[Interview] Louise Roam

De formation classique avant de s’approprier les codes de la musique électronique, Aurélie Mestres, alias Louise Roam, porte l’émotion du sensible et du beau dans un second EP, « Avaton », composé au cours d’un voyage en Grèce.
À une semaine de sa série de trois dates jouées sur la scène de L’Aire Libre dans le cadre des 37e Rencontres Trans Musicales de Rennes, la musicienne revient sur la construction et l’évolution de son univers, sur l’inspiration qu’elle puise dans ses voyages, sur les messages et sens de ses textes et sur sa collaboration avec Saycet. Rencontre avec une artiste en constante mutation et réflexion sur la création électronique.

crédit : Sylvia Borel
crédit : Sylvia Borel
  • Bonjour Aurélie ! J’ai eu la chance de te découvrir en 2013, au moment de la sortie de ta première démo de « The Walk ». Depuis, tu as publié deux EPs : « Raptus », en juin 2015, et tout récemment « Avaton ». Avec ces deux enregistrements, as-tu le sentiment d’avoir trouvé ton univers, ou vois-tu au contraire ton projet comme un processus évolutif, changeant au gré des sorties ?

L’univers du projet Louise Roam est en train de se développer, de s’affirmer au gré du temps. Je suis d’une nature à vouloir toujours apprendre, évoluer ; je ne considère pas mon univers comme figé. Je pense qu’il faut surprendre et se surprendre sans cesse.
Je voulais ce nouvel EP, « Avaton », plus épuré, plus assumé vocalement aussi. À la différence du premier EP, très réfléchi, celui-ci a été composé et produit en trois semaines. Je suis allée à l’essentiel.

  • On pourrait décrire ta musique comme de l’electronica, de la chill voire de l’ambient ; mais le terme « electronique narrative et émotionnelle » semble encore mieux coller à ce que tu fais. Qu’en dis-tu ?

C’est assez juste. J’aime ramener de mes voyages des sensations, la texture des silences, de la vie quotidienne de ces lieux… Chaque chanson est un petit bout d’une déambulation ou d’une réflexion que j’aime partager.

  • Tu viens de la musique classique, du violon. Qu’est-ce que ton bagage « classique » t’apporte en tant que compositrice de musiques électroniques ?

Avant tout, je garde la rigueur de l’enseignement classique. Ce bagage classique est un excellent allié, dans ce sens. Avant de faire sonner un violon et de prendre un certain plaisir à jouer, il faut beaucoup de persévérance. Mais il faut aussi savoir s’en détacher, car la musique n’est pas que rigueur et formules d’harmonisation ; il y a une part de magie, de lâcher-prise qu’il faut aller trouver au plus profond de soi.

  • Tu as, semble-t-il, accordé une plus grande place au chant et à l’émotion sur « Avaton ». C’est le fruit de quelles discussions, de quelles rencontres, de quel travail ?

Je n’avais jamais pensé à travailler ma voix auparavant. Je ne me suis jamais imaginée chanteuse. Quand Pierre Lefeuvre (Saycet) m’a proposé de collaborer avec lui sur la tournée de son troisième album l’année dernière, qu’il a fallu que j’interprète ses chansons, il s’est imposé à nous l’idée de prendre des cours de chant. Je suis maintenant persuadée qu’avant d’envisager tout apprentissage d’un instrument, il faudrait apprendre à chanter, à respirer… C’est la base de toute interprétation instrumentale.

crédit : Sylvia Borel
crédit : Sylvia Borel
  • Ton nouvel EP, « Avaton », est en partie inspiré de la Grèce Antique dans ses titres.
    « Avaton » signifie « lieu pur » en grec ancien, autrement dit un lieu sacré et interdit au profane, et « Isagogi » fait référence à Isagogè, un ouvrage introductif aux Catégories d’Aristote, qui a longtemps été considéré comme une référence pour l’étude de la logique chez les Grecs comme chez les Romains. Peux-tu m’en dire davantage sur le choix de ces titres ?

J’ai voulu élargir le sens donné au mot « Avaton », l’élargir au monde entier, le concevoir dans une globalité. Le « lieu pur » est cette Terre, ces espaces que l’on occupe où ceux qui ne respectent pas l’humanité en sont les « profanes ». Il n’y a pas de connotation religieuse pour autant.
Je n’ai pas été aussi loin que toi quant au sens de « Isagogi », c’est simplement le terme grec pour signifier l’ouverture. Mais je recommande la lecture d’Aristote pour cet hiver (sourire) !

  • Un célèbre dicton prétend que les voyages forment la jeunesse. Toi qui as voyagé dans les pays scandinaves et passé quelque temps en Grèce ces derniers mois, quels endroits visités ou quelles rencontres ont particulièrement influencé ton travail d’écriture et de composition ?

J’ai écrit le premier EP en Suède, les forêts du Nord et la solitude ont été le terreau de l’écriture. Le second EP a été pensé en Grèce ; je connaissais déjà ce pays, mais avec la crise qu’il traverse, je ne savais pas ce que j’allais y trouver, cette fois.
Je me suis baladée dans les mêmes endroits ; économiquement, j’y ai vu un désastre, mais humainement, on pourrait tirer beaucoup de leçons de ce peuple. Étant dans l’un des berceaux de notre civilisation, on ne peut que se questionner sur le passé de l’humanité, le présent et imaginer le futur.

  • Travailles-tu sur la question du sens quand tu composes ? Autrement dit, y a-t-il un message que tu souhaites transmettre à travers ton travail d’écriture, ou préfères-tu laisser la liberté à chacun d’interpréter en toute conscience tes morceaux ?

Cela dépend des chansons. Sur le titre « Avaton », il y a un message clair et fort, je m’adresse à l’humanité. Je parle d’espérance et de désillusion, jamais très éloignées quand on regarde ce que l’homme a construit. Sur le titre « Blossom », je décris un moment de déambulation dans un quartier de Thessalonique, Polichni. C’est juste après la pluie. Chacun peut s’approprier ce qui est dit.

  • Tu collabores sur scène avec Pierre Lefeuvre, alias Saycet, en tant que chanteuse et violoniste. Qu’est-ce que ton travail à ses côtés a apporté à ta musique, à ton univers ? Et, réciproquement, quels retours quant à ta présence t’a-t-il faits ?

Je crois qu’on s’apporte mutuellement une certaine sérénité dans le travail. On se comprend facilement, nos univers ne sont pas si éloignés que ça, tant au niveau musical que personnel.

  • Aussi, comment répartis-tu ton temps entre ces deux projets, parmi d’autres ?

Les deux projets n’empiètent jamais l’un sur l’autre. On s’organise dans ce sens. Et c’est toujours une bouffée d’air frais que d’aller collaborer avec d’autres personnes.
De la composition sur ordinateur à la dimension scénique, comment opères-tu la transition entre ces deux mondes ?
J’essaye de tout de suite penser les morceaux dans leur finalité scénique. La seule difficulté est de savoir comment, seule sur scène, je vais pouvoir les adapter. Il y a, à ce moment-là, un travail de réécriture de certaines parties. J’essaye aussi de faire que le live soit plus pêchu que les enregistrements.

  • Tu joueras trois soirs à l’occasion des 37e Rencontres Trans Musicales : le mercredi 2, le jeudi 3 et le dimanche 6 décembre à l’Aire Libre. Vas-tu livrer trois prestations semblables ou, au contraire, tenter différentes approches pour ces représentations ?

On ne présente jamais le même live trois soirs de suite, tout dépend de l’énergie. Je vais aussi me laisser surprendre moi-même… À voir, donc.

crédit : Sylvia Borel
crédit : Sylvia Borel
  • Toute dernière question : quelle sera la prochaine étape ? Un nouvel EP, un premier album ou l’inconnu ?

Je ne sais pas encore ; je digère pour l’instant ce dernier EP. Je veux me consacrer au live, défendre au mieux ces chansons sur scène et prendre du plaisir, surtout. Je veux sortir de mon studio.


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