[LP] Jive Me – Jive Me

Un premier effort qui a tout du coup d’éclat autant que du coup d’état ; Jive Me libère une énergie imprégnée de la folie des années qu’il met en scène, entre danse et bagarres survitaminées. Un choc musical, référentiel et détonnant !

On entre par une porte dérobée, en essayant de rester le plus discret possible, de ne pas se faire remarquer. Chapeau vissé sur la tête, cigarette au coin des lèvres, on observe l’endroit, on guette les porte-flingues et autres types louches qui pourraient nous jeter un regard de travers. Sur la scène, un quatuor s’échauffe, se prépare à ce que tout dégénère. On ne sait pas comment on est arrivé là, on a changé d’époque, tout en sachant que l’on vient du XXIe siècle. En enclenchant son incroyable machine à remonter le temps, Jive Me n’a pourtant pas oublié l’essentiel : demeurer, coûte que coûte, dans on époque. Ancrer l’électronique à des ports enfumés des années 1920, des règlements de compte, des fusillades, des villes d’après-guerre. Ça y est, l’orchestre démarre en trombe ; tout peut commencer, tranquillement, à glisser dans la débauche. Les étincelles vont être très, très brûlantes et éblouissantes.

« Jive Me » se définit dès son appellation : la rencontre de décennies en apparence contradictoires, mais qui étaient faites pour se rencontrer. Ou, plutôt se percuter, dès que les rythmes électros implosent sur les structures harmoniques des guitares et des vents, au moment où « Lesson » transforme les lieux de concert en lieu du crime, du vice et de la vertu prêts à combattre dans un duel acharné. Les samples nous font basculer vers le futur, la voix chaude et sensuelle de Tara dicte ses règles de hors-la-loi fière de ce qu’elle provoque, d’un regard, d’un clin d’œil. Échafaudé par cette fête nocturne virant au film noir en quelques secondes, chaque titre devenant le chapitre enivré et enflammé d’une histoire qui, on le sait, finira forcément mal, l’opus alterne courses-poursuites endiablées (« Run ») et secondes d’une troublante séduction (« Love Affair »). La production, à la fois jouissive et précise, achève de faire tomber les corps truffés de plomb et ceux, plus sage en apparence, de danseurs épuisés par l’inépuisable volonté des musiciens. Jamais à court d’idées et d’arrangements magnifiques et scrupuleusement dosés, Jive Me libère un feu dévastateur consumant les parquets, les semelles de chaussures proprement cirées et les cœurs transis. Avant de se noyer dans les vapeurs brumeuses et alcoolisées d’un ultime apaisement d’une beauté à couper le souffle (« Starry Night »).

Quoiqu’il arrive, personne ne se remettra jamais du choc que représente ce premier disque. Né d’une passion commune qui transpire de chaque pore, de chaque sillon, « Jive Me » est l’exposition sans fard d’une bande d’amis portés par le même souffle, la même volonté de faire renaître la fausse innocence d’un début de siècle qui, finalement, nous manque énormément. Incorruptibles, pour le meilleur.

crédit : Astrid.Lag Photographe

« Jive Me » de Jive Me, disponible depuis le 26 avril 2019 chez Uni-Son / L’Autre Distribution.


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