[Live] Festival Aurores Montréal 2018

Mardi 4 décembre à La Bellevilloise

Second soir à La Bellevilloise : Mark Bérubé et Elisapie

Le duo électro-pop féminin de Montréal Milk & Bone ne sera finalement pas de la partie ce soir (les chanteuses ont dû annuler leur tournée pour raison de santé. Les deux jeunes femmes proposent une musique accrocheuse, taillée tout à la fois pour les nuits de clubbing enfiévrées, mais aussi pour pleurer dans sa bière (ou tout autre breuvage de votre choix) accoudé au bar. Voyez plutôt !

C’est donc le francophone Mark Bérubé qui déclenche les hostilités ce soir avec son projet Kliffs. Il nous montrera plus tard les difficultés d’avoir un nom accentué dans le monde anglophone, avec notamment l’imitation convaincante d’un docteur allemand qui l’appela lors d’un séjour à Berlin : « Her Berub ». C’est la raison pour laquelle son projet ne porte désormais plus son nom.

L’homme, dans le look comme dans la voix nous fait penser à un Dylan période 80’s. Il est équipé d’une formidable Gretsch (pléonasme) aux chromes rutilants dont il tire de beaux phrasés blues. Dans l’ensemble, sa musique est assez proche de celle du soir précédent en ce qui concerne le volume sonore et l’atmosphère. Nous avons affaire à une musique folk pop spontanée, suave, mais aussi froide comme les plaines du Manitoba d’origine de son créateur. Kristina Koropecki, moitié du duo, l’accompagne en passant avec aisance du clavier au violoncelle. Elle décore les morceaux d’harmonies vocales et déclenche parfois des boucles de rythme, alors que Mark, aussi au clavier, déverse d’inquiétantes nappes de synthétiseur.

En l’absence de Milk & Bone, les deux artistes de ce soir ont plus de temps à leur disposition et l’utilisent à merveille. Voici maintenant venir sur scène Elisapie. Figure autoritaire, elle apparaît vêtue d’un manteau long et s’exprime avec une certaine solennité qui évoque la sagesse de ses origines inuites (Inuk plus précisément). L’artiste et son groupe ont installé sur scène une batterie et font monter les décibels. Les morceaux sonnent folk rock, on entend les influences de Crosby, Stills, Nash and Young. La chanteuse nous interprète ses compositions d’une voix exaltée, tantôt douce tantôt puissante. Bien qu’elle parle français pendant les interludes, elle alterne entre l’anglais et l’inuktitut (la langue inuite) lorsqu’elle chante.

Son habille guitariste dessine de parcimonieuses, mais indispensables enluminures, puis lâche des solos précis avec une légère distorsion qui enfle subtilement. Quant au bassiste, il se harnache parfois d’une guitare baryton avec laquelle il exécute de gros breaks suintants qui relancent les morceaux. Elisapie nous comte une anecdote à propos de sa communauté inuite de Salluit, petit village de l’extrême nord du Québec. Elle nous raconte également comment elle a obtenu une chanson de Pierre Lapointe, compositeur québécois de renom, puis termine son set par un long morceau plus explosif qui semble combler l’auditoire.

Aurores Montréal est un festival qui gagne à être connu. En faisant un pont entre les cultures françaises et canadiennes, il permet notamment de réaliser à quel point les auteurs-compositeurs québécois épousent la musicalité anglo-saxonne dans leurs chansons en français, pour délivrer des morceaux riches de sens dans le texte mais aussi très denses musicalement. Écoutez notamment Louis-Jean Cormier qui fit un passage au festival en 2016 ou Émile Bilodeau en 2017.

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