[LP] s a r a s a r a – A m o r F a t i (Deluxe et The Acapella Album)

Pour notre plus grand bonheur, rien de moins que deux versions supplémentaires du fabuleux « A m o r F a t i » de s a r a s a r a : la première, où elle confie les clés de son royaume à quatre artistes, et la seconde, plus intime, au fil de laquelle elle nous permet de découvrir ce que la voix, dans sa forme la plus pure et naturelle, demande d’exigence afin de pleinement s’exprimer. Bien plus qu’une sortie supplémentaire, ces deux éditions sont le complément indispensable d’une œuvre dont les mystères et les messages subliminaux ne cessent d’éclore, jour après jour.

crédit : Daisy Emily Warne

Le chant. Ce support si fragile, si fort, si périlleux. Cet élément central d’une poésie, d’une musique, d’une chanson. Cet outil, enfin, nécessaire à la conception d’expériences surnaturelles et rêveuses. Il y a un an, s a r a s a r a nous offrait, avec « A m o r F a t i », un voyage aussi étrange que pénétrant dans des mondes désertiques et nocturnes, véritables écrins de songes allant de la contemplation à la confrontation, de l’angélisme à la possession. Un disque comme on n’en avait jamais entendu auparavant, troublant de vérité et de confession ; un support idéal pour tous nos fantasmes artistiques, d’une beauté subjuguante et surréaliste. Aujourd’hui, l’opus fête son premier anniversaire avec deux nouvelles éditions, dont l’une d’elle, « The Acapella Album », pourrait être considérée comme une méthode à part entière. La seconde, sobrement intitulée « Deluxe », explore le langage expérimental et poignant de la musicienne, enchanteresse aux mélodies aussi sulfureuses que consolatrices.

Une recherche sonore constante, entre évanescence et clémence, fantômes et esprits frappeurs, alors que l’obscurité se fait rassurante ; « A m o r F a t i » nous avait transportés, délivrés de nos chaînes grâce à la sagesse murmurée de « Sun » ou aux frottements hypnotiques de « Wonderland ». Un monde sans nul autre pareil, attirant et fascinant, trou noir emportant tout sur son passage pour ne laisser respirer qu’une tendre volonté. Un désir à l’état brut, envoûtant et céleste (« Succubus »), avant de créer l’extase dans les expériences harmoniques les plus bouleversantes (« Euphoria »). Aujourd’hui, cette sculpture des images mentales et corporelles continue de grandir sous les doigts de compositeurs livrant leur conception de l’impact que ces odes intemporelles ont eu sur leur façon de travailler. Ainsi, « Supernova (Matthew Herbert’s follow the White Rabbit Mix) » développe, de manière intelligente et scrupuleuse, le dialogue ethnique et festif de l’odyssée originelle, les rythmes vocaux épousant des bruits quasi blancs et épurés ; un chemin qui sera également emprunté de façon plus organique à travers l’ajout d’instruments traditionnels effectué sur le formidable « Sun (Susso / Huw Bennett Remix) », rencontre d’horizons bien moins lointains qu’ils n’y paraissent. « Euphoria (Crewdson Remix) » se change en une cavalcade proche de l’épuisement, décomposée en mouvements respiratoires tour-à-tour précipités et apaisés. Enfin, « Love (Earth is Flat Remix) » est une lente et inexorable descente dans les méandres d’une vision aussi cathartique que mystique, entre beats liquides et implorations des chœurs et des glitches. Un travail respectueux et éveillé, donnant une ampleur toujours plus dynamique au matériau de base, pourtant si difficile à s’approprier.

La seconde relecture de « A m o r F a t i », « The Acapella Album », est, quant à elle, une véritable leçon de travail du timbre et des cordes vocales. L’auditeur est invité à parcourir le disque dans sa version la plus brute, car enregistrée en prise directe, sans aucun effet ni ajout en post-production. Tout y est, des exercices respiratoires nécessaires à la préparation de l’interprétation à la complicité de la chanteuse avec ceux qui l’accompagnent. Un moment d’intimité rare, éveillant nos sens et nos esprits à ce que la création signifie, à ce qu’elle dissimule derrière ses aspects travaillés et arrangés. Une mise à nu osée et astucieuse, que l’on écoute en se sentant proche du spectacle auditif qui nous est offert. Avec ces deux versions de son splendide premier effort, s a r a s a r a continue de démontrer qu’elle est, définitivement, la muse et la déesse de nos pensées les plus introspectives et révélatrices.

crédit : Daisy Emily Warne

« A m o r F a t i (Deluxe) et « The Acapella Album » de s a r a s a r a sont disponibles depuis le 10 novembre 2017 chez One Little Indian Records.


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