[EP] Manysheva – Faith

Questionnant la foi, sous toutes ses formes, à travers quatre titres qui sont autant de confessions que de messages d’espoir, Manysheva livre un disque dans lequel la beauté de la révélation se mêle au mystère ésotérique et religieux. Comme si, finalement, la véritable croyance existait avant tout en l’homme, en ses forces et faiblesses, en ses pensées et pulsions. Si Dieu est mort, l’être vivant, lui, subsiste et bâtit, contre vents et marées, des sculptures artistiques et musicales réconciliant chacun de nous avec une notion essentielle de l’existence : la pureté, immaculée, de l’inspiration et de la délicatesse. L’écoute. Le partage. Ces bases sereines et vitales pour la compositrice, qu’elle construit et consolide avec constance et une inépuisable force.

Mettons d’ores et déjà une chose au clair : Manysheva a besoin de la musique pour vivre et respirer, et ce, depuis son plus jeune âge. Artiste russe baignée de notes et de mélodies, elle débarque à Paris il y a trois ans, pour raisons personnelles tout d’abord, mais également pour se familiariser avec de nouveaux univers et des méthodes inédites et complémentaires de son bagage artistique. Sans jamais chercher à voir Orient et Occident se percuter, elle unit, à travers « Faith », des éléments aussi bien venus du froid que de la température ambiante et rassurante d’une production à la hauteur de ses exigences. Le disque se métamorphose rapidement en une réelle expérience sensorielle, chrysalide prête à devenir papillon d’une espèce rare et inconnue. Entre songe, pensées profondes et humanité, Valentina, de son vrai nom, se cherche mais, se faisant, nous offre les pistes à suivre pour trouver l’espérance tant rejetée dans notre quotidien, notre égoïsme et notre nombrilisme. Manysheva se sacrifie ; mais avec tendresse et écoute, sagesse et intelligence. On ne peut, alors, que se dévouer corps et âme à sa cause.

« Faith » ouvre l’opus entre une saturation discrète et omniprésente mêlée à des nappes synthétiques créant une atmosphère céleste et nuageuse, où la voix de Manysheva se pose délicatement (« There is nothing without faith, without love »). Tout l’enjeu des odes qui suivront tient dans cette évidence que beaucoup rejettent, par manque de temps ou, plus que tout, par peur. Une crainte que la rythmique sèche et omniprésente de « Cat’s Town » laisse planer, agrémentée de claviers puissants et capturant nos esprits sans que l’on puisse leur échapper. Valentina parle d’elle, mais également de nous ; ainsi, « I » et « We » se confondent et se complètent, entre intimité et universalité. « Moonflower » éclaire, comme à travers le prisme d’un vitrail multicolore, une résurrection, une volonté de ne pas laisser la colère prendre le dessus sur la culture, ses impressions durables et les émotions qu’elle engendre. Ballade profonde et caressante, elle nous étreint, nous guide, nous conseille. Avant de céder sa place au mouvementé et mémorable « Mess », mise en garde autant que constat, afin de ne jamais reproduire les mêmes erreurs. Grâce à ces multiples lectures, aussi bien sonores (les arrangements sont d’une beauté et d’une complexité rares et intenses) que verbales, « Faith » s’inscrit d’ores et déjà comme une catharsis inoubliable qu’il convient d’écouter chaque jour, notre salut en dépendant. Une réussite totale.

crédit : Emmanuel Noyon

« Faith » de Manysheva est disponible depuis le 20 octobre 2017 chez Kwaidan Records.


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