[Flash #49] The Wombats, KOMOREBI, GDB, Watine et Marc-Antoine Perrio

De la décomposition de l’image, de la mélodie et des textes à la fusion des arts dans un écrin d’éclairs et de douceurs entremêlés, ce nouvel épisode de Flash vous invite à focaliser toute votre attention et vos énergies intérieures sur cinq relectures prometteuses et anticipant un avenir musical à jamais marqué au fer rouge par les dures périodes humaines, sanitaires et sociales qu’elles viennent de vivre et d’éprouver. Oubliez l’espace et le temps, la linéarité et la constance ; tout ici implose et reconstruit la seconde venue de la création, empruntant genres et mises en scènes afin de mieux les adapter à leurs visions de sagesse autant que d’apocalypse.

[Clip] The Wombats – Ready For The High

Aussi brièvement que les millièmes de secondes séparant chaque éclair visuel du nouveau clip de The Wombats, un avertissement sur les effets stroboscopiques du spectacle à venir apparaît puis disparaît telle une image subliminale. Une guitare crade, usée, lance le riff qui sonnera l’heure de la tempête et de l’apocalypse. En noir et blanc, caméra tremblante et recevant de continuelles décharges électriques, « Ready For The High » résonne, détonne puis se calme quelques instants, torture existentielle balançant constamment entre l’obscurité et l’espoir vain de distinguer formes et corps. Cette révolte intérieure explose et assujettit le spectateur, fasciné et incapable de détacher un seul instant ses yeux du torrent aussi violent que libérateur qui s’impose à lui, entre cuivres exaltés et percussions furieuses. Retenez votre souffle quelques minutes, puis essayez, lorsque le noir se fait, d’observer ce qui vous entourait auparavant ; ne sentez-vous pas, au plus profond de votre cerveau et de votre nerf optique, le séisme seul à même de faire tomber vos propres prisons mentales et matérielles ? C’est ici et maintenant que ça se passe, et ce n’est rien de moins qu’un éveil salvateur et dévastateur.


[Clip] KOMOREBI – Tailwind

« L’adversité ». Un courant que l’on ne peut contrôler, qui souffle sur nos âmes tel le vent redéfini et omniprésent au cœur de « Tailwind ». Il agite les organismes vivants, les fleurs et plantes, les déchets abandonnés ici et là. Il dessine des formes inédites et dignes d’un test de Rorschach sur des rideaux rapidement animés par une force qui leur est propre. « C’est le vent / S’élevant » : la force naturelle s’immisce dans les esprits en perdition de KOMOREBI, dans l’attraction vers la tempête et les nuages noirs de la dépression. Il faut dès lors lutter contre les éléments, à travers une musique sobre, délicate mais surtout résignée, préférant faire le vide dans les âmes pour mieux combattre les esprits de la nuit. Acte créatif en devenir, syndrome de la page blanche s’approchant dangereusement mais consciemment de la rupture avec l’inspiration, « Tailwind » cherche, par-delà l’écran et les frontières d’un espace clos, l’embarcation apte à les lames de fond et les vagues immenses de la procrastination et du laiser-aller. Tant et si bien qu’il est impossible de ne pas imaginer qu’il y aura un après, un bouleversement, une renaissance que l’on s’impatiente de découvrir, de l’autre côté des mers déchaînées.


[Clip] GDB – Find My Way

Sauter le pas. Accepter que le rêve peut devenir réalité. La plupart du temps, une telle révélation semble banale et vidée de son sens premier. Un cliché longtemps utilisé et usé jusqu’à la corde. Pourtant, GDB l’empoigne, s’y accroche ; et, ce faisant, le concrétise sans jamais essayer d’imposer sa vision. Les éclairages sont légers et en lent mouvement, les bribes d’idées demeurent sur des feuilles de papier répandues au sol. Au milieu de ce décor en accord avec la psyché du compositeur, il diffuse ses vœux les plus chers, mais aussi ses blessures et les avertissements nécessaires au cap qu’il va falloir franchir. Humble et naturel, Gaetano Di Benedetto n’hésite pas à se mettre en scène, à développer son processus créatif dans les teintes orangées et nocturnes d’un lieu hors du monde, d’un espace intime et isolé. Dessinant les traits de l’inspiration, « Find My Way » est un sacerdoce spontané et tendre, une consolation face aux lendemains qui déchantent. Car qui sait ce qui peut se produire après, si l’on y croit et que l’on se donne corps et âme ? La réponse tient en un peu plus de deux minutes et nous convainc que, sans tenter, sans s’opposer continuellement aux a priori les plus démagogiques et désuets, on ne peut rien obtenir ni savourer.


[Clip] Watine – Flats and Sharps

La capture de quelques secondes de mouvement. D’une danse, de doigts sur le clavier, dans une atmosphère sonore diluée au creux de l’espace-temps. Il n’y a plus de secondes, de jours, de nuits. Le fil des heures a été délité de la surface de la Terre ; seules demeurent les voix étouffées des êtres perdus dans le néant de l’ignorance, dans le fracas furieux de la déconstuction des convictions. Puis, la décomposition : celle, cristalline, des mélodies, des gestes, de ce qui enfante l’action. Watine, aidée par la réalisation précise de Benjamin Sanchez, s’immerge au cœur de ce qui fait l’art. Elle voyage au gré des surfaces cutanées, des tissus, des touches, des cordes frappées. Elle est la créature veillant sur une dimension nouvelle et inconnue, celle-là même qui efface en un souffle le soi-disant savoir humain. « Flats and Sharps » transperce les couches fragiles de l’instant, étire les sensations et les écoutes. Une liberté créatrice faisant fi du paraître, du cadre trop restreint de la bienséance harmonique ou visuelle. Là n’est que l’atome, le noyau et ce qu’il dissimule. Une naissance, brillante, mystérieuse, envoûtante.


[Clip] Marc-Antoine Perrio – Mentir

L’ambiance est brûlante, étouffante. Derrière les masques et les parties de visage indécemment découpées à la va-vite, Marc-Antoine Perrio illustre, par la musique et l’image, le propre mensonge dans lequel son personnage s’est conforté. Qu’il détourne le regard pour ne pas se confronter à la solitude de l’être auto-persuasif, ou use des couleurs comme autant de chemins de traverse que l’on emprunte pour ne pas avoir à subir la confrontation, l’être central de « Mentir » sent sa carapace se fissurer, son erreur s’emparer de lui. Défilement des ombres et des teintes, rapides, inexorables. Au milieu de sonorités amusées et souriantes, Marc-Antoine Perrio raconte les aléas de certitudes rapidement consumées. Le titre amplifie les supensions physiques et instrumentales d’un instant T, quand on se persuade que l’évitement est la meilleure solution. Une narration subtile et artistiquement foisonnante, transformant chaque pictogramme en anecdote que le spectateur se doit d’analyser, grâce au chant et aux harmonies, pour en distinguer la vérité ou son opposé. « Mentir » est une confidence éblouissante, une prédiction intelligente des faiblesses du paraître et de la beauté éternelle de l’être.

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