[Interview] Hugo Barriol

Les joies du métro : sa foule de gens pressés, ses odeurs suspectes, sa chaleur caniculaire l’été, ses courants d’air bien froids l’hiver Et, parfois, une embellie. Une mélodie surgit au détour d’un couloir, comme une fleur qui pousse au milieu du béton. Par surprise, là où on ne l’attend pas. Le métro parisien est une pépinière de talents et un formidable tremplin pour des artistes en devenir. Hugo Barriol en fait partie. Fraîchement élu « meilleur musicien solo du métro », il revient sur son parcours souterrain.

crédit : Morgan Eloy
crédit : Morgan Eloy
  • Certains voyageurs du métro ont pu croiser ton chemin au détour d’un couloir, mais ton nom n’évoque sans doute rien au grand public. Du moins, pour le moment… Qui es-tu, d’où viens-tu ?

Je suis Hugo Barriol, 26 ans au compteur, et originaire de Saint-Etienne. Je suis auteur-compositeur-interprète dans un style folk. J’ai commencé à composer et à chanter il y a environ cinq ans, et de manière plus sérieuse depuis un an, en tant que musicien de métro. Le sous-sol parisien est donc mon lieu de travail.

  • Un vrai musicien de l’ombre… Pourquoi avoir choisi ce chemin plutôt non conventionnel ?

Le déclic s’est sûrement fait en Australie, où j’ai vadrouillé pendant un an avec des amis. Pour gagner un peu d’argent de poche, j’ai pris la direction du métro avec ma guitare en bandoulière. Et ça m’a bien plu ! De retour en France, j’ai décidé de consacrer tout mon temps à la musique pour me donner une chance de percer. J’ai choisi le métro qui, selon moi, est la meilleure solution pour toucher un maximum de monde. J’ai donc passé les auditions de la RATP et obtenu mon accréditation. Au total, nous sommes 300 autres musiciens autorisés à jouer dans les couloirs du métro.

  • Le quotidien d’un musicien de métro, ça ressemble à quoi ?

Tout dépend de chacun. Il n’y a aucune contrainte : on reste le nombre d’heures que l’on veut, à l’emplacement que l’on veut. Cette liberté me convient totalement. Je joue 5 heures par jour, 2h30 le matin, 2h30 le soir, et je m’accorde deux jours de congé dans la semaine. C’est une activité à temps plein. Je reconnais qu’il peut parfois y avoir une certaine lassitude, car je joue exclusivement mes compositions. Ce choix artistique m’empêche d’avoir un très grand répertoire à jouer, puisque je ne fais jamais de reprise. En revanche, c’est super positif de voir certains passants s’arrêter et apprécier ma propre musique. Ça me booste ! Je suis installé depuis quelques mois à la station Pigalle, entre les lignes 2 et 12. Il y a beaucoup de passage, aussi bien des Parisiens que des touristes étrangers. C’est un grand brassage de population et ça me plaît.

  • Et côté acoustique ?

J’aime beaucoup l’acoustique du métro, car la réverbération y est très élevée. Le fait d’être dans un couloir accentue cet effet et donne à ma voix un large écho. Je suis tellement habitué à cette résonance particulière que j’ai parfois un peu de mal à m’habituer au son d’une salle de concerts, qui est beaucoup plus sec.

  • Tes morceaux sont très mélodieux et supposent une écoute attentive. Ce n’est pas un peu compliqué de les interpréter dans un tel milieu sonore, où ça grouille de partout ?

Ce n’est pas toujours simple, c’est sûr ! Bien souvent, les gens n’ont ni le temps ni l’envie de s’attarder dans un couloir. Et puis, à un moment donné, ils vont prêter une oreille, même furtive, et vont capter cette intimité qu’il y a dans mes morceaux. Certains prennent le temps de s’arrêter ; d’autres demandent mon nom pour pouvoir écouter ma musique plus tard. Je trouve que c’est beau de parvenir à attirer leur attention de cette manière-là, d’arriver à les faire sortir de leur bulle. Le contexte influence aussi un peu l’attention du public. Un morceau peut mieux marcher tout simplement parce qu’à ce moment-là, il n’y a pas une cohue de dingue. J’ai donc du mal à savoir si certaines chansons plaisent plus que d’autres, mais là n’est pas le principal. Je me sens bien lorsque je chante. C’est, pour moi, une sorte d’exutoire, une façon de digérer plus facilement certaines choses. Je n’arrive pas toujours à dire ce que je ressens, donc je le fais avec la musique. J’évoque l’amour, j’effleure mes peurs et certaines de mes fragilités… C’est assez mélancolique.

crédit : Morgan Eloy
crédit : Morgan Eloy
  • Tu viens donc de remporter un prix au Metro Music Award 2016, celui du meilleur musicien solo. Qu’est-ce que ça a changé pour toi ?

Je ne m’attendais pas à gagner ce prix, pour la simple et bonne raison que je n’avais fait aucune démarche pour participer au concours ! Étant accrédité par la RATP, j’ai appris par hasard que j’étais sélectionné dans la liste des nominés. Je me suis vite pris au jeu et le vote des internautes a fait le reste. Ce concours, lancé par un passionné de musique, Guillaume Louis, a le mérite de donner plus de visibilité à tous les artistes du métro. Et ça marche puisque, depuis cette victoire, les médias commencent à parler de moi et les gens découvrent ma musique.

  • Fini donc, les corridors ?

Impossible pour le moment, car c’est mon gagne-pain. Le métro n’est certes pas une finalité, mais plutôt le début d’une aventure. Une aventure qui a d’ailleurs démarré en trombe, puisque j’ai été repéré par un producteur indépendant (Octopus) le jour de mon baptême dans le métro. Quelques jours après, je mettais pour la première fois les pieds dans un studio pour faire des tests guitare/voix. On a ensuite décidé l’enregistrement de six morceaux avec d’autres instrus : basse, batterie, guitare, piano et cordes. La sortie de l’EP est prévue en avril.

  • Ça ne doit pas être simple, de travailler avec d’autres musiciens lorsque l’on a l’habitude de composer seul…

Oui, j’ai un peu changé de monde, mais ça se passe très bien. À l’inverse d’une grande maison de disques, je n’ai aucune pression, si ce n’est par rapport à moi-même. Je suis totalement libre de mes choix, même si les idées venues des uns et des autres ont aussi nourri le projet.

  • Des artistes qui t’inspirent ?

Il y en a plusieurs ! Sans hésitation, le premier en haut de la liste est Bon Iver. Il y a aussi Patrick Watson, Ben Howard, James Vincent McMorrow… De la belle musique qui me parle, qui me fait du bien.

Hugo Barriol sera en concert au China, 50 rue de Charenton, mercredi 9 mars à 20h30. Entrée libre.


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