pour celles et ceux qui souhaitent prolonger l’expérience, Sortilège se produira sur la Mainstage du Hellfest, quelques heures avant Iron Maiden, le 19 juin prochain.
Saxon, l’aigle veille sur les légendes immortelles
Alors que l’entracte commence, on aperçoit les roadies préparer la scène. Difficile de passer à côté de cet aigle géant en acier suspendu dans les airs. Sur le plancher, deux grandes statues de pierre sont installées aux extrémités de la scène. Le spectacle promet. La troupe de Biff Byford voit les choses en grand, dans la continuité d’un show Castles & Eagles pensé comme un écho direct à ses grandes heures scéniques.
Un large rideau est abaissé avant le début du concert. Lorsque les lumières s’éteignent, la salle, désormais pleine, entre en fusion. L’intro de « Prophecy » retentit. Une longue montée en tension parfaite avant que le rideau ne tombe d’un coup. Le riff de « Hell, Fire and Damnation » explose alors dans le Zénith. Apparaissent, tels des héros, Biff Byford, Doug Scarratt, Nibbs Carter, Nigel Glockler et le guitariste Brian Tatler, ex-membre et fondateur de Diamond Head, qui a rejoint Saxon en 2023.
S’avançant vers le centre de la scène tel un roi, les bras écartés face à la foule, Biff Byford dévoile immédiatement son aura magnétique. Toujours vêtu de son long manteau noir aux boutons d’argent, les cheveux grisonnants tombant sur ses épaules, le chanteur a le sourire aux lèvres. Ce dernier est communicatif. Depuis la fosse, personne n’a envie de le quitter des yeux. À 75 ans, cette figure monumentale du heavy metal conserve une voix impressionnante de puissance et de justesse. Au-dessus de lui, l’aigle se met à scintiller et illumine toute la scène. Le moment est dingue. Le groupe déroule alors le début d’un set quasi parfait, où chaque titre sonne divinement bien. On se prend du metal en pleine face.
Après quelques morceaux, il est temps de regarder dans le rétroviseur. Biff prend le temps de parler avec le public de l’année 1980. Une année charnière, « où il n’y avait pas encore TikTok, ni Facebook, ni même les CD », s’amuse le chanteur. Pourtant, 1980 reste surtout l’année de sortie de Wheels of Steel, futur classique du heavy metal. La pochette de l’album, avec son aigle sur fond bleu, apparaît alors sur l’écran géant. C’était sans doute le moment que tout le monde attendait. Sous les cris d’excitation du public, dont une bonne partie s’est levée dans les gradins, les auteurs de Wheels of Steel se mettent à jouer le disque dans son intégralité. De « Motorcycle Man » à « Machine Gun », la turbine à hits est lancée et ne s’arrête jamais.
Biff Byford et ses acolytes concluent leur set de patron avec une poignée d’autres classiques, dont les indéboulonnables « Crusader » et « Princess of the Night ». Inutile de rappeler que le groupe n’avait plus rien à prouver. Pourtant, le temps d’une soirée, Saxon a encore montré ce qu’il est : une légende du heavy metal qui, après des décennies de carrière et d’innombrables concerts à travers le monde, joue toujours avec la même sincérité devant un public fidèle. Si vieillir permettait de ressembler à ça, alors la peur des années qui passent ne serait plus vraiment un sujet.
Retrouvez Saxon sur :
Site officiel
Retrouvez Sortilège sur :
Site officiel – Bandcamp
Retrouvez Overdrivers sur :
Site officiel – Bandcamp





































