[Live] La Route du Rock 2016, jour 1

Mais que se passe-t-il ? Saint-Malo sous le soleil… Et pour au moins trois jours nous annonce Météo France ! Outre cette réjouissante « anomalie » météorologique (désolé les Bretons !), cette Route du Rock 2016 se distingue également par une fréquentation en forte baisse (conséquence notamment de l’absence d’une vraie grosse tête d’affiche) mais aussi par une programmation toujours au top de l’actualité « indé ». Retour sur un premier jour, celui du vendredi 12 août 2016, abreuvé d’un soleil avare en sensations rock, au gré d’une programmation doucereuse, éclairée par les prestations attendues et excellentes du folkeux Kevin Morby, du mystérieux Pantha Du Prince et des désormais festifs Belle & Sebastian.

Belle and Sebastian © Chris Rod
Belle and Sebastian – crédit : Chris Rod

Article écrit par Chris Rod et Sébastien Michaud

LE moment chill du festival rock malouin, c’est le concert sur la plage en plein cœur de la cité corsaire, cadre idyllique s’il en est. Cette année, en ce premier jour, si l’on arrivait à se frayer un chemin entre les corps détendus des festivaliers, c’est la psyché cérébrale des Toulousains d’Aquagascallo qui nous y accueillait de ses volutes électro légères et autres riffs électriques de bon ton. La musique de cette formation transfuge d’Aquaserge, Julien Gasc et Julien Barbagallo (sic) combine à la fois fraîcheur et sophistication, simplicité et absurde dans les paroles et les mélodies. Avouons que si les compositions de ces talentueux musiciens nous laissent souvent de marbre en concert en salle, ce jour-là, le scintillement du bleu aquatique et la douceur de la brise bretonne leur ont donné une dimension récréative indéniable. De la sieste de bon goût, pour sûr.

Aquagascallo

Comme à chaque ouverture de la Route du Rock, c’est un parterre de festivaliers très calme et clairsemé qui fait face à la petite scène des remparts. Par chance, le rock psyché de Psychic Ills n’est pas taillé pour les foules en délire, avec son chant traînant et détaché façon Jesus & Mary Chain et ses compos en perpétuelle apesanteur. Gavée de reverb’, d’orgue et de rythmes flirtant avec le krautrock, la musique de quatre New-Yorkais offre quelques belles montées en puissance en dépit d’une communication avec le public proche du néant. Stoïque, la bassiste Elizabeth Hart assure heureusement une partie du spectacle en attirant les regards d’une bonne moitié des spectateurs masculins… Magnétique la demoiselle, pour ne pas dire plus… À la guitare et au chant, Tres Warren, lui, semble loin, très loin, perdu dans des rêves aux accents hallucinatoires sur fond de Velvet Underground et de Mazzy Starr. Mazzy Star ? Aux intonations de son chant, on comprend mieux pourquoi la mythique Hope Sandoval vient jouer les guests stars sur le dernier album de son groupe…

Très attendu, et pour cause : le songwriter Kevin Morby nous enchante depuis son premier album de ses compos pleines d’une poésie de la terre propice au voyage spirituel. Eh bien, ce jeune homme poupin est à même de créer une atmosphère réellement magique : un timbre de voix chaleureux, l’évocation d’une odyssée humble et sensitive, une guitare franche et épique. De ce tout émane un charme incontestable, tout en retenue, dont parfois sortent des éclats rock. Il en a sous le coude, le jeune homme, et nous le suivrons dans sa trajectoire artistique, sans aucun doute.

« Je vous parle d’un temps, que les moins de 20 ans… » Première Madeleine de Proust du festival, avant Lush et Tindersticks, la pop fragile des Écossais de Belle & Sebastian avait, a priori, tout pour susciter le désintérêt d’un public de festival composé en partie de jeunes en quête de nouveautés, d’amateurs d’électro ou de gros son, et de buveurs de bière revenant tout juste de la plage. Bien sûr, il restait les autres : les fans, ou les nostalgiques quarantenaires ex-auditeurs de Bernard Lenoir… Miracle : Stuart Murdoch et sa bande, après avoir contenté la poignée d’admirateurs de « If You’re Feeling Sinister » et « The Boy With The Arab Strap » (albums références du groupe), réussiront à faire danser les filles à la manière d’un autre grand groupe écossais… La recette ? Des titres récents plus up tempo et la montée sur scène durant un petit quart d’heure d’une vingtaine de festivaliers ravis d’agiter leurs guiboles. Ambiance boum intergénérationnelle donc, au final, et sourire de rigueur à l’écoute des paroles improvisé de Murdoch évoquant le bon vin français et, à l’attention des plus jeunes festivaliers, d’hypothétiques « pertes de virginité sous une tente »…

Une louche d’électro, de la soul, des basses écrasantes et des rythmes lancinants. C’est vrai que c’est une belle invention le trip hop… Sauf que là, avec les Londoniens de Haelos… Comment dire ? On n’y croit pas. Ou seulement au début. Le premier morceau, au climat très noir, gorgé de tension, laisse espérer de belles choses… Et puis plus rien. Enfin, plus rien… Si, beaucoup de choses, des effets de voix archi FM (dont on dirait presque du play back), des envolées grandiloquentes, et une formule qui ne bouge pas d’un iota jusqu’à la fin. Le son est énorme, net, lisse. Tout cela sent la recherche du tube à tout prix et la nomination dans la catégorie espoirs aux prochains Brit Awards. Je perds définitivement patience quand le chanteur-beau gosse, sous un rai de lumière, lève les yeux au ciel et pointe du doigt la lune (ou était-ce une étoile ? Un moustique ?). Bref… Trip hop mais trop hype pour être honnête.

Dire que les Minor Victories ont remporté une « victoire mineure » ce vendredi soir sur la scène du fort est un peu facile… Mais c’est pourtant l’impression qui s’est dégagé à l’issue de cette heure de show dont on attendait beaucoup (trop peut-être), et qui n’aura sans doute enthousiasmé au final que les inconditionnels des trois grands groupes représentés ici… Sur le papier, il est vrai, l’affiche était belle : deux ans après la belle prestation de Slowdive, revoilà Rachel Goswell de retour au festival, entourée du guitariste d’Editors, Justin Lockey et du guitariste de Mogwai, Stuart Brainwaithe… Tout ce beau monde distille un rock shoegaze vaporeux et hypnotique d’excellente facture, ponctuée d’embardées noisy, mais peu aventureux et au sein duquel le chant de Goswell semble parfois avoir un peu de mal à s’imposer. Le dernier morceau du set, sous forte influence My Bloody Valentine, réussira tout de même à flatter les tympans les plus blasés.

Fin de soirée pour nous : nous attendions avec impatience le set électro du brillant Pantha Du Prince. Étonnamment, c’est en solo qu’il nous est apparu, et non pas au sein de sa formation The Triad. Eh bien, pas déçus pur un sou, bien au contraire. Il fut impérial. Des débuts expérimentaux et organiques, extrêmement minimalistes, il a construit pour nos oreilles une progression parfaitement maîtrisée distillant peu à peu une énergie club d’une grande classe. Intense, onirique et sensuel. Un grand artiste.


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