[Interview] Thomas Azier « Notre plus grande force réside dans notre capacité à être vulnérables »

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crédit : Camille Vivier

L’année prochaine, Thomas Azier mettra en lumière un ensemble saisissant de perspectives dans son prochain album PANORAMA. De son propre aveu, il s’agira de son « œuvre la plus personnelle à ce jour » : du récit du drame de la baleine égarée dans la Seine à l’évocation des combats quotidiens de divers chauffeurs de taxi, en passant par la révélation de sa propre vulnérabilité à travers une catharsis musicale comme on n’en a jamais vue. Nous avons eu l’occasion d’interviewer l’artiste néerlandais, alors qu’il prépare la sortie de deux nouveaux titres le 20 mars, suivie de plusieurs sorties tout au long de l’année et d’une tournée européenne au printemps 2026.​​​​​​​​​​​​​​​​

Ces dernières années, Thomas Azier a multiplié les collaborations avec des musiciens européens issus d’une multitude de genres – noise expérimental, musique de film, classique, opéra ou encore jazz – façonnant peu à peu une signature artistique marquée par des rencontres inattendues et des expériences immersives. Au printemps, le compositeur, producteur, chanteur et performeur s’appuie désormais sur quinze années d’exploration musicale pour proposer un nouveau format, autant sonore que scénique. Dans A Collection of Broken Ideas (2021) et The Inventory of Our Desire (2023), il avait déjà commencé à expérimenter l’assemblage d’émotions, d’instruments, de voix et de sons du quotidien afin de créer des paysages acoustiques. Avec PANORAMA, il pousse cette approche plus loin encore, développant un récit polyphonique où poèmes, enregistrements vidéo et gestes performatifs viennent perturber la forme traditionnelle du concert, construisant peu à peu une structure fragmentée, presque un collage, jusqu’à ce qu’une logique silencieuse émerge.

Lors d’un après-midi pluvieux à Paris, Azier nous a parlé du paysage émotionnel qui sous-tend sa musique à venir, partageant quelques fragments de son état d’esprit au fil du processus créatif et revenant sur les épreuves qui ont marqué ces trois dernières années chaotiques.

  • Nous sommes très heureux de te retrouver. La dernière fois remonte à plus de trois ans (lire notre entrevue), lors de ton dernier concert à Paris. Depuis, tu as fait beaucoup de concerts, sorti de nouvelles musiques et traversé des événements personnels dont nous parlerons plus tard. Si tu devais résumer ces trois dernières années en un seul mot, lequel choisirais-tu ?

Je dirais que c’était comme un volcan — une éruption. Ces trois dernières années n’ont pas vraiment été consacrées à la musique. Ma femme a été diagnostiquée d’un lymphome environ un an après la naissance de notre fils. J’étais en train de sortir The Inventory Of Our Desire lorsque nous avons appris la nouvelle, et j’ai presque eu l’impression que cette musique était une sorte de prélude à ce qui allait se passer.

J’ai dû apprendre à concilier mon rôle de père, la maladie, et la nécessité de continuer à travailler et à survivre. À cette période, j’ai commencé à produire davantage pour d’autres artistes — quelque chose que je n’avais jamais vraiment eu le temps de faire auparavant, étant toujours absorbé par mes propres projets. En parallèle, j’écrivais PANORAMA, qui a d’abord été pensé comme un projet essentiellement instrumental. Ce n’est qu’il y a environ un an que j’ai commencé à écrire les chansons.

  • Tu seras en concert à Paris les 3 et 4 mai 2026. Tu es en tournée à travers lEurope – aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse, entre autres – mais tu joues assez rarement en France. Dailleurs, les billets de la première date parisienne se sont écoulés très rapidement. As-tu hâte de rejouer à Paris ? Et aimerais-tu te produire davantage ailleurs en France ?

J’aimerais vraiment jouer plus souvent en France, d’autant plus que ma famille vit ici. La plupart de ma musique est faite aux Pays-Bas, mais j’entretiens en même temps un lien très fort avec la France.

Après avoir quitté le système des grandes maisons de disques pour devenir indépendant, j’ai dû reconstruire toute mon infrastructure à partir de zéro. Aujourd’hui je produis mes propres vinyles, je m’occupe moi-même de la distribution physique… c’est presque comme tout faire depuis le coffre de sa voiture. Il faut créer son propre réseau.

Quitter ce système signifie aussi devoir trouver un nouveau public. En France, j’ai l’impression que la structure reste assez conservatrice : on passe généralement par un label et tout ce qui en découle. Programmer une seule date demande en réalité énormément de travail. Il m’a fallu trois ans pour organiser ces deux concerts à Paris.

  • Tes concerts semblent avoir beaucoup évolué depuis 2022 : nouvelles collaborations, nouveaux formats, et bien sûr de nouvelles musiques. Quest-ce qui a changé ? Et quelle importance accordes-tu à linnovation et à lidée doffrir au public de nouvelles expériences ?

Lorsque je crée un nouveau projet, j’essaie de réunir des artistes qui excellent dans leurs domaines respectifs mais qui ne joueraient pas forcément ensemble. Cette fois, je travaille avec une compositrice de musique de film, un saxophoniste de jazz et un quatuor à cordes, et j’essaie d’adapter le spectacle à chaque lieu.

J’aime beaucoup expérimenter. Le spectacle que je prépare ressemble davantage à une performance : il y aura des images, des invités, de petites interludes, et même de la poésie. J’aime remettre en question l’idée traditionnelle du concert, créer des surprises et mettre en lumière les collaborations entre les artistes sur scène.

  • Avec ton dernier EP, Power to the People Who Dont Want It (2025), tu laisses une sensation de calme. Le disque ressemble presque à la fin dun chapitre : des voix douces, des synthés profonds et apaisés, ainsi que des réinterprétations de tes morceaux précédents. Que cherchais-tu à exprimer avec ce travail ?

Il y avait aussi un aspect très concret : je voulais jouer. J’avais besoin de jouer. Quand je joue, j’ai l’impression de pouvoir vraiment m’exprimer.

À ce moment-là, je travaillais déjà sur PANORAMA, mais j’ai compris que c’était un projet très exigeant et je ne voulais pas le précipiter. C’est presque comme un collage : il faut vivre avec pendant un certain temps pour qu’il prenne forme.

Avec Power to the People Who Dont Want It, je voulais offrir une seconde vie à certaines chansons de The Inventory of Our Desire. Sur ce disque, j’ai exploré une nouvelle manière de chanter, en jouant avec des sons presque animaux, en passant d’une voix masculine à une voix féminine. D’une certaine façon, c’était une préparation pour la suite.

Les cordes ont été enregistrées au Studio 150, une ancienne église à Amsterdam. Comme le célèbre studio à Londres, le plafond peut être monté ou descendu afin de créer l’acoustique parfaite pour les enregistrements de cordes. C’est un endroit magnifique. Revenir sur ces chansons a été une très belle expérience. Cela a apporté une nouvelle dimension à mes concerts et cela a aussi eu un effet réparateur pour moi.

  • Le 20 mars, tu sortiras deux titres, « Year In A Spiral » et « Twenty Twenty-Three ». PANORAMA est le titre de ton prochain album, dont la sortie est prévue pour 2027. Tu le décris comme ton œuvre la plus personnelle à ce jour, ouvrant une porte sur ta vie privée. Entre tous ces événements, tu as dû concilier parentalité, maladie, intimité et travail artistique au quotidien. Comment définirais-tu limpact de ce chapitre sur ton processus créatif et ta musique ?

Je suis reconnaissant d’avoir vécu tout cela, parce que cela m’a permis de voir la vie sous un autre angle. J’ai créé des liens avec les gens d’une manière que je n’avais jamais connue auparavant, et aujourd’hui je peux en parler. Rencontrer des infirmières qui déposent leurs enfants à la crèche à six heures du matin, partent travailler pour des gardes intenses, rentrent ensuite s’occuper de leur famille – et parviennent malgré tout à rester bienveillantes – a profondément changé ma perspective. Pendant cette période, j’ai compris l’importance de la communauté, surtout dans une société où le manque d’empathie est immense.

« Year In A Spiral » est devenu une manière d’exprimer la lutte tout en rejetant un point de vue narcissique : l’image de l’artiste en souffrance en 2026 peut vite devenir prévisible. J’ai commencé à penser au fait que nous écrivons énormément de chansons d’amour, mais très rarement sur la maladie et le désir. Year In A Spiral explore le désir sexuel envers quelqu’un de très malade. Je voulais aborder l’amour à travers le prisme de la maladie, ce qui est extrêmement complexe, alors j’ai essayé d’être aussi honnête et douloureux que possible. J’ai compris que je ne pouvais pas trop me cacher derrière les métaphores : écrire les paroles a été difficile, et dans la chanson je ne peux pas me dissimuler derrière les beats.

Ces chansons m’ont permis de poser le cadre pour exprimer mes propres combats. En racontant mon histoire, j’utilise aussi, pendant les performances, des images issues du contexte du monde plus large, ce qui crée des couches et de la profondeur. Ce n’est pas seulement mon histoire, c’est celle de nous tous. Nous luttons tous, de différentes manières : lutte personnelle, lutte sociale, lutte communautaire. Je veux explorer la façon dont ces couches interagissent entre elles — une sorte d’approche du micro vers le macro.

  • Dans Twenty Twenty-Three, on entend un puissant morceau instrumental interprété par un ensemble de seize cordes. Tu as expliqué que les idées que tu souhaitais exprimer étaient trop complexes et que tu avais atteint un point où les mots ne suffisaient plus. Est-ce la première fois que tu ressens cela ?

Ce n’est pas la première fois — j’ai toujours ressenti cela. L’anglais n’est pas ma langue maternelle, donc exprimer certaines idées a toujours été compliqué. « Year In A Spiral » est en réalité la première composition où j’ai eu le sentiment de réussir à mettre les mots dans le bon ordre.

Si vous écoutez « The Dreamer in Her » (2018), par exemple, j’avais déjà cette impression : la chanson capturait quelque chose que je ne pouvais pas vraiment formuler avec des mots. « Twenty Twenty-Three » est comme un crescendo — quelque chose qui monte jusqu’à un point d’explosion, puis revient au début, mais légèrement de travers. J’ai l’impression d’avoir réussi à traduire ce sentiment en son.

  • Tu décris PANORAMA comme une collection de perspectives, abordant la musique à travers une lentille cinématographique et explorant toute l’étendue de lexpérience humaine : la maladie, le désir, la peur et lespoir. Cette richesse sexprime aussi par une diversité instrumentale — synthétiseurs, cordes, saxophone. En quoi ce projet diffère-t-il de tes albums précédents, et à quoi les auditeurs peuvent-ils sattendre ?

Beaucoup de choses se rejoignent dans ce projet : il englobe les quinze dernières années de mon travail. Je combine des éléments d’une manière qui me semble très stimulante. Par exemple, j’ai enregistré des arrangements pour cordes qui étaient très beaux, mais je me suis rendu compte qu’il me manquait l’urgence que j’avais dans mes premiers travaux, comme sur Hylas (2014), quand je vivais à Berlin — quelque chose d’intense, de nerveux, presque comme un film des frères Safdie. Le défi consistait donc à associer cette énergie chaotique avec des compositions plus contemporaines et classiques.

Un morceau à venir, Beluga in the Seine, capture bien cette approche. Il s’inspire du béluga qui a remonté la Seine en 2022. Un animal massif, presque préhistorique, suivi par des drones et des caméras, perdu, affamé, puis finalement ramené vers la mer en Normandie où il est mort. Pour moi, c’est devenu une histoire de détachement — un sentiment que nous connaissons tous, amplifié aujourd’hui par l’immigration et la mondialisation : l’élan qui nous pousse à quitter nos zones de confort pour saisir des opportunités. J’ai donc voulu chanter du point de vue du béluga. C’est à ce moment-là que l’idée de PANORAMA s’est élargie : je n’étais plus seulement capable de chanter depuis ma propre perspective. Cet événement — une baleine perdue dans la Seine — avait quelque chose d’épique, comme un opéra.

  • Nous savons que tu aimes utiliser des métaphores dans tes chansons, et tu as mentionné le requin dans deux de tes titres ; « Slow Revolution 2 » et maintenant « Year in a Spiral ». Cet animal a-t-il une signification symbolique pour toi ? Y a-t-il dautres symboles auxquels tu es attaché dans ta musique ?

Je pense que la dernière fois que j’ai mentionné le requin, c’était aussi parce que mon fils en est un très grand fan. En général, je trouve l’image du requin fascinante : c’est un animal très mal compris. Pour beaucoup de gens, il est effrayant, presque monstrueux, mais moi je les trouve incroyablement captivants.

Dans « Slow Revolution 2 », je faisais allusion au comportement d’accouplement des requins blancs, qui n’a jamais été filmé. On ne le connaît qu’à travers les observations de pêcheurs : le mâle mord la femelle au niveau du torse et ils tournent lentement l’un autour de l’autre. Je trouve cette image très belle.

Dans « Year in a Spiral », il y a la phrase : « I am an angry shark in a foreign sea », qui renvoie au sentiment d’être loin de mon pays. Il y a aussi l’image de « love in a vial ». Pendant la maladie de ma femme, nous ne pouvions pas vraiment vivre pleinement notre intimité, et j’ai réalisé que j’avais la chance d’avoir une collection de souvenirs que je pouvais revisiter. Boire cette « fiole » d’amour me permettait de raviver ces moments dans ma mémoire.

  • En 2024, tu as sorti une chanson intitulée « Never Again », en référence à la guerre au Moyen-Orient qui a débuté en 2023. Pour te citer : « Nous navons jamais montré si peu dempathie, et il na jamais été aussi facile de détourner le regard. Cette chanson est ma manière daffronter ce moment hideux de lhistoire. » C’était la première fois que tu abordais un sujet géopolitique dans ta musique. Selon toi, quel rôle les artistes doivent-ils jouer face aux bouleversements politiques et sociaux de notre époque ?

C’est un sujet délicat. Je ne veux pas juger les artistes qui ne prennent pas la parole, parce que le faire est très difficile. Mais une chose que j’ai remarquée dans notre monde fragile, c’est le manque d’empathie — et l’empathie, en soi, est déjà un acte politique. Je me sens très détaché de la manière dont on nous demande aujourd’hui de communiquer.

On est censés tout consommer à travers des écrans, à une vitesse folle : des vidéos de trente secondes, des résumés de trois phrases. Dans ce processus, la nuance et la complexité disparaissent. Je ne suis pas d’accord avec l’idée de réduire une conversation ou une situation à une simple formule. Il est essentiel que nous continuions à nous questionner.

  • Le contexte de la création artistique a énormément changé depuis notre dernière rencontre, notamment avec lessor de lintelligence artificielle dans la production de contenu. En tant quartiste, quelle est ta position sur ce sujet ? Est-ce un outil que tu utilises dans ton processus créatif ?

Je ne pense pas que l’IA soit vraiment adaptée pour créer des idées ou les exprimer d’une manière réellement précieuse, simplement parce qu’elle repose sur des contenus préexistants créés par des humains. Je me suis radicalisé contre l’intelligence artificielle plus vite que je ne l’aurais imaginé. En tant que producteur, je comprends très bien l’échelle technologique qu’elle représente — les logiciels musicaux, les outils de correction faciles, la production assistée par IA. J’ai suffisamment étudié la question pour me faire une opinion sans tomber dans la posture du simple détracteur.

L’IA peut être fantastique lorsqu’elle aide à détecter un cancer plus rapidement ou même à faire ses impôts. Mais lorsqu’il s’agit d’écrire de la musique en utilisant des propriétés intellectuelles volées, cela devient un problème. Ma position est surtout dirigée contre les grandes entreprises qui contrôlent cette technologie, pas forcément contre la technologie elle-même. Mes préoccupations sont principalement éthiques.

  • Gustave Flaubert écrivait : « La race des gladiateurs nest pas morte : tout artiste en est un ; il amuse le public avec ses agonies. » Selon toi, quel rôle la lutte joue-t-elle dans ta création ?

Comme je l’ai dit plus tôt, ma lutte est liée à une société pleine de luttes. Dans cette perspective plus large, il s’agit davantage de relier ces combats que d’être un artiste mélancolique dans une pièce, écrivant son cœur brisé comme les romantiques d’autrefois.

Je veux aussi remettre en question l’image perverse de l’artiste « génial mais horrible ». Il existe une fascination — particulièrement en France — pour ces artistes à succès qui mentent, trompent ou se comportent mal, mais dont on excuse tout au nom du génie. J’essaie de démystifier ce rôle, parce que je pense que c’est une mauvaise narration. Puisque je suis privilégié, la moindre des choses est de questionner ce que signifie être artiste.

  • Cela fait presque quinze ans depuis la sortie de tes premiers EPs Hylas. Avec le recul, quel regard portes-tu sur toutes ces années de carrière ? Quelle est la leçon la plus précieuse que tu en as tiré ?

J’ai des sentiments mitigés. Je me suis senti très fort en devenant indépendant, mais j’ai aussi découvert le revers de la médaille qui, pour moi, signifie la quantité énorme de travail que j’ai dû gérer seul. Je suis toutefois reconnaissant d’avoir pu développer des relations de travail saines avec d’autres artistes.

Comme dans la société en général, les classes moyennes et populaires sont progressivement vidées de leur substance. Chez les artistes, cela se voit dans le streaming : seul le premier pour cent gagne réellement sa vie. Le fait de pouvoir continuer à travailler dans un environnement aussi hostile me rend fier. J’ai appris qu’on a absolument besoin des autres — des collaborateurs avec qui l’on travaille et des personnes qui écoutent votre musique. On ne peut pas faire cela seul.

À mesure que la sortie approche, je me surprends parfois à redouter le caractère impersonnel des plateformes de streaming. Par moments, j’aurais presque envie de garder ces chansons pour moi : elles me semblent trop exposées. Mais en même temps, je sais que cette musique a été créée pour ouvrir une conversation. Dans un monde fragile, je crois que notre plus grande force réside dans notre capacité à être vulnérables les uns envers les autres. C’est ce que j’ai appris.


Pendant l’entretien, Thomas nous a fait écouter quelques fragments de PANORAMA, et une chose est apparue clairement : l’album rassemble avec élégance les sonorités qui ont jalonné sa carrière — cette fois dans une forme bien plus raffinée, enrichie d’arrangements de cordes captivants et de rythmiques électroniques intenses.

Avec PANORAMA, Azier ouvre un nouveau chapitre artistique, où la musique devient une lentille cinématographique nous guidant à travers différentes histoires, sublimant la force qui se cache derrière les luttes et la vulnérabilité dans un dialogue en perpétuel mouvement.

Ce printemps, Thomas Azier se produira dans plusieurs villes dEurope. En France, deux concerts sont prévus à La Boule Noire, dans le 18ᵉ arrondissement de Paris.


Retrouvez Thomas Azier sur :
Site officiel


ENGLISH

Next year, Thomas Azier will bring to light a striking ensemble of perspectives in his upcoming album PANORAMA. In Azier’s words, this will be his “most personal work to date” : from recounting the drama of the whale that got lost in the Seine to evoking the daily battles of diverse taxi drivers, and revealing his own vulnerability through a musical catharsis unlike anything we have seen before. We had the chance to interview the Dutch artist this week as he prepares the release of two new songs on March 20, followed by several double releases throughout the year and a European tour in spring 2026.

In recent years, Azier has collaborated widely with European musicians across a myriad of genres – experimental noise, film music, classical, opera, and jazz – gradually shaping an artistic signature defined by unexpected encounters and immersive experiences. This spring, the composer, producer, singer, and performer now draws on fifteen years of musical exploration to introduce a new format, both in sound and in performance. In A Collection of Broken Ideas (2021) and The Inventory of Our Desire (2023), he had already begun experimenting with the assembly of feelings, instruments, voices, and everyday sounds to form textured acoustic landscapes. With PANORAMA, he expands this approach into a polyphonic narrative, where poems, field recordings, video works, and performative gestures disrupt the traditional concert format – gradually constructing a fractured, almost collage-like structure before a quiet logic emerges.

On a rainy afternoon in Paris, Azier spoke with us about the emotional terrain behind his forthcoming music, sharing glimpses of his état d’esprit throughout the creative process and the struggles that shaped the past three chaotic years.

Thomas Azier par Matthijs Vuijk
crédit : Matthijs Vuijk
  • We are very pleased to meet you again. The last time was more than three years ago, for your last show in Paris. Since then, youve been touring extensively, releasing new music, and navigating personal events that well speak about later. If you could sum up your past 3 years with a single word, what would that be?

I would say it was like a volcano – an eruption. These last three years were not really about music. My wife was diagnosed with lymphoma about a year after our son was born. I was releasing The Inventory Of Our Desire at the time we found out about the illness, and it almost felt as if that music came out as a prelude to what was about to happen.

I had to balance being a father, navigating the illness, and trying to keep working and survive. During that time, I started producing a lot for other artists—something I never really had the time to do before, since I was always busy with my own work. At the same time, I was writing PANORAMA, which initially began as a mostly instrumental project. Only about a year ago I started writing the songs.

You will be performing in Paris on May 3 and 4, 2026. You are touring across Europe—the Netherlands, Germany, Switzerland, among others—but you dont perform in France very often. In fact, the first Paris date sold out quite quickly. Is there a reason for that? Are you eager to perform again in Paris? Would you like to play in other places in France as well?

I would love to perform in France more often, especially because my family lives here. Most of my music is made in the Netherlands, but at the same time I really cherish a connection with France. After leaving the big label system and becoming independent, I had to build my own infrastructure from scratch. I am currently making my own vinyls, handling the distribution of the physical releases myself, it’s almost like doing everything from the trunk of your car. You have to create your own network.

Leaving that system also means finding a new audience. I think that in France the structure is still quite conservative: you usually go through a label and everything that follows. There is actually a lot of work behind scheduling a single date. Setting up these two shows in Paris took me three years.

Your shows seem to have evolved a lot since 2022: new collaborations, new scenery, and of course new music. What has changed since then? And how important is it for you to keep innovating and offering the audience new experiences?

During the creation of a new project, I try to gather artists who are excellent in their own fields but who would not necessarily play together. This time I am working with a film composer, a jazz saxophone player, and a string quartet, and I try to adapt the show to each venue.

I love experimenting. The show I am preparing now feels more like a performance: there will be visuals, guest appearances, small intermissions, and even poetry. I like to challenge the traditional idea of a concert, introducing surprises throughout and highlighting the collaborations between the artists on stage.

With your latest EP, Power to the People Who Dont Want It (2025), you left us with a sense of calm. The record feels almost like the closing of a chapter: soft vocals, deep and quiet synths, and even reinterpretations of some of your earlier work. What were you hoping to express with this release?

There was a practical element behind that record: I wanted to play. I needed to play. When I perform, I feel that I can really express myself. At the time, I was already working on PANORAMA, but I realized it was a very demanding project and I did not want to rush it. It is almost like a collage—you have to live with it for a while in order for it to come together.

With Power to the People Who Dont Want It, I wanted to give a second life to some of the songs we released on The Inventory of Our Desire. On that record, I explored a new way of singing, playing with almost animal-like sounds, shifting between male and female. In a way, it was preparation for the next work,  a way to test my voice and give myself the freedom to experiment. The recording is live—we captured the vocals in one take.

The strings were recorded at Studio 150, an old church in Amsterdam. Like the famous studios in London, it has a ceiling that can be raised and lowered, which allows you to create the perfect acoustic environment for string recordings. It is a beautiful place. Revisiting those songs was a great experience. It brought a new dimension to my live shows and it also had a healing effect on me.

On March 20, you will be releasing two songs, « Year In A Spiral » and « Twenty Twenty-Three ». PANORAMA is the title of your next album, planned for release in 2027. You describe it as your most personal work to date, unlocking a door to your private life. Shortly after becoming a father, your wife was diagnosed with lymphoma. Between these events, you had to merge parenthood, illness, desire, and artistic work in your everyday life. How would you define the impact this chapter had on your creative process and your music?

I am grateful to have experienced all of this because it allowed me to see life from another angle. I connected to people in ways I never had before, and now I get to talk about it. Meeting nurses who bring their kids to daycare at six in the morning, go to work during intense shifts, come back home to care for their families—and still manage to be kind—was a profound shift of perspective. During this time, I realized the importance of community, especially since there is a tremendous lack of empathy in our society.

« Year In A Spiral » became a way to express struggle while rejecting the narcissistic point of view, an artist struggling in 2026 can feel quite predictable. I started thinking about the fact that we write so many love songs, but rarely write about illness and desire. « Year In A Spiral » explores sexual desire for someone who is very sick. I wanted to explore love through the lens of illness, which is extremely complicated, so I tried to be as honest and painful as possible. I realized I could not hide behind metaphors too much, writing the lyrics was hard, and in the song I cannot hide behind the beats.

These songs helped me set the stage to express my personal battles. While telling my story, I also use imagery from the broader world context during performances, creating layers and depth. It is not just my story but the story of all of us. We are all struggling, in different ways: personal struggle, societal struggle, community struggle. I want to explore how these layers interact and relate to one another—a kind of micro-to-macro approach.

  • In « Twenty Twenty-Three », we hear a powerful instrumental featuring a 16-piece string ensemble. You have said that the ideas you wanted to express were too complex, that you were reaching a point where words were not enough. Is this the first time you have felt that way?

It is not the first time – I have always felt like that. English is not my native tongue, so expressing some ideas has always been complicated. « Year In A Spiral » was actually the first composition where I felt I succeeded in putting the words in the right order.

If you listen to « The Dreamer in Her » (2018), for example, I had the same feeling: the song captured something I could not articulate with words. « Twenty Twenty-Three » is like a crescendo—it builds to a point that is about to explode, then returns to the beginning, but slightly crooked. I feel like I managed to translate that feeling into sound.

  • You describe PANORAMA as a collection of perspectives, approaching music through a cinematic lens and exploring the fullness of human life: illness, desire, fear, and hope. This completeness will be expressed through instrumental diversity—synths, strings, saxophone. How does this work differ from your previous albums, and what can listeners expect?

A lot of things have come together in this project, it encompasses the last fifteen years of my work. I am combining elements in ways that feel thrilling to me. For example, I recorded some string arrangements that were beautiful, but I realized I missed the kind of urgency I had in my earlier work, like on Hylas (2014) , when I was living in Berlin—intense, nervous, almost like a Safdie film. The challenge was pairing that chaotic energy with these more contemporary, classical compositions.

One upcoming song, « Beluga in the Seine », really captures this approach. It is inspired by the beluga that swam into the Seine in 2022. A massive, almost dinosaur-like animal, followed by drones and media cameras, lost, starving, and eventually returned to the sea in Normandy where it died. For me, it became a story about displacement—a feeling we all know, intensified by today’s world, with immigration and globalization, it is the push to leave our comfort zones in order to chase opportunities. So I wanted to sing from the perspective of the beluga, this is when the idea of PANORAMA became wider since I was not only able to sing from my own perspective, and this particular event of the whale getting lost in the Seine was epic almost as an opera.

  • We know you like to use metaphors in your songs, and youve mentioned the shark in two of your tracks – « Slow Revolution 2 » and now « Year in a Spiral ». Does this animal hold symbolic meaning for you? Are there other symbols in your music that you feel attached to?

I think the last time I mentioned the shark, it was partly because my son is a huge fan of them. In general, I find the image of the shark fascinating—it is a very misunderstood animal. For many people, it is scary, even monstrous, but to me, sharks are captivating creatures.

In « Slow Revolution 2 », I hinted at the mating behavior of white sharks, which has never been captured on camera. We only know about it from fishermen’s observations: the male bites the female’s chest and they slowly revolve around each other. I find that a beautiful image.

In « Year in a Spiral », there is the lineI am an angry shark in a foreign sea,the feeling of being away from my country. There is also the image of love in a vial. I thought about how during my wife’s illness we could not fully enjoy our intimate relationship at the time, and I realized I was fortunate to have a collection of experiences I could revisit, so drinking the “vial” of our love allowed me to revive memories in my mind.

  • In 2024, you released a song called Never Again, in reference to the war in the Middle East that began in 2023. You said: “We’ve never shown so little empathy, and it’s never been easier to look away. This song, « Never Again », is my way of confronting this hideous moment in history.” This was the first time you released a song about a geopolitical issue. What role do you think artists should adopt in response to the political and social turmoil of our times?

It is a delicate subject. I do not want to judge artists who do not speak out, because doing so is very difficult. But one thing I have noticed in our fragile world is a lack of empathy—and empathy itself is a political act. I feel very detached from the ways we are expected to communicate today. We are told to consume everything through screens at lightning speed: thirty-second videos, three-sentence summaries. In that process, nuance and complexity are lost. I do not agree with reducing conversations or situations to one-liners. It is crucial that we question ourselves.

  • The context of artistic creation has drastically changed since the last time we spoke, with the rise of AI in content creation. As an artist, especially an independent one, where do you stand on this issue? Is it a tool you use in your creative process?

I do not think AI is suited to create ideas or express them in a truly valuable way, simply because it relies on preexisting content prompted by humans. I have become more radical in my opposition to artificial intelligence than I expected. As a producer, I understand the technological ladder it represents—music software, easy fixing tools, and AI-driven production. I have researched it enough to form an opinion without becoming a hater.

AI can be fantastic when used to detect cancer faster or even to help with taxes. But when it comes to writing music using stolen intellectual property, that is a problem. My stance is against the big tech companies controlling this technology, not necessarily against the technology itself. My concerns are mainly ethical.

  • Gustave Flaubert once wrote: The race of gladiators has not died: every artist is one; he amuses the public with his afflictions.” From your point of view, what role does struggle play in your creations?

As I mentioned earlier, my struggle is tied to a society full of struggles. From this larger perspective, it is more about connecting these battles than being a sad artist in a room writing his heart out, like the old romantics.

I also want to challenge the perverted image of the “genius but horrible” artist. There is this fascination, particularly in France, with successful artists who lie, cheat, or behave terribly, yet are celebrated for their genius. I try to demystify that role because I believe it is wrong narrative. Since I am privileged, the least I can do is question what it implies to be an artist.

  • It has been almost 15 years since you released your first Hylas EPs. Looking back, how do you feel about these years as a musician? What is the most precious lesson you have learned so far?

I have mixed feelings. I felt very strong while becoming independent, but I also recognize the other side of the medal—as we say in the Netherlands—which, for me, is the sheer amount of work I had to handle on my own. I am grateful, though, to have developed a healthy working relationship with fellow artists.

Like in society at large, the middle and lower classes are being hollowed out. Among artists, you see it in streaming: only the top one percent really earns. Being able to continue working in such a hostile environment makes me proud. I have learned that you absolutely need people—the connection with collaborators, and the people who listen to your work. You cannot do it alone.

As the release approaches, I sometimes dread the impersonal nature of the streaming machines. At times, I almost want to keep these songs to myself—they feel too exposed. And yet, I know this music was created to start a conversation. In a fragile world, I believe our greatest strength lies in our willingness to be vulnerable with one another. That is what I feel I have learned.


During the interview, Thomas played us fragments of PANORAMA, and it was clear that the album gracefully merges the sounds that have defined his career—this time in a far more refined way, enriched by captivating string arrangements and intense electronic rhythms. With PANORAMA, Azier enters a new artistic chapter, one in which music becomes a cinematic lens, guiding us through different stories and sublimating the power found in struggle and vulnerability across an ever-shifting dialogue.

This spring, Thomas Azier will be performing across Europe. In France, two shows are scheduled at La Boule Noire in the 18th arrondissement of Paris.


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Gabriela Perozo

Gabriela Perozo

Journaliste et écrivaine vénézuélienne tombée amoureuse du terroir français.