[Interview] Jeremie Whistler

À quelques jours de la sortie de son premier album, « The Dawn », répondant enfin à la trop longue attente depuis son précédent EP « Flakes » (2014), nous avions hâte d’échanger avec Jeremie Whistler. Loquace, le chanteur et producteur parisien a pris le temps d’explorer avec nous ses créations qui tiennent tant du domaine musical que visuel. Il nous tenait également d’aborder en sa compagnie les rencontres inespérées, mais alchimiques qui jalonnent l’écriture de cet album qui était initialement le fruit d’un travail solitaire. Retour écrit sur notre rencontre avec un artiste pluridisciplinaire porté par un rapport immédiat à l’image et à l’onirisme, à l’occasion de la sortie de son nouveau clip, « Take Shelter », que nous vous dévoilons en exclusivité en fin d’article.

crédit : Benjamin Guillonneau
  • Certains médias comparent ta musique à celle de James Blake. Auprès de quels artistes électroniques trouves-tu refuge pour t’inspirer ?

Alors oui, James Blake ça me convient tout à fait. C’est vraiment un artiste que j’écoute beaucoup. D’ailleurs, son nouvel album est sorti aujourd’hui et j’ai déjà écouté en boucle certains titres. Pour moi, c’est vraiment une grosse influence. J’ai écouté également beaucoup de son comme SOHN. J’aime beaucoup ce type de pop électronique. Je n’écoute pas beaucoup d’électro pur… mis à part Jon Hopkins. J’écoute plutôt de la pop électronique avec de la voix et des mélodies. C’est ça qui va me toucher.

  • L’ordre des titres sur ton album a-t-il pour toi une place primordiale ou tes titres peuvent-ils être appréciés indépendamment les uns des autres comme dans le cadre de playlists ?

J’espère qu’ils pourront l’être indépendamment. L’ordre des titres choisis n’a pas été évident. Ce que j’ai essayé de faire ; c’est de créer un certain rythme sur l’album. Il faut que ce soit varié, que ce soit comme une espèce de petit voyage, même si l’ordre ne raconte pas spécialement d’histoire. Bref, c’était vraiment pour créer un rythme dans l’espoir que les gens l’écoutent en entier et qu’ils ne s’ennuient pas. Qu’ils ne le trouvent pas trop répétitif. Au niveau de la création, je voulais que ce soit assez varié, qu’il y ait des changements de rythme, qu’il y ait des choses plus épurées et d’autres, plus denses. Je l’ai vraiment créé comme un album dès le départ, oui.

  • Saycet a produit l’une des tracks de ton album après avoir signé un remix sur ton premier EP. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Quel rôle a joué cette rencontre sur ton long format ?

Alors on s’est rencontré par nos managers respectifs qui se connaissent. Je cherchais des gens pour remixer des titres sur mon premier EP (« Flakes », sorti en 2014) et je suis vraiment, vraiment tombé amoureux du sien (« Cold Heart »). Quand je l’ai découvert, ça a été magique pour moi. J’ai donc tout de suite pensé à lui pour une nouvelle collaboration sur un morceau, mais avec une prod et non pas un remix cette fois-ci. Ça s’est par la suite fait de manière très naturelle. Je lui ai proposé et il a accepté. C’était hyper cool de travailler avec lui. C’est quelqu’un avec qui je me sens déjà très proche musicalement et je savais qu’il allait ajouter une richesse dans la production. Je n’avais pas trop de doute là-dessus. On a bossé ensemble en studio et il a aussi bossé de son côté. Le résultat est à découvrir sur le titre « At First ».

  • Tu as choisi de t’entourer d’autres professionnels pour sortir ce premier disque. Était-ce important pour toi de laisser des personnes extérieures à ton projet intervenir sur la construction des morceaux ? Peux-tu d’ailleurs nous parler de ces collaborateurs ?

Alors dans l’idéal, je voulais le faire tout seul. Après ce sont des collaborations qui sont arrivées hyper naturellement, comme pour Saycet. Après, il y a trois morceaux sur l’album que j’ai fait en collaboration avec Sylvain Ollivier qui est l’un des musiciens qui m’accompagnent sur scène. Là, ce n’était pas du tout prémédité. C’est lui qui m’a fait écouter des leads instrumentaux sur lequel il bossait. J’ai eu un coup de cœur sur certains d’entre eux. Et ça s’est fait hyper naturellement, on a été tout de suite inspiré. On a trouvé des mélodies. Je ne cherchais pas forcément à collaborer absolument avec quelqu’un, mais là, ça m’est tombé du ciel en fait. Au final, on a fait trois morceaux sur l’album et ce sont mes trois préférés.

  • Donc tu recollaboreras avec lui dans l’avenir ?

Oh oui c’est sûr ! D’ailleurs, on a l’idée de faire un side project tous les deux, mais ça n’a pas encore beaucoup avancé. Mais oui, il s’est passé quelque chose de magique musicalement entre nous. Ça a apporté quelque chose de différent sur l’album. Ce sont les morceaux les plus libres, je trouve. Peut-être les moins pop et pas forcément les plus accrocheurs, mais… oui, les plus uniques. Et du coup, ce sont ceux que je préfère. Pour les autres collaborations, j’avais très très envie d’avoir des cordes sur mon album. C’était mon rêve. Cette fois-ci, c’est l’autre musicien avec qui je travaille sur scène (Aurélien Bianco) qui m’a présenté Célia Triplet qui est une arrangeuse. Elle travaille avec un quatuor (le Popquartet). Là aussi, ça a été une rencontre assez magique. C’est-à-dire qu’on s’est tout de suite compris et entendu. Ce qu’elle m’a proposé, comme arrangement, c’était ce dont je rêvais. Ainsi, sur trois autres titres, on trouve un quatuor de cordes. Et puis il y a Aurélien Bianco qui a joué toutes les parties pianos sur l’album. On a enregistré chez lui, dans son salon, à l’arrache. Ensuite pour le mixage, c’est la personne qui avait mixé la prod qu’a faite Saycet (Sébastien Cannas). Je l’ai rencontré par son biais. J’avais adoré ce qu’il avait fait. Et je lui donc ai proposé de mixer l’album. Pareil, c’était exactement ce que je recherchais. Quelqu’un qui puisse faire sonner le tout mieux, mais sans dénaturer les morceaux. C’est ce qu’il a fait.

  • Tu nous parlais du quatuor a corde. J’ai remarqué que sur « Amber », nous retrouvons des violons très présents ainsi que le piano sur tout l’album. Aimerais-tu, comme la fait récemment Ed Banger pour les 15 ans du label, t’entourer d’un orchestre symphonique, disons de chambre déjà, pour jouer cet album ?

Non je n’aime pas trop les orchestres symphoniques. En fait je trouve ça un peu pompeux. Je préfère les petites formations. Je trouve qu’un quatuor c’est super chaleureux et on entend le détail de chaque instrument, c’est ça qui m’intéresse. Je voulais vraiment ajouter une touche plus organique pour contraster avec les productions assez froides et métalliques. C’était plus ça le but. Pas de faire quelque chose de grandiloquent comme pourrait le faire un orchestre symphonique. Par contre j’aimerai beaucoup, pourquoi pas, faire des versions acoustiques façon piano, corde. Ça pourrait m’intéresser ça. D’ailleurs, j’aimerais beaucoup que le quatuor puisse m’accompagner en live. C’est un truc qui me fait assez rêver.

  • As-tu des dates de prévues pour défendre cet album ?

Il y a des dates qui s’organisent, oui. Mais, pour le moment, il n’y a pas de date de calé. Je prévois déjà une scène parisienne pour une release party de l’album. Après j’aimerais bien quand même faire des festivals, évidemment. On verra ce qu’on me propose.

  • Tu as déjà signé des bandes originales de documentaires. Le visuel est-il extrêmement important pour vivre ta musique ?

Alors oui, je suis graphiste d’origine. Donc tout ce qui est visuel me passionne. C’est un visuel qui va m’inspirer une chanson. Ça peut être une photo, une illustration ou un film. Pour moi, quand une chanson est réussie, c’est que si je l’écoute, j’ai des images en tête directement. Donc le lien entre image et son est hyper important pour moi en effet. Les deux sont complémentaires.

  • Tu es graphiste de formation, mais tu as laissé Benjamin Guillonneau faire la pochette de cet album. Pourquoi as-tu choisi de déléguer cette mission à un autre artiste ? Était-ce pour mettre en lumière son travail ou pour te consacrer pleinement à la musique sur ce projet ?

Alors, il a fait la photo, mais c’est moi qui ai fait tout le design. Ce n’était pas prémédité là encore. On avait prévu de faire une séance photo et en fait j’ai vu cette photo et je me suis dit « tiens, voilà, c’est la pochette en fait !». Je l’ai tout de suite senti. Moi, au départ, je pensais faire moi-même le visuel comme je l’avais fait sur mon précédent EP. Mais là, cette photo me parlait beaucoup. Je la trouve assez forte et un peu drôle aussi. J’aime bien mettre une petite touche humoristique. Le mec qui fait un câlin à son cactus (rire).

  • Est-ce que cette photo t’a inspiré un morceau de l’album ?

Non l’album était déjà fini. Il n’était pas mixé, mais les titres étaient tous déjà terminés.

  • « Dans le sable » est l’unique titre en français sur ton disque. Comment t’es venue cette idée ? Était-ce pour prouver que tu peux défendre également ton répertoire dans ta langue maternelle ?

En fait, quand j’ai commencé à écrire des chansons, c’était en français. Je ne sais pas, ou plus, pourquoi je suis passé à l’anglais. Ça s’est fait très naturellement. Déjà parce que j’écoute quasiment que de la musique anglo-saxonne. J’avais complètement oublié que je pouvais chanter en français (rire). Je ne sais pas pourquoi c’est quelque chose que j’avais mis de côté. C’est une chose dont on me parle beaucoup : « pourquoi en anglais ? ». C’est devenu un petit défi que je me suis lancé pour sortir quelque chose de différent. Évidemment, on n’écrit pas pareil dans sa langue maternelle que dans une langue empruntée…

  • Le poids des mots doit être plus important ?

Oui. Forcément, c’est plus direct. Après, bizarrement, je me sens plus libre en anglais parce que c’est comme un jeu et j’ai moins de pudeur. En français, chaque mot résonne directement. C’était un défi et j’étais content du résultat. Ça ne dépareillait pas du reste. Mis à part la langue. Je l’ai donc gardé. Il n’y a pas de raison hyper profonde.

  • Tu dis que cet album évoque des rêves surréalistes ou des histoires d’amour ratées. Comme Stephen King écrit ses livres sur ses cauchemars, t’es-tu inspiré de ta vie et de tes rêves pour composer, ou est-ce des histoires venant totalement de ton imaginaire ?

Alors, il y a forcément beaucoup de moi dedans. Quand j’écris des morceaux, c’est assez proche de l’écriture automatique. J’avais vraiment envie de lâcher prise et d’écrire de manière spontanée. Ça parle beaucoup de moi, mais c’est aussi romancé. Parfois je m’inspire d’histoires d’autres personnes et parfois je m’adresse à d’autres gens. Je m’adresse à des personnes en particulier, mais je me rends compte que, quand c’est le cas, elles s’adressent tout de même à moi. En fait, c’est un album qui tourne beaucoup autour de moi. C’était un peu – c’est vachement cliché – une thérapie. Ouvrir les vannes et laisser sortir les choses très librement.

  • Enfin, as-tu un artiste que tu aimerais mettre en lumière par le biais de cette interview ?

Je peux parler de Louise Roam. C’est une productrice qui a signé un remix sur mon EP « Smoke Signal » et, pareil, c’était vraiment un coup de cœur. Elle a rajouté sa voix sur le remix. Je ne m’y attendais pas. Ça a donné une sorte de duo. J’ai trouvé que ça marchait hyper bien et que c’était audacieux et très intelligent. C’est une fille qui a beaucoup de talent !

On vous l’avait annoncé en préambule, nous avons le plaisir de vous dévoiler ce jour, en exclusivité sur indiemusic, son nouveau clip, « Take Shelter », œuvre de synthèse envoûtante, hypnotique et débordant de sensualité entre le cosmos et le surnaturel. On a particulière aimé la manière dont Jeremie nous l’a présenté : « une déambulation dans un monde onirique, une vaste forteresse où l’on ne croise que des nuages, roses comme de la barbe à papa et réconfortants, un endroit où l’on est à l’abri, mais seuls. » Nous nous y sommes abandonnés, perdus, qu’en sera-t-il de vous ?


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