[LP] Polaroid3 – Rivers

Avec un premier album aussi puissant émotionnellement que parfait dans sa manière d’appréhender une musique tant liquide qu’aérienne et terrestre, Polaroid3 crée un monde totalement à part et indescriptible, car accaparant tout l’espace qui nous entoure pour mieux nous faire errer dans ses propres contrées. Là où le tumulte et la contemplation sont de mise, dans des instrumentations merveilleuses et inédites. Un disque destiné à devenir référentiel.

Visuellement, alors que nous croisons les trois musiciens de Polaroid3 dans des paysages immaculés et nordiques, l’étrangeté qui se dégage du projet tient déjà du prodige ; en effet, par ces choix esthétiques, le groupe nous appelle à vouloir irrémédiablement découvrir sa musique. Savoir ce qui se cache sous les fourrures, les masques et la neige, creuser pour trouver les trésors que l’on espère s’approprier. Et le miracle de s’accomplir : « Rivers » est un album magistral, enregistré avec un souci du détail et une précision des atmosphères qui touchent au génie. Osant convoquer les claviers et batterie en parallèle d’un trio de cordes dialoguant perpétuellement avec la voix si précieuse et envoûtante de Christine Clément, le projet se métamorphose sous nos yeux en une créature issue de l’imaginaire des contes, ceux-là mêmes qui peuvent aussi bien s’approcher du rêve que de la peur. Avec, au final, ce sentiment omniprésent de traverser plusieurs dimensions, comme en apesanteur, oubliant ce qui nous entoure pour nous lover dans ces histoires douces et intrigantes, sans jamais plus vouloir les quitter.

Dès les premiers mouvements, d’abord calmes puis emportés, de « A Word Is Dead », l’auditeur comprend qu’il ne va pas être ménagé, mais au contraire encouragé à suivre les pas des artistes, à courir après leurs mélodies pour pouvoir les sentir fondre sous ses doigts. Cordes et rythmes s’entrelacent et se confondent (« Rivers »), débordent de sentiments à la fois mélancoliques et obstinés (la boucle synthétique et hypnotique de « Kate », ou encore la marche expérimentale et furieuse « You Must Go On ») ; Polaroid3 convoque des déités oubliées depuis longtemps, invoque les esprits et trouve dans leurs révélations l’essence même d’harmonies cristallines et imagées (le très cinématographique « The Sign Seeker » ou le troublant « Mitroviça Bridge »). Composant leurs pistes en y intégrant autant d’intermèdes et de changements de direction que de passion et de découvertes, Christine Clément, Christophe Imbs et Francesco Rees atteignent un paroxysme artistique hors du temps et de l’espace, car ne cherchant jamais à reproduire un schéma tout tracé mais, à l’opposé, en poussant leurs tableaux sonores jusqu’au point de rupture, là où la beauté est la plus éclatante et réelle (« Cachette », entre tempête et mystère). Intemporel et mystique, le parcours emprunté ici est riche en surprises et étonnements, avant de s’imposer comme une communion de la nature et du spirituel.

Expérience irréelle et thérapeutique pour de nombreuses raisons, notamment cette capacité inimitable et incontournable à pénétrer chaque cellule de nos corps pour les faire vibrer et frémir, « Rivers » fait partie intégrante de ces disques que l’on ne voit pas arriver mais qui laissent une empreinte indélébile sur nos âmes. Un bain de jouvence parfois glacé, souvent brûlant ; une fièvre des sens qui s’impose comme une vision poétique et onirique de l’art mélodique, et qui nous happe sans crier gare pour mieux nous réconforter. Rien ne sert de résister : Polaroid3 signe un chef-d’œuvre intelligent et sensoriel, que l’on écoutera longtemps encore, chaque jour, pour ses bienfaits et ses délices.

crédit : Philippe Savoir

« Rivers » de Polaroid3, sortie le 17 février 2017 chez Oh! / Bloody Mary Records / Inouï Distribution.


Retrouvez Polaroid3 sur :
Site officielFacebookTwitterSoundcloud

Partager cet article avec un ami