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[Interview] Bipolar Explorer

Note for our readers: for the ENGLISH LANGUAGE VERSION of the interview, CLICK HERE.

Loin de tous les clichés rock actuels, la musique de Bipolar Explorer prend le temps de poser ses repères pour mieux les troubler dans des élans artistiques lents, réfléchis et obsédants. Alors que son nouvel album, « Dream Together », est sorti en début d’année et offre une nouvelle identité au projet, le groupe prouve qu’il n’a de cesse d’explorer les recoins les plus intimes de son art, là où l’inspiration demeure intacte et liée à un vécu aussi intense que tragique. Retour sur la genèse de dette entité hors norme en compagnie de Michael Serafin-Wells, pour découvrir en sa compagnie les désirs et intentions d’une musique lumineuse et ancrée dans une existence où le sublime côtoie à chaque instant la douleur et la confidence.

  • Bonjour Michael et merci de bien vouloir répondre à nos questions ! Tout d’abord, peux-tu nous présenter Bipolar Explorer ?

Bonjour ! Bipolar Explorer se compose de Summer Serafin (voix), moi-même – Michael Serafin-Wells (voix, guitare, basse, percussions) et Jason Sutherland (guitare et chœurs).

  • Quand le projet est-il né ?

Le son du groupe tel que nous le connaissons aujourd’hui a connu ses débuts quand j’ai rencontré Summer, fin 2007. Nous avions déjà sorti un premier album l’année précédente (« Go Negative » chez Slugg Records, en 2006), mais tout changé – la musique et ma propre existence – après l’avoir connue. Nous voulions faire quelque chose ensemble et son influence était énorme sur bien des aspects et sur tous les fronts. Mon son de guitare a changé, de même que ma manière d’écrire et notre façon d’enregistrer. J’ai toujours pensé que mes démos étaient, d’une certaine manière, meilleures que les enregistrements en studio (j’avais déjà fait deux albums avec mon premier groupe, Uncle, à la fin des années 90) et Summer a été la première personne à ressentir la même chose. Elle sentait qu’il y avait une immédiateté dans nos enregistrements effectués dans notre propre studio, à la maison. Parfois, tu as juste besoin qu’une personne en qui tu as totalement confiance te dise que tu sais parfaitement ce que tu fais et qu’il faut que tu y croies, pour toi-même. Summer m’a offert cette vision. Ça, et des milliers d’autres choses.

Je faisais partie de ce qu’on pourrait appeler un groupe plus foncièrement indie rock dans les années 90 (Uncle). On a beaucoup joué au CBGB ainsi que dans d’autres clubs new-yorkais qui n’existent plus aujourd’hui. Nous avons sorti deux albums, puis nous nous sommes spontanément séparés en 2000. Le premier disque de Bipolar Explorer est sorti quelques années plus tard, mais son esthétique rock était pratiquement la même que sur mon projet précédent – juste moi jouant de tous les instruments, sauf la batterie, qui était interprétée par le troisième, dernier et meilleur batteur de Uncle, Yves Gerard, qui a également produit le disque. Ce n’est que lorsque j’ai rencontré Summer que Bipolar Explorer est devenu ce qu’il est maintenant. Le groupe a commencé à émerger et trouver sa voie actuelle quand Summer et moi nous sommes rencontrés et qu’elle nous a rejoints. Ça a été une totale remise à zéro. Quelque chose de plus minimal mais, en même temps, de beaucoup plus riche en termes de sonorités. Et, de façon volontaire, avec peu de batterie. Nous n’avons viré personne – Yves a quitté la ville, a acheté une maison avec sa femme à quelques heures de route d’ici et s’est concentré sur le travail rythmique depuis chez lui, donc il n’était plus proche de nous, géographiquement parlant. Nous avons alors décidé que nous allions continuer avec ce nouveau son sans percussions, d’abord pour voir si ça nous plaisait. Je pense que ça nous a rapprochés. Et que cet aspect de notre musique fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Tu vois ce que je veux dire ?

  • Tout à fait ! Quels étaient vos objectifs quand vous avez commencé avec ce nouveau format ?

Summer a amené non seulement une nouvelle esthétique au groupe, mais également pour moi. Elle m’a fait réfléchir de manière différente. Et je pense qu’alors, mon écriture est devenue plus personnelle tandis que le son devenait, quant à lui, plus imposant, d’une certaine manière. Pas simplement plus fort (ah, c’est vrai qu’on joue fort, mais bon !…), mais plutôt, comment dire, vivant, je trouve, et émotionnel. Il y a huit ou dix ans, nous avions choisi cette voie et nous avions l’habitude de nous définir comme « un genre de punk-rockers qui ont décidé de jouer moins fort et sans batterie, en partie parce que ce n’était pas nécessaire, mais également parce que nous voulions savoir si nous aimions ça », mais je crois que ce n’est pas totalement exact. Je pense que nous avons commencé à jouer selon la manière dont nous nous sentions intérieurement. Summer est la personne la plus courageuse que j’aie jamais rencontrée, et elle ne pouvait jamais faire les choses à moitié. Elle fonçait tête baissée dans la vie et elle a ouvert mon esprit. Quand je repense à ce que nous écoutions à nos débuts, il s’agissait surtout de musique épique. Je veux dire, selon les genres, c’était assez varié – on passait de Bon Iver à The National, de Goldfrapp à DCfC, de Fever Ray à Radiohead et Low (à qui l’on doit beaucoup) -, mais sans nous focaliser précisément sur un style différent parmi tous ces artistes, même si leur musique est minimale dans la composition et émotionnellement toujours très intense. Et je crois que, même si on n’entend pas forcément l’influence de ces groupes sur nos propres créations, cette dernière nous a motivés.

  • Parlons de votre nouveau disque, « Dream Together ». L’album pourrait n’être considéré que comme une seule et même longue plage musicale, mais en même temps, il contient de nombreux mouvements et vagues. Comment l’avez-vous enregistré, et quelles idées souhaitiez-vous développer à travers lui ?

C’est une très bonne question ! Nous essayons toujours de penser nos albums en ces termes, à savoir, quelque chose qui a un mouvement et t’emmène quelque part, et pas simplement une collection de chansons, tu vois ? D’habitude, nous avons déjà la séquence complète qui forme le disque avant même de commencer l’enregistrement de chaque piste. Littéralement, nous avons cette séquence sur un mur en face de nous en studio avant de débuter les prises et, pendant que nous répétons les chansons, nous jouons l’intégralité de cette même séquence, juste pour voir ce que ça donnerait en live. Quatre des titres sont des instrumentaux – tu l’as d’ailleurs mentionné dans ta chronique, et j’ai trouvé que c’était très intéressant -, et j’ai su dès le départ à quel moment ils devaient apparaître dans la séquence. Le disque s’ouvre avec l’un d’eux (comme ce qu’avait fait Bob Mould sur « Workbook ») afin de faire entrer lentement l’auditeur dans le voyage qui s’annonce, alors que les trois autres semblent flotter comme des transitions à différents moments du disque. Ce qui, je pense, donne des respirations à l’ensemble.

Un mot d’ailleurs, à ce propos : ces dernières années, j’ai écouté beaucoup de post-rock instrumental – Qualia et Loscil, ainsi qu’un superbe disque de Bass Communion, « Ghosts On Magnetic Tape », de même que des albums au son plus ample, comme Lanterns On The Lake (qui n’est pas purement instrumental, mais la voix et les paroles de Hazel Wilde me rappellent tellement Summer et, fait étrange, ils ont sorti leur album « Beings » le jour de son anniversaire, le 13 novembre) ou le travail instrumental de Brian Wilson sur « Pet Sounds » – et je pense que ces influences ont trouvé leur place dans ce que nous faisons. Il y a également ce double album-compilation édité en 2001, « A Rocket Girl’s Companion ». L’un de mes amis basé à Londres, Ras Terifa, me l’a offert à Noël l’année de sa sortie. Chaque disque est rempli au maximum, avec quelque chose comme 72 minutes de musique. Ce sont des titres très longs, mais avec un flow admirable fait de longues nappes et de silences – le genre de musique idéale à écouter dans ta voiture, si tu vois ce que je veux dire. De même, la séquence est très importante pour nous, ainsi que la façon d’indexer les titres. Et cet album, « Rocket Girl », avec sa manière d’alterner des fade-ins et des fades-outs et de longs silences – sans parler de son exquise ambiance – m’a vraiment parcouru tout le corps. Cela a affecté notre manière de construire nos albums. Et ce disque a une telle importance dans ma vie que j’ai failli oublier de le mentionner. Big Ups to Rocket Girl !

Pour répondre à ta question sur notre façon d’enregistrer, et brièvement, les prises sont faites dans des conditions live. La plupart des groupes commencent par enregistrer ensemble leurs titres afin d’avoir une base pour chacun d’entre eux. Ça permet d’être certain que la batterie est bien en place et que l’ambiance de la chanson est la bonne. Après, tu peux revenir en arrière, ajouter des overdubs et placer les guitares, la voix, etc… Bien sûr, nous n’avons pas de batterie, mais nous interprétons tout de même les titres dans ces conditions de prise directe – Jason et moi jouons les guitares et je chante la ligne de voix de référence -, tout ça en live. Ça permet de verrouiller les choses. Et nous nous servons alors de tout ça. Ça reste toujours très spontané et live, parce que nous nous servons beaucoup des sons de guitares enregistrés dans ces conditions, de même pour la ligne de chant, et il n’y a pas un seul titre sur lequel celle-ci n’est pas utilisée d’après la première prise. Je joue ensuite la basse et j’assaisonne le tout de quelques percussions discrètes, puis nous enregistrons les chœurs et les voix off ; avant l’instant crucial, à savoir, intégrer la voix de Summer. Mais l’ensemble demeure essentiellement live. Nous écoutons le résultat en playback, nous trouvons une idée et nous l’ajoutons. C’est comme ça que Summer aimait que nous travaillions. Et c’est d’ailleurs ce que nous écrivons toujours dans le livret accompagnant les albums : « Enregistré live, bruyamment et dans l’urgence à The Shrine – New York City ».

Tu as également parlé, en ce qui nous concerne, de « nappes » – la grande Irene Trudel, de WMFU, nous a un jour défini comme « de la pop ample, belle et tempêtueuse ». Je pense que les gens entendent ça dans le son de la delay que j’utilise sur ma guitare, principalement ; mais j’espère aussi que, pour rejoindre ce que tu dis, l’album emmène l’auditeur dans un voyage, à travers une longue pièce musicale montant ou descendant, s’amplifiant puis se calmant à nouveau, afin de lui permettre de se situer dans le temps et l’espace et de se laisser porter vers une nouvelle destination, une terre promise.

  • Que cherchez-vous à exprimer musicalement à travers ces murs d’écho et de reverb ? Est-ce une votre propre marque de fabrique ?

Ça fait définitivement partie de ce qui caractérise notre son – la delay et le tremolo. D’un point de vue purement technique, cela nous permet de remplacer la batterie, en quelque sorte. Nous glissons le long de ces « vagues », comme tu l’as dit dans ta chronique. Le rythme se retrouve dans l’écho, la delay et le tremolo, et nous flottons au-dessus ou, au contraire, nous luttons contre ces éléments, nous les canalisons ou plongeons plus profondément en eux. D’ailleurs, je tiens à dire quelque chose sur Jason, à ce propos. Avec ses lignes de guitares, il apporte quelque chose d’intuitif qui va parfaitement à contre-courant, et donc complète ce qui a déjà été fait. Il va musicalement répondre, enregistrer ou évoluer sur une base que j’ai faite et d’une manière à laquelle je n’aurais pas du tout pensé. Lou Reed disait ceci à propos de Sterling Morrisson : qu’il est incroyablement difficile pour un guitariste de trouver sa place et d’imposer son propre son, mais que Sterling y parvenait sans aucune difficulté. Et qu’il ne pouvait pas imaginer le Velvet Underground sans lui. Jason est pareil. Je ne peux pas exprimer à quel point il a son importance dans le projet et pour nous.

  • Mélanger la reverb et la distorsion est un challenge en soi, mais vous y parvenez avec une grande facilité. Est-ce une manière, pour vous, de montrer les deux facettes d’une seule et même musique, ou les deux visages d’une certaine forme d’humanité ?

Cela nous ramène à Jason, car c’est surtout sa guitare qui est saturée. Et, sur un plan purement technique et littéral, nous préférons tous les deux utiliser l’overdrive plutôt que la distorsion. Jason est également un grand fan des Pixies, et je crois que, quand vous jouez selon la forme calme/fort/calme – ou, dans notre cas, fort/calme/fort -, il faut remercier les Pixies pour ça.

Je suis très heureux que tu apprécies la façon dont nous mélangeons les deux. Et, pour répondre à ta question plus large sur les deux facettes d’une seule et même musique, ou les deux visages d’une certaine forme d’humanité, oui, totalement. Je pense que nous aimons trouver et exprimer cela. Nous aimons également jouer avec beaucoup de feedback, et parfois, comme sur le dernier titre du nouvel album, « To The Other Half of The Sky », tu peux entendre les deux aspects – apaisé et saturé – en une seule et même expressivité. De même avec les voix murmurées qui survolent le feedback, tu vois ? Et sur ces aspects du groupe, quand Summer est arrivée dans le processus de création de ce son que nous avions et ressentions au plus profond de nous-mêmes, je pense que sa présence nous a incités à continuer à exprimer cette dualité. Dans le sens où tu peux ressentir deux émotions différentes en même temps.

  • « Dream Together » explore les thèmes bien connus de l’amour et de l’éternité, ainsi que la possibilité que ces deux émotions se mêlent l’une à l’autre. Comment trouvez-vous l’inspiration nécessaire pour exprimer ces émotions ?

Je pense que l’amour, au sens le plus véritable et le plus pur, est éternel. Et je crois également – sans vouloir employer de termes purement théologiques – que notre essence, en tant qu’individus, est elle aussi éternelle. Summer n’est pas dans la pièce, avec moi, comme si je pouvais la toucher, d’un point de vue mortel. Mais elle m’a si profondément ému et touché au plus profond de mon cœur que sa présence est continuellement là, près de moi. et ça m’émeut, ça m’inspire et me motive. Pour exprimer ce qu’elle signifie pour moi, et surtout qui elle est. Il existe une loi scientifique qui dit que l’énergie, une fois créée, ne peut être détruite. Je pense que notre essence, en temps qu’êtres humains, demeure. De même que celle des êtres que nous avons aimés est continuellement là, avec nous. Ils sont à nos côtés. Et plus près que nous ne l’imaginons, car nous sommes, nous, toujours mortels. Mais il suffit alors de nous détendre et d’écouter. C’est simplement ce que à quoi je crois et ça n’engage que moi. Mais, à ce sujet, l’art est important ; car quand des milliers de personnes te disent « là, c’est mauvais », une autre pourrait en même temps intervenir et affirmer « oui, c’est moi tel que je me ressens ». Et se sentir ainsi moins seule.

  • Le livret qui accompagne l’album est un véritable chef-d’œuvre. Peux-tu nous parler de ta collaboration avec Natalia Deprina et Audun Grimstad ?

Merci beaucoup ! Nous avons conscience que la plupart des gens, quand ils n’écoutent pas de la musique sur Spotify, ont tendance à aller l’acheter sur iTunes. Mais nous aimons toujours créer des CDs parce que l’artwork, de même que le fait de posséder un objet physique, est important pour nous.

Nous avons eu la chance incroyable de travailler avec de grands artistes et je me dois de les nommer ici. Alex Alemany nous a donné l’autorisation d’utiliser sa merveilleuse peinture (« Mediterraneo ») pour l’album « Of Love And Loss ». Michael Creese nous a offert l’une des siennes pour « Electric Hymnal ». Elizabeth Gadd a pris l’incroyable photo qui apparaît sur la pochette de « Angel ». Et, bien sûr, l’œuvre à couper le souffle de Natalia, « Drowse », est l’illustration de la pochette de « Dream Together ». Ils sont tous loin de nous géographiquement – Alex est en Espagne, Michael à Chicago, Elizabeth à Vancouver, Natalia en Russie. Nous nous sommes trouvés artistiquement sur Internet. Merci au dieu de la communication numérique !

Audun est norvégien, mais il habite plus près de chez nous – il étudie à la New York School of Visual Arts. Nous voulions travailler avec lui sur l’album qui est sorti entre « Angel » et « Dream Together » – notre disque « Electric Hymnal » -, mais il n’était pas disponible. J’ai alors eu l’idée de faire un livret pour « Dream Together » dans le style d’un recueil de poésie victorienne. Il fait vingt pages et contient les paroles des chansons, des photos vintage en noir et blanc et des poèmes narratifs que j’ai écrits exprès pour l’occasion. Audun a magnifiquement mélangé et travaillé tout ça pour le rendre cohérent. Ce livret est, comme tu le dis, inclus dans le CD. Mais nous travaillons aussi, actuellement, sur une édition limitée deux fois plus imposante – un peu comme un coffret vinyle -. Jusqu’ici, tout se passe bien, et de nombreuses personnes nous l’ont demandé, donc nous le faisons. Et moi-même, j’aimerais beaucoup en posséder un ! (rires)

Plus sérieusement, nous avons un profond respect pour les artistes visuels. Nous aimons jouer dans des galeries d’art. Nous tenons réellement à poursuivre notre travail avec Audun, ainsi qu’avec tous ceux que je viens de mentionner, tout en continuant à chercher de nouvelles collaborations avec d’autres créateurs.

Autre chose, et nous l’avons brièvement évoqué à travers le livret de « Dream Together » : la plupart des chansons me sont venus en rêve. Summer était toujours dedans. La majorité du temps, la chanson correspondait à quelque chose que nous entendions à la radio, dans le rêve. Puis, d’un seul coup, je me réveillais et réalisais que ce n’était pas un titre qui passait à la radio, mais bel et bien une chanson qu’elle m’envoyait depuis l’au-delà. Je chantais alors ce dont je me souvenais directement sur mon téléphone, en plein milieu de la nuit, puis je réécoutais le résultat plus tard, en imaginant une mélodie de guitare et certains des détails qui se grefferaient autour. Si tu veux tout savoir, je me souviens parfaitement d’une grande partie de ces rêves. Je peux affirmer que « Dream 3 », « She Hears You Calling » et « Tale O’Er Fin » viennent, en partie ou intégralement, de ces songes.

  • Comment le public a-t-il réagi à l’écoute de votre nouvel album ?

Très bien jusqu’à maintenant. Nous sommes totalement indépendants et faisons tout nous-mêmes sur un tout petit label, donc ce n’est pas comme si nous avions toute une structure promotionnelle pour s’occuper de nous. Ça nous fait toujours bizarre quand ce que nous faisons parvient à toucher les gens – comme vous sur indiemusic, par exemple !

« Dream Together » est notre sixième album, donc je pense que nous avons, petit-à-petit, tracé notre voie auprès d’un certain public ces dernières années, qu’ils nous ont repérés au fur et à mesure. « Of Love And Loss » (notre double album en mémoire de Summer) est un disque extrêmement important pour nous. Il est sorti fin 2012, mais les gens n’ont commencé à l’acheter qu’environ un an après. Ground Control Magazine l’avait d’ailleurs beaucoup aimé. Ils ont fait un article sur nous et nous ont classés dans le Top 10 des meilleurs disques de 2013. Ils nous soutiennent énormément depuis. L’album qui a suivi, « Angels », a été le premier à passer sur la station radio WFMU et sur les réseaux sociaux.

Donc, je crois que tout ça nous aidés lorsque nous avons publié « Dream Together » le jour du Nouvel An 2017. Liz Berg et Irene Trudel, qui travaillent à WFMU, l’ont toutes les deux défendu et il apparaît dans les charts en Californie, sur KVDS, depuis maintenant cinq semaines. Alexandra Dennis-Renner, qui bosse chez USC, a également écrit un magnifique article à son propos sur son blog, le jour de sa sortie.

Je crois qu’il commence à trouver son public, à toucher une corde sensible. Et nous sommes énormément reconnaissants pour tout ça. Comme je te l’ai dit, c’est un sentiment très fort quand certains auditeurs nous disent que l’album les a émus et a eu un impact sur leur existence.

  • Je ne veux pas m’immiscer dans ta vie privée avec la question suivante, mais tu m’as dit que tu avais vécu une terrible tragédie et une grande perte en 2011 (Summer, la compagne de Michael, a perdu la vie dans un accident cette même année, NDLR)… Mais également, que la présence de Summer était la raison principale pour laquelle Bipolar Explorer est toujours là et continue à exister, année après année. Peux-tu nous expliquer comme tu es parvenu à surmonter une telle tragédie, et l’impact que cela a sur ta musique ?

Tu ne t’immisces pas du tout, je te rassure. J’aime parler de Summer. Elle est tout pour moi. Et tout ce que nous faisons est pour elle. Je dis souvent que notre musique, chaque album, vient d’elle, est pour elle et parle d’elle. C’est ma façon de discuter d’elle avec les gens, mais aussi de pouvoir communiquer personnellement avec elle. C’est la raison principale, le sens de cette équation qu’est Bipolar Explorer. Et Summer reste un membre primordial du groupe – pas uniquement comme muse, mais également parce que j’ai toujours de nombreux enregistrements d’elle, issus de sessions précédentes – et sa voix, chantée ou murmurée, embellit chacun des albums. J’écris des chansons en me laissant guider par son timbre.

Elle est toujours auprès de nous, pour de nombreuses raisons. Sa mort a été infiniment tragique. Pour ceux qui veulent savoir comment on peut endurer une telle souffrance, tout ce que je peux affirmer, c’est ce qu’un ami m’a dit quand je lui ai avoué que je ne savais pas comment j’allais pouvoir continuer sans elle, ni ce que j’allais pouvoir faire maintenant qu’elle n’était plus là. Il m’a juste dit : « Tu y parviens déjà. » Le deuil demeure continuellement. Comme si chaque respiration était douloureuse. Mais tu apprends à le supporter. Je ne peux dire à personne que c’est quelque chose que tu réussis à surmonter. Moi-même, cependant, je ne vois pas ça comme un but inexorable. Je n’ai pas envie de m’habituer à tout ce qui a attrait à la perte de Summer. Même les moments les plus douloureux. Au contraire, j’ai besoin de ça. Ça fait partie de ma manière de l’accueillir et de lui demander de rester près de moi.

Je lui disais toujours, même quand elle ne faisait qu’aller dans une autre pièce pendant une minute ou qu’elle se retournait dans le lit pour attraper quelque chose : « Ne va pas trop loin. » Et je continue à lui dire la même chose, tout le temps. Que ce soit pendant un moment calme durant lequel je ressens sa présence, ou quand nous sommes au milieu d’une session d’enregistrement et que des paroles que j’ai écrites pour elles me frappent quand nous les interprétons.

Summer n’est pas la principale raison pour laquelle Bipolar Explorer continue à exister ; elle est la seule et unique raison. Elle EST la raison. Et je pense que je peux dire avec confiance que je fais les choses pour une cause réelle si je sais que cette cause, c’est elle. Je n’ai pas d’autre ambition que de lui rendre hommage et de l’honorer. Elle est ma conscience.

  • Peux-tu nous parler de l’installation artistique spéciale sur laquelle tu travailles en ce moment ?

Bien sûr ! C’est une œuvre axée sur notre double album, « Of Love And Loss ». « Dream Together » est également conçu pour être interprété d’une façon similaire, mais actuellement, nous nous concentrons principalement sur « Of Love And Loss ». Pour t’expliquer rapidement, le concept à l’origine de ce projet tient au fait que je suis également écrivain, et que plusieurs personnes que je connais dans le monde se demandaient s’il y avait moyen de mélanger les deux, à savoir l’écriture et la musique présente sur « Of Love And Loss ». Je me suis dit que, peut-être, le meilleur moyen d’y parvenir serait d’inventer un monologue pour une voix féminine, comme s’il s’agissait d’un narrateur, mais le genre de narration que tu trouves dans un roman ou quand tu entends une voix off pendant un film, et que celle-ci soit interprétée en concert. J’ai donc écrit quelque chose et j’ai donné le résultat à une amie californienne (Kim Donovan, qui a également fait les parties narratives sur « Dream Together » et « Electric Hymnal »), et nous avons interprété l’œuvre dans le loft d’un artiste assez génial à Brooklyn.

Nous aimons jouer dans des lieux peu conventionnels, ou dans des galeries d’art, et cet endroit était une sorte d’espace industriel reconverti en atelier, avec des systèmes électriques exposés un peu partout et surtout de grandes baies vitrées par lesquelles on pouvait admirer le coucher de soleil sur la ville, pendant que nous jouions.

Ça s’est très bien déroulé, et nous avons eu envie de passer à la vitesse supérieure en collaboration avec un artiste qui nous donnerait une signature visuelle forte. Nous avons alors commencé à discuter avec plusieurs créateurs. Et il pourrait s’agir de n’importe quoi – des projections vidéo, ou quelque chose de plus tactile et immersif. Nous ne pensons qu’il n’y a qu’une seule et unique raison de parvenir au résultat que nous voulons. Cela pourrait être différent lors de chacune des collaborations et, c’est une certitude, dans chacun des lieux où nous irons jouer.

La prochaine performance de ce projet aura lieu au printemps. Et nous espérons en faire un film. Car je crois que ça nous offrira la possibilité de montrer aux gens qui en auront entendu parler mais ne l’auront pas vu une meilleure idée de ce dont il est question. Ça leur permettra de visualiser le résultat.

  • Qui va t’aider dans cette démarche ?

Je n’en ai aucune idée. Quelqu’un a des propositions à faire ? Plus sérieusement, même si nous avons peut-être une idée préconçue sur le sujet, il n’existe pas le même réseau de soutien aux artistes aux USA que celui que nous croyons pouvoir trouver en Europe. Aucun soutien de la part de l’Etat, en tout cas. Donc, c’est un peu comme tout ici : tu dois créer avant tout pour toi-même. Nous travaillons avec plusieurs personnes sur des titres différents – un artiste qui s’occupe des projections vidéos, un autre, des lumières. Ils apportent chacun une vision différente et la possibilité de présenter une performance originale dans chaque lieu que nous visitons. Je pense que l’un mène à l’autre. Et nous allons beaucoup apprendre, avec ce projet. De même, quand tu parviens à faire fonctionner ce que tu crées, tu te fais remarquer par beaucoup plus de gens, et tu t’ouvres ainsi à la possibilité de forger de nouvelles collaborations.

Je crois que nous sommes vraiment parvenus à ce que nous voulions avec cette œuvre artistique, maintenant – la séquence dans son intégralité, et les installations des artistes avec qui nous travaillons. Comme je te l’ai dit, nous avons eu cette idée après la sortie de « Of Love And Loss » et alors que nous avions déjà commencé à le faire tourner en concert. Mais nous nous sommes penchés sur l’enregistrement de « Dream Together » avec l’intention d’aller encore plus loin dans ce que nous recherchions. Certaines phrases sont prononcées dans l’album, mais le livret t’apporte des éléments supplémentaires et te donne une idée visuelle de ce qui est interprété musicalement. Et nous mentionnons tout ça dans les crédits du CD. Ainsi, chaque personne qui écoute le disque en feuilletant le livret en même temps, ou même quelqu’un qui le lit et y trouve quelque chose d’intrigant – un artiste ou un personne qui y découvre son propre espace créatif – peut nous faire signe. Sérieusement, n’hésitez pas à nous contacter. On ne sait jamais ? Nos passeports sont à jour, on est prêts à venir…

  • Que cherches-tu à exprimer quand tu es sur scène ?

Je pense, du moins j’espère, que je parviens à donner une vie propre à chaque chanson. Tu vois ce que je veux dire ? Je crois que nous vivons le live dès le début. Tu peux déjà entendre cette intention rien qu’en écoutant les albums. C’est pour cette raison que nous accordons une importance particulière à l’enregistrement en prise directe, dans des conditions live, autant que possible. Je suis d’avis que, quand nous sommes sur scène, nous devons fêter ça avec le public, le partager en sa compagnie, et le vivre ensemble. C’est logique. L’étincelle qui fait naître une chanson, son écriture, vient de quelque part à l’intérieur de toi. Et c’est là que tu es quand tu joues : en toi. Et le bonus dans tout ça, c’est que ça évolue parce que de nouveaux éléments apparaissent pendant que tu es en concert. Ton regard tombe sur une personne en particulier, ou tu interprètes une note de manière différente. Les choses arrivent à ce moment précis et n’arriveront qu’alors, et c’est ça qui est spécial. Tu ne fais pas de faute – tant que tu as confiance en ce que tu fais -, c’est juste quelque chose qui se passe, ici et maintenant. Et c’est ce qui rend le phénomène si précieux et particulier.

  • Comment parviens-tu à partager ta musique, pourtant si intime et précieuse, avec le public ?

C’est aussi une très bonne question. Avec mon ancien groupe, on jouait dans tous les clubs et bars possibles, voire d’autres lieux improbables, il y a plusieurs années. Quand on a commencé à tourner avec Bipolar Explorer, je ne voulais plus ça. Nous avons joué dans certains clubs en ville, mais vraiment une poignée. Mais il est rapidement apparu comme évident que notre musique avait besoin d’être interprétée dans des endroits radicalement différents. C’est ce qui nous a amené à nous rapprocher des galeries d’art, ainsi que d’autres espaces moins conventionnels, même bien avant qu’il s’agisse de l’installation artistique dont nous parlions tout à l’heure. J’ai également passé beaucoup de temps à Washington quand j’étais enfant et, là-bas, il y a cette tradition inébranlable du « Do It Yourself », un esprit très punk rock, avec une communauté qui se retrouvait et des événements qui se déroulaient en-dehors des bars et des clubs et se focalisaient plus sur des fêtes dans des maisons privées, ou dans des cryptes d’églises. Donc, cet univers ne m’est pas totalement étranger. Pendant un an, nous avons joué une fois par mois dans un lieu qui s’appelle The Shrine. On cuisinait, les gens venaient boire et manger et on branchait ensuite les instruments pour interpréter « Of Love And Loss » dans son intégralité. On appelait ça les « canapés-concerts ». On était littéralement envahis dans un espace restreint, surtout si on jouait fort ! Je pense que c’est en grande partie pour cette raison que des amis autour de nous nous ont suggéré de transférer cette expérience immersive et émotionnelle dans des galeries d’art. Donc, c’est ce que nous faisons. Tu vois ? Aucune limite !

  • Quels sont tes projets dans les mois à venir ?

Pour le moment, et dans l’immédiat, nos rodons surtout « Dream Together ». Et nous nous préparons à l’installation live pour « Of Love And Loss ». Alexandra (la réalisatrice travaillant à l’USC que j’ai mentionnée auparavant) prévoit d’écrire et de tourner un documentaire sur nous. Je crois que ça s’appelle « Sonic Prayer ». Elle a commencé à nous interviewer pendant que nous travaillions sur « Electric Hymnal », et quand elle reviendra à New-York, nous en saurons certainement plus à ce sujet et nous pourrons nous focaliser dessus. Nous aimons également sortir un ou deux singles entre chaque album, et je crois savoir ce que je vais faire pour l’un d’eux. Nous voudrions le sortir à la mi-Mars. Ouais, en fait, c’est bientôt… Le mois prochain ! Mais nous serons prêts.

Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

Oui : merci !


Retrouvez Bipolar Explorer sur :
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ENGLISH

Far from any actual rock cliché, Bipolar Explorer’s music takes time to set its bases in order to better change themes through slow, well-thought and obsessive sound waves. As their new record, ‘Dream Together’ (available since January 1) is offering us a new insight into the band’s inspirations and talent, its members also prove that they cannot stop exploring the most intimate elements of their own musical language, where inspiration remains intact and creation is inevitably linked to passion and tragedy. Let’s go back to the basics with Michael Serafin-Wells, in order to discover, thanks to his kindness and confidence, what Bipolar Explorer desires and wishes upon an enlightened daily soundtrack they manage to perform, somewhere in a world where beauty and pain often collide.

  • Hi Michael and thanks for answering a few questions ! First of all, can you introduce us to Bipolar Explorer ?

Hey ! Bipolar Explorer is Summer Serafin (vocals), me -­ Michael Serafin-­Wells (vocals, guitars, bass, percussion) and Jason Sutherland (guitar, backing vocals).

  • When did the project start?

The band’s sound as we know it began when I met Summer in late 2007. We’d already put out a debut album (« Go Negative » -­ Slugg Records, 2006) the year before, but everything – music and my whole life -­ changed when I met her. We wanted to do everything together and her influence was enormous on all aspects and every front. My guitar sound changed, the way I wrote, and the way we recorded. I always thought my demos were somehow better than the studio recordings (I’d made two earlier albums with my first band, Uncle, in the late 90’s) and Summer was the first person I met who thought that too. She thought there was an immediacy to our recording here in our own studio at home. Sometimes you just need someone you trust to tell you you know what you’re doing and believe it for yourself. Summer gave me that. And a thousand other things.

I had I guess what you might call a more straight up indie rock band in the 90’s (Uncle). We played CBGB’s a lot and all the other NYC rock clubs that sort of are no more. We put out two albums and then called it quits around 2000. The first Bipolar Explorer record came a few years later but it was really still that same indie rock aesthetic -­‐ just me on everything but drums, with Uncle’s third, last and best drummer, Yves Gerard, playing and co-­‐producing. It wasn’t until I met Summer that Bipolar Explorer became was it is. The band began in earnest and in the way we know it now once Summer and I met and she joined the group. It was a kind of a total reset. More minimal but simultaneously richer sonically. And purposefully without full drums. We didn’t fire anybody -­ Yves left the city, bought a house with his wife upstate a few hours away, concentrating on session work up there, so he just wasn’t around. We decided we’d just go on with this new sound without a drummer, at first just to see if we liked it. I think it made us tighter. And, now, that’s just a part of our sound, who we are. Ya know ?

  • What were you aiming for when you started it ?

Summer brought a different aesthetic to the band and to me. She made me think differently. And I think my writing got more personal and the sound bigger in a different way. Not just louder – ­(ha! we do play loud, but…) -, more, I dunno, lush, I think, and emotional. Eight or ten years ago when we set out on this course we used to say that we were « not quite ex-­punkrockers who decided to play not so damn loud and without drums, partly out of necessity and partly to see if we liked it » but I think that wasn’t entirely accurate. I think we just started to play more like we felt. Summer was the bravest person I ever met and could never do anything half-­measured. She threw herself at life and she opened me up. When I think of what we were listening to when we started, it was all kind of epic stuff. I mean genre-­wise it was diverse -­ Bon Iver and The National and Goldfrapp and DCfC and Fever Ray and Radiohead and Low (who we owe a huge debt to) -­, but regardless of the different styles of all of that stuff, even if it’s minimal sonically it’s still epic emotionally. And I think, even if you can’t hear any of those people in our sound, that’s what drove it.

  • Let’s talk about your new record, « Dream Together ». The whole album could be considered as one single long piece of music, but also, intends to reveal numerous movements and waves. How did you manage to record it, and what ideas did you want to develop through it ?

That’s such a great question ! We really try to think of an album in those terms still, as something that has a flow and takes you somewhere, not just a random collection of tunes, ya know ? We usually have the sequence figured out even before we begin recording basic tracks. We literally had the sequence on the wall in the studio before we even began recording and as we worked on the songs in practice, we’d often play the whole thing in sequence, just to see how it flowed live. Four of the songs are instrumentals -­ you actually mentioned all four of them in your review, Raphael, I thought that was interesting -­ and I knew from the beginning where they should go in the sequence. The record opens with one of them (which we remembered Bob Mould did on « Workbook »), kind of easing you into the trip and then the three others sort of float in at transitory points through the album. Which kind of gives it air, I think.

And just a word about that : ­ I found myself listening to a lot of post-­rock instrumental stuff in the last few years -­ Qualia and Loscil and this great record by Bass Communion called « Ghosts on Magnetic Tape », as well the sort of sweeping sounds of Lanterns on the Lake (who aren’t solely instrumental, but Hazel Wilde’s vocals and lyrics remind me so much of Summer and they actually released their album « Beings » on her birthday -­ November 13) and even how Brian Wilson used instrumentals on « Pet Sounds » -­ and I think that’s found its way into what we do. And another record that I want to mention because it’s gotten so under my skin that I almost forgot about it is this double disc compilation that came out about 2001 – « A Rocket Girl’s Companion ». A London friend, Ras Terifa, gave it to me for Christmas the year it was released. Each disc is maxed out, like 72 minutes or something. They’re long but they also have the greatest flow – long fades and silences – like a perfect mix tape for the car, ya know ? Sequence is really important to us and so is indexing. That Rocket Girl record with its long silences and fade ups and fade outs – to say nothing of its exquisite moodiness – really got into my bloodstream. It’s affected how we put albums together. And it’s so a part of me that I nearly forgot to say. Big ups to Rocket Girl !

You asked about how we record, so just briefly -­ it’s pretty live. With most groups you usually start recording with everyone playing live to get the basic track down. That’s usually to make sure that the drums are locked in and that the vibe of the song seems about right. Then you can go back and overdub and fix guitars and vocals and stuff. We don’t play with drums but we still do basic tracks like that -­ Jason and I playing guitars and me singing the reference vocal -­ all of it live. It locks it in. And we use all of that. It stays pretty live because we get a lot of sound out of the live guitars and I don’t think there’s a single track where we don’t use my original guide vocal. I play bass and pepper some of the tracks with percussion and we record the backing vocals and spoken word and most crucially, fly in Summer’s vocals -­ but it still stays pretty live. We listen to playback, get an idea and bang it out. That’s the way Summer liked it. And we always put that in the liner notes « recorded live, noisily and in a hurry at The Shrine -­ New York City. »

You mention the thing about « waves » -­ WFMU’s great Irene Trudel once called us « great, beautiful drifty pop » -­ I think people hear that sonically through the delays I use in my guitar sound but we hope, too, in this idea, like you say, of the album taking you on a journey, as one long piece of music on its own, rising and falling, trailing off and lifting again, reminding you where you’ve been and pointing you toward a promised destination.

  • What do you need to express through these walls of reverb and echo ? Is it like a signature for your project ?

That is definitely a big part of our sound -­ both delay and trem. From a purely technical point of view it replaces the drums. Ya know ? We kind of ride those « waves » like you said. The rhythm is in the echo and delay and tremolo and we float on top or cut back against the tide, channel or go under with it. And I really have to say something about Jason here. He just intuitively brings something so perfectly counter-­pointedly with his guitar lines. He’ll answer or underscore or ride along whatever I play in a way that I wouldn’t think of immediately. Lou Reed said something about Sterling Morrison. How it’s incredibly difficult for a guitarist to break out and have a signature sound but that Sterling had that. And that he couldn’t imagine The Velvet Underground without him. Jason is like that. I can’t begin to describe how important he is to us.

  • Mixing reverb and distortion is quite a challenge, but you manage to perfectly deal with it. Is it a way, for you, to show two sides of the same music, or both sides of mankind ?

That brings Jason to mind again because his guitar is often the overdriven one. And on a purely pedantic, overly technical note, we both tend to use overdrive as opposed to distortion. Jason also is a huge Pixies fan and I think anytime you use that sorta loud/quiet/loud -­ or in our case, quiet/loud/ quiet -­ thing, you have to thank The Pixies.

I’m really glad you like how we mix the two. And to your larger question about two sides of the music and/or both sides of humanity, yes. I think we like finding and expressing that. We like playing with feedback, too, and sometimes, like in the last track, « To The Other Half of The Sky », you can get both the quieter and more overdriven things happening at once. The whispery vocals riding over feedback and sort of melting together. Ya know ? Along those lines of the band, once Summer joined, of trying to sound like we feel, I think this is what drives us toward expressing that duality. In the way you can feel more than one thing at the same time.

  • « Dream Together » explores the continuous themes of love and eternity, and the possible ways for them to melt. How do you find inspiration to express these particular emotions ?

I think love, real love, true love, is eternal. And I think -­‐ without getting too super theological -­‐ that the essence of us is eternal, too. Summer isn’t in the room with me in a way that I can touch her, not mortal. But she touched me so deeply and profoundly that her presence lingers. And that moves and inspires and drives me. To express both what she means to me and how she still is. There’s a law of science about energy, once created, cannot be destroyed. I think the essence of us remains. The essence of our beloveds remains. They’re there. Nearer than we can imagine, unseen because we’re still mortal. But there if we quiet ourselves and listen. That’s just what I believe. I can only say for me. But art is important that way because for a thousand people who say, « well, that’s rubbish », one other person might come across it and say « that’s me, too ». And not feel so alone.

  • The booklet of the album is a visual masterpiece. Can you tell us more about your collaboration with Natalia Drepina and Audun Grimstad ?

Thank you so much ! We know that most people, if they actually buy music and don’t just listen on Spotify or something, tend to grab it on iTunes. But we still love making CDs because the artwork and actually having a physical object is important to us.

We’ve been super fortunate to work with some amazing artists and I have to name them here. Alex Alemany let us use his wonderful painting (“Mediterraneo’) for « Of Love And Loss ». Michael Creese gave us one of his own for « Electric Hymnal ». Elizabeth Gadd took the amazing photo for the cover of « Angels ». And, yes, Natalia’s breathtaking work “Drowse” is the cover for « Dream Together ». They’re all totally far-­flung -­ Alex is in Spain, Michael in Chicago, Elizabeth in Vancouver, Natalia in Russia. We found each other’s work online. Thank god for the Internet, no ?

Audun is from Norway but is closer to home for us -­ he’s at the New York School of Visual Arts. We wanted him for the album between « Angels » and « Dream Together » ‐ our album « Electric Hymnal » ­‐ but he wasn’t avail. I had this idea to do a booklet for DREAM in the style of a Victorian book of verses. It’s 20 pages and has the song lyrics, vintage black and white photos and narrative poems I wrote especially for inclusion. Audun put all that together for us beautifully. It’s, as you say, included in the CD. But we’re also doing a limited edition of it twice as big -­ like 9 1/2 inches square -­ right now. It came out really well and a few people asked for it, so we’re doing it. I want one, myself -­ ha !

Seriously, we have an enormous respect for visual artists. We love playing out in galleries. We’re really keen to keep working with Audun and everyone I mentioned and to seek out collaborations with others.

The other thing, we allude to this briefly in the booklet for « Dream Together », is that more than a few of the songs came to me in actual dreams. Summer was always in the dreams. Often the song would be something we were listening to on the radio in the dream. Suddenly I’d wake up and realize it wasn’t a song on the radio but was a song she was sending to me from The Forever. I’d sing what I could remember into my phone right there still in bed in the middle of the night, listening back later, figuring it out on guitar and filling in the missing bits. If you ask me, I might be able to remember some of the dreams. I can tell you that “Dream 3” , “Listen” “She Hears You Calling” and “Tail O’er Fin” all came partly or fully from dreams.

  • What were people’s reactions after listening to your new album ?

It’s been really good so far. We’re totally indie and DIY on a small label, so it’s not like we have some big PR thing behind us. It always knocks us out when our stuff finds its way somehow to people -­ like you guys !

« Dream Together » is our sixth album, so I think we’ve been slowly making our way onto people’s radar over the last few years, like cumulatively. « Of Love And Loss » (our double-­album for Summer) is a hugely important record for us. It came out late 2012 but didn’t really start finding its way into people’s hands until the next year. Ground Control Magazine really liked it (« Of Love… »). They did a feature on us and named it to their Top Ten Albums in 2013. And they’ve been really supportive ever since. Our follow-­up, « Angels », was the one that first started to get radio play on WFMU and online.

So, I think all that helped when « Dream… » came out on New Year’s Day. Liz Berg and Irene Trudel at WFMU have both championed it and it’s been on the charts out in Cali on KDVS for five weeks now. Also, USC’s Alexandra Dennis-­Renner wrote an amazing piece about it on her blog the day it came out.

I think it’s finding people and striking a chord. We’re really grateful for that. Like I said, it always really knocks us out when people let us know our stuff resonates for them in some way.

  • I don’t want to interfere in your personal life, but you told me that you went through a terrible loss back in 2011… But also, that Summer’s presence was the main reason for Bipolar Explorer to exist and keep going on, year after year. Can you tell us how you managed to endure such a tragedy and use it in your music ?

You’re not interfering. I love talking about Summer. She means the world to me. All of this is entirely for her. I often say that our music, each album, is of, for and about her. It’s my way of telling people about her and talking to her myself. That’s the « for » and « about » parts of the equation. And Summer remains an integral part of the band -­ not only as its inspiration but, because I have lots of her isolated vocals from other recording sessions -­ as her voice, both spoken and singing, graces each record. I’ll write songs and fly in her voice.

She’s always with us in so many ways. Her passing is entirely tragic. For anybody out there who wonders how you endure, I can only say what a friend told me when I said I didn’t know how I was going to go on or what I was going to do now. He just said, « you’re doing it. » It’s always there, grief. Like if you even breath a little too hard. I think possibly you learn to carry it. I can’t tell anyone out there that it’s something you ever get over. For myself, I don’t even see that as some goal. I don’t want to « get over » anything that has anything to do with Summer. Not even the most painful parts. I want all of that. I welcome her, ask her to be near me.

I used to say to her all the time, even if she was just going into another room for a minute or only just shifting her weight to grab something from the other side of the bed, « don’t go too far away », I’d say. I still say that to her all the time. Whether it’s in a quiet moment when I suddenly sense her presence or we’re in the middle of a session and a lyric I wrote for her hits me as we come to it.

Summer isn’t the main reason BPX goes on, she’s the only reason. She is the reason. And I think I can trust that I’m doing things for the right reason if I always know the reason for it is her. Not out of any ambition other than to honor and conjure her. She’s my conscience.

  • Can you tell us more about the live art installation piece you are about to perform ?

Sure. It’s a piece centered around our double-­album, « Of Love and Loss ». « Dream Together » is conceived for performance in a similar way -­ but most immediately we’re working in this vein with « Of Love and Loss ».
Briefly, the back story to this project is that I’m also a writer and some of the people I know in that world wondered if there was a way I could bring that and the music from « Of Love and Loss » together. I thought maybe the way to do that would be to write a narrative female voice, like a spoken word narrator -­‐ the kind of narrative voice you’d find in a novel or a hear off-­camera in a film -­ and have her perform with us live. So I wrote something like that and we brought in a friend (Kim Donovan, who subsequently voiced spoken word on « Dream Together » and « Electric Hymnal ») from California and did an initial performance of it in this funky artist’s loft in Brooklyn.

We like playing in non-­traditional venues and in galleries and this was kinda both -­ a converted industrial space with exposed electrics and big windows overlooking the city as we played at sunset.

That went really well and we had the idea to take it a step further by seeking to collaborate with someone who would help give it a strong visual signature. We started talking to artists. And it could be anything -­ film projections or something more tactile and immersive. We don’t think there’s only one way or one definitive way to do this. It could be different in every different collaboration and, maybe especially, every different venue.

The next iteration of that should be in the spring. And we hope to get some video of it. Because I think it’ll give people -­ people who haven’t seen, but only heard about it -­ a better idea of what we’re talking about. Help them visualize it.

  • Who will support you with it?

That’s a great question. Any ideas ? Seriously, and we may have an idealized preconception about this, but there’s not the same sort of network of arts support in the US as we imagine there being in Europe. Not state support, anyway. So, it’s kind of like everything over here, you have to create it for yourself. We’re working with a couple of people on different tracks -­‐ one artist who works with projections and another who works with light. They each bring different things and the possibility of very different venues to the idea. I think one leads to the other. We’ll definitely learn a lot. And I think sometimes when you just get something rolling, more people are exposed to it and further collaborations get forged.

I think this is largely how we’d like to perform these pieces now – in their sequence and entirety as live arts installations in collaboration with a visual artist. We came to that idea, like I say, after we’d already released and were playing « Of Love and Loss » out. But we actually went into the recording of « Dream Together » with the idea that that was how we’d like to go forward. Some of the spoken word is voiced on the album and the booklet is meant to give you an idea of the visuals. And we mention all that in the credits. So that maybe someone listening to the album while leafing through the pages of the booklet or even someone reading this right now who finds the thought intriguing -­ an artist or someone with a found space or something -­ might give us a shout. Seriously, get in touch. Who knows ? We’ve got passports, we’re good to go…

  • What do you need to express when you are on stage?

I think, I hope, there’s some kind of life to each song, ya know ? I think we live it from its inception. I think, I hope, maybe you can even hear that in the recordings. That’s why we put such a premium on recording as live as we can. I think when we’re on stage we’re there to celebrate that and live in it together with the audience. If that makes sense. The spark of the song, of writing it, comes from somewhere and that’s where it lives inside you. You just go to that place when you play it. And the added bonus is that other things come along for the ride in the moment. Somebody catches your eye or you hit some note sideways. Things happen in the moment that can only happen in that moment and it makes it special. You can’t make a mistake -­ as long as it’s truthful -­ it’s just what is really happening right now. And that’s what makes so special.

  • How do you manage to share your intimate, precious music in front of the audience ?

That’s also a really good question. My old band played every conceivable club and bar and anything else you can think of many years ago. When BPX started playing out, I kinda didn’t wanna do that. We did play some clubs around the city -­ a handful. But it became apparent pretty soon that this was music that needed a different kind of venue. That’s what led us to art galleries and non-­traditional spaces, even before we hit on this live installation idea. Also, I spent time in DC and the music scene there when I was a kid had this DIY tradition, very punk rock, that was outside of the bars and clubs and centered more around house parties and church basements and just community. So, it’s not that foreign. For a year, we did shows once a month right here at The Shrine. We’d cook and people would come over and eat and drink and then we’d plug in and play « Of Love and Loss » in its entirety. We called them « couch concerts ». Literally surrounded in an intimate (if loud !) setting. I think that’s largely what inspired people to suggest to us bringing that kind of immersive, emotional experience to the galleries. So, that’s what we’re doing. Ya know ? No barriers.

  • What are your plans in a close future ?

Well, most immediately we’re still kinda rolling out « Dream Together ». And getting ready to do the live « Of Love and Loss ». Alexandra (the USC filmmaker I mentioned) is planning to write and shoot a documentary about us. I think it’s called « Sonic Prayer ». She started interviewing us while we were making « Electric Hymnal » and when she’s back in New York I think we’ll be getting together on that some more. We like to put out a single or two between albums and I’ve got an idea for one. We’ll likely release it mid-­March. Man, that’s soon. That’s next month ! We’ll be ready tho’.

  • Anything else you want to say ?

Yes. Thank you!

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