[Live] Hellfest 2016, jour 2

Goatsnake, Disturbed, Hermano, Ludwig Von 88 & Bring Me The Horizon

Goatsnake se produisait juste après dans la Valley. La formation américaine fondée sur les cendres de The Obsessed et active en pointillés depuis la fin des années 90 revenait au Hellfest après un passage en 2011 pour défendre « Black Age Blues », son premier album depuis quinze ans. Le groupe  de doom fortement teinté de blues comprend le charismatique chanteur Pete Stahl, qui délivre une performance incroyable et intense, ainsi que le guitariste Greg Anderson, déjà présent la veille avec son autre groupe Sunn O))). Des morceaux du dernier album comme la chanson-titre seront joués, ainsi que des titres plus anciens comme « Flower of Disease » de l’album éponyme. Le son est massif, bien aidé par le jeu puissant d’Anderson, mais nous retiendrons surtout l’audace de Pete Stahl qui n’hésite pas à monter dans des aigus inhabituels pour remplacer les choristes gospel présentes sur le dernier album. Les touches d’harmonica renforcent l’originalité de ce cocktail musical, et un hommage vibrant est rendu au claviériste Bernie Worrell du collectif P-Funk, atteint d’un cancer du poumon et dont la femme avait annoncé la veille sa mort imminente.  Dans le public, nous discutons avec une fille qui se révèle être une des futures animations du concert de Jane’s Addiction le lendemain soir. Nous repartons à la fin de ce très bon concert juste à temps pour voir Disturbed entonner « Voices » et « Down With The Sickness » sur la Mainstage devant un public évidemment conquis. Comme pour The Offspring, deux gros tubes que tout le monde connaît et apprécie ne suffisent pas à sauver une prestation un peu limitée. Ici, c’est le chanteur David Draiman qui semble en difficulté, comme essoufflé d’avoir trop donné après un concert ponctué de curieuses reprises (de Simon & Garfunkel ou Tears for Fears) qui ont également contribué à la renommée du groupe de neo metal.

Après une pause méritée et salvatrice, nous arrivons à temps à la Valley pour voir la fin de l’excellent concert de Hermano, groupe de l’ex-chanteur de Kyuss, John Garcia. La recette est inchangée et toujours aussi efficace : des riffs ravageurs, une énergie folle, des influences puisant dans le hard rock anglais des seventies, bien ancrées pour un stoner irrésistible et sans concession. Ce concert français était le premier du groupe après un hiatus de huit ans et le public lui a réservé un petit triomphe. Si tout le concert était au niveau de ces deux derniers morceaux (« Manager’s Special » et « Angry American »), cela devait être grandiose.

L’annonce de la participation des Ludwig Von 88 avait fait frémir les fans de bon vieux rock alternatif des années 80. Le rêve auquel la totalité d’entre eux ne croyait plus allait se réaliser. Et ils étaient nombreux, très nombreux à s’amasser dans la War Zone flambant neuve. Félicitons au passage la prouesse réalisée par la Hellfest Team. L’espace aux allures de zone de combat, barbelés et miradors inclus, est époustouflant et le confort des festivaliers pouvant observer les concerts depuis une esplanade est bienvenu. L’arrivée des Ludwig est acclamée comme il se doit et nous reprenons vite fait les choses là où elles avaient été laissées : « Louison Bobet », « Guerriers Balubas », « Fistfuck Playa Club »… Bref, on ne fait pas dans la dentelle. Un titre anti-flics, c’est de saison et certainement beaucoup plus audacieux qu’il y a 25 ans. C’est encore une boîte à rythmes qui fait parler d’elle, ce son reconnaissable parmi tous entraînant les milliers de fans à se bousculer comme de beaux diables. Bruno Garcia (aka Sergent Garcia) va jusqu’à balancer des accords de ska qui, malgré l’environnement, font mouche et nous avons même droit à la visite d’un toaster sur du raggamuffin. Ludwig Von 88 are back, c’est le bordel et c’est bien ce que nous espérions !

Pendant ce temps-là, côté Mainstage, les Britanniques de Bring Me The Horizon font une offense à l’idée même de musique avec leur épouvantable concert d’emocore (deathcore serait trop laudatif) calibré pour les radios adolescentes. Pas besoin de s’étendre, c’était de loin le pire concert de tout le festival, même Within Temptation vu en passant juste avant n’a pas fait aussi mauvais (et pourtant…).

Olivier Roussel

Olivier Roussel

Accro à toutes les musiques. Son credo : s’autoriser toutes les contradictions en la matière.