[Live] Festival Aurores Montréal 2018

Pour sa sixième édition, le festival français qui célèbre la culture canadienne et québécoise, se tenait dans plusieurs illustres lieux parisiens : de la Maroquinerie au plus formel Centre culturel canadien en passant par l’imposante Église Saint-Sulpice. Nous nous sommes rendus aux deux premiers soirs du festival pour y écouter la fine fleur de la musique de la Belle Province.

Elisapie – crédit : David Poulain

Premier soir à la Maroquinerie : Moran, Sarah-Toussaint Léveillé et Daran

Salle de taille moyenne, la Maroquinerie marque par son originalité. En face de la large scène se trouvent deux hautes marches en béton qui partent des extrémités de la scène et forment un u, sur lesquelles s’assoient les spectateurs. Cela donne à l’endroit l’air d’un amphithéâtre pop et accentue l’atmosphère intime des concerts qui auront lieu ce soir. Effet renforcé par les spectateurs assis en tailleur, au milieu de la fosse formé par les marches.

Pour ce premier soir, le Québécois Moran ouvre le bal. L’artiste est sobrement accompagné d’un seul musicien. Il nous joue, entre autres, quelques titres de son dernier album, « Le Silence des chiens », sorti en 2017. L’homme est doté d’une voix au grain épais, chaudement éraillé, qui n’est pas sans rappeler celle de Jacques Higelin. Il interprète ses titres avec un timbre plein au vibrato tendu et maîtrisé qui raisonne contre les murs du lieu. Si l’artiste affiche dans ses compositions un vrai goût pour la poésie et met en avant les textes, ses morceaux révèlent aussi une vraie sophistication musicale.

Lorsqu’il s’accompagne, il lie ses accords de guitare avec des lignes mélodiques dans les graves, alors que son comparse l’appuie avec des harmonies vocales adroites, tantôt discrètes en guise de soutien, tantôt plus appuyées et plus déchirantes. Enfin, l’homme montre qu’écrire en français n’empêche pas d’avoir une réelle maîtrise de la rengaine pop, lorsqu’il entonne un de ses titres repris en chœur pas l’assemblée. Le set de Moran se termine par un titre en forme d’apothéose, qui propose d’amples boucles de batterie et des cris copieusement réverbérés. Morceau qui représente bien la couleur musicale de l’artiste : un folk froid et éthéré évoquant le Grand Nord canadien.

Bref intermède, le temps de changer de plateau et remplir le gobelet de bière. Nous parvenons à trouver une place sur les froides marches de béton bordant la petite fosse, alors que sur scène, violoncelles et guitares sont en train d’être disposés. Une dizaine de minutes plus tard arrive sur scène Sarah-Toussaint Léveillé, jeune femme gouailleuse à l’indéniable charisme. Elle entame son set par une longue histoire à propos d’une de ses amies qui, ayant fait le choix d’accoucher à domicile, lui demanda de filmer l’heureux l’évènement. Si l’anecdote est pleine d’humour, elle confie qu’on ne l’y reprendra plus. Cela étant dit, conclusion heureuse, l’épisode lui aura inspiré une chanson qu’elle nous interprète dans la foulée.

Sa musique est un folk vaudeville bien canaille, qui trempe parfois dans un country blues menaçant distillant illégalement du spiritueux sous la lune québécoise. La jeune Montréalaise a la langue bien pendue et elle ne manque pas de décocher une vanne bien sonnée entre chaque titre. Sa victime favorite : Céline Dion. Plus tard dans la soirée, elle lève la tête vers son audience, l’air goguenard, et joue les premières notes de la chanson de Titanic sur sa guitare acoustique. Humour quand tu nous tiens. La boutade fait sensation. Ses chansons sont des pépites opalescentes amenées avec un petit filet de voix murmuré et des textes finement ciselés, le tout emballé dans les cordes de ses accompagnateurs (et accompagnatrices). Cette association maintient la musique de STL dans une catégorie très personnelle qui ne permet pas les étiquettes.

Second intermède. C’est maintenant Daran, chanteur français, québécois d’adoption, qui investit la scène. Il interprétera ses morceaux seul avec sa guitare et son tabouret haut. Ayant atteint la popularité grâce à son tube « Dormir dehors » sorti en 1995, il collabora entre autres avec Yarol Poupaud (Black Minou, guitariste de Johnny et ex-FFF). Ce soir, il se démarque de ses deux compatriotes par son approche vocale plus athlétique. D’influence blues et rock, son chant marque par un large ambitus. Il monte parfois en voix de tête pour des notes fragiles ou reste en voix de poitrine pour des notes plus tranchantes et même parfois éraillées.

Il déroule ses textes sombres s’accompagnant avec sa guitare de chromatismes abrasifs. À nouveau, son chant recèle de belles lignes mélodiques, plus larges que ce que l’on peut habituellement entendre dans les interprétations des artistes de la francophonie. En ceci, mais aussi dans les textes, l’artiste rappelle parfois Bertrand Cantat. Sur son avant-dernier titre il parvient à coordonner l’assemblé à qui il demande d’exécuter des chœurs bluesy sur « Halima » alors qu’il se persuade lui-même à chanter la partie aiguë du morceau, ne se trouvant ce soir, pas très en voix. Son passage se termine par une valse au texte hédoniste.

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