[Clip] [Exclusivité] Mauvais Sang – Bushman Hole

À quelques jours de la sortie de son premier album, le groupe Mauvais Sang, dont la géographie se situe quelque part entre Londres, Paris, Genève et Chamonix, conserve une part de mystère qui, sans être totale, a quelque chose de profondément intrigant. Dans une industrie musicale qui cherche en permanence à faire rentrer les nouveaux entrants dans des cases et la mécanique des comparaisons, force est de constater qu’avec Mauvais Sang, ce petit jeu a quelque chose de profondément casse-gueule, tant ce qui un instant peut être une vérité et ne l’est plus forcément le suivant. Nouvelle preuve, avec cette vidéo à l’abstraction implicite grisante, englobant les dérives sinueuses introspectives de « Bushman Hole », à découvrir en avant-première sur indiemusic.

Entre la musique et l’image, Mauvais Sang cultive une cohérence esthétique d’une grande continuité depuis un premier clip pour le morceau « Décor » déjà réalisé par le batteur Antoine Vercellotti, mais aussi un second dernièrement pour « 3H47 » sous l’impulsion cette fois du guitariste Mathis Saunier. Avec ce nouveau clip pour le morceau « Bushman Hole », le véhicule imaginaire est toujours une âme profondément nocturne, qui évolue dans les recoins inquiétants de la nuit. Le groupe ne tire pas par hasard son nom du film éponyme de Leos Carax, sorti en 1986. Et même en confiant la mission à nouveau à Antoine Vercellotti, l’implication collective des membres de Mauvais Sang dans le travail de l’image ne fait aucun doute. Chez eux, le romantisme est particulièrement exacerbé, il se nourrit du vide, de l’absence, de la frustration, de la solitude, du silence, des souvenirs, de la douleur, de la mort. De fait, ce romantisme post-moderne a besoin de l’énergie martiale et électrique du rock, dans son versant le plus obsédant, mais il se construit aussi comme un dialogue intérieur en forme de chanson réaliste de l’onirisme. Le réel et la fiction deviennent ainsi particulièrement poreux :  la banalité d’une chambre d’enfant pouvant devenir en un claquement de doigts, le lieu du pire des cauchemars, du plus atroce des supplices. L’eau peut-être à la fois l’élément libérateur comme l’élément assassin.

Au cœur du sordide et de l’anxiogène émerge alors une poésie aride, à la fois froide et lumineuse ; froide par son détachement, mais aussi lumineuse par la puissance instinctive des mots et formules employés, qu’amplifie la quête héroïque sans fin du personnage principal. Musicalement, sous l’impulsion du guitariste et compositeur Mathis Saunier, les cinq membres du groupe dessinent à travers « Bushman Hole », une forme d’intensité sonore, baroque et radicale quelque part entre la noise, la musique industrielle et le tribalisme, que vient embrasser ce lent egotrip aux reflets gothiques. Il est difficile d’envisager avec précision (autrement que par des explications de textes) tous les éléments moteurs de la création de Mauvais Sang, en particulier sur ce morceau, tant le quintet empile les couches de sons comme les références cinématographiques, les références à la pop culture, à la poésie. Ce qui peut paraître d’ailleurs comme une forme d’évidence très naturelle dans les propos de Léo Simond, auteur et chanteur du groupe, représente à l’inverse une expression cryptique et énigmatique, foncièrement captivante, qui va titiller les neurones et l’imaginaire. Lecture après lecture du clip, écoute après écoute de ce morceau, reste la permanente sensation d’avoir assisté à une étrange messe noire cathartique, sortie des profondeurs du ressentiment, mais activant contre toute attente le souffle incandescent de la vie.

crédit : Coralie Degenève

« Des corps dans le décor » de Mauvais Sang, sortie le 8 avril 2022 chez December Square.


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