Samedi 25 avril, le Zénith Nantes Métropole n’était pas simplement une salle de spectacle ; il était le théâtre d’une odyssée sensorielle. Pour la tournée « A Painted Symphony », l’univers de Clair Obscur: Expedition 33 a quitté les écrans des PC et consoles de salon pour s’offrir une incarnation orchestrale magistrale. Récit d’une soirée suspendue entre le pinceau et la note, fédérant gamers, cosplayers et mélomanes.

Une fresque vidéoludique devenue phénomène
Il est rare de voir un jeu vidéo s’emparer ainsi de l’imaginaire collectif au point de remplir les Zéniths de France à guichets fermés. Avec plus de 8 millions d’exemplaires vendus et une moisson de récompenses internationales, l’œuvre du studio montpelliérain Sandfall Interactive a transcendé son statut de simple divertissement numérique. Au cœur de ce succès, il y a une rencontre fondatrice : celle de Guillaume Broche, cofondateur du studio, et de Lorien Testard, compositeur dont le portfolio déniché sur le web allait devenir l’âme sonore de l’expédition.
Pendant cinq ans, aux côtés de la soprano Alice Duport-Percier, ils ont bâti une cathédrale musicale de 154 pistes. Dix heures de musique si l’on compte les ajouts du dernier DLC (Verso’s Draft), pensées comme des échos directs aux croquis des personnages. Ce samedi soir, cette fresque monumentale prenait vie devant une communauté de passionnés, où les bérets rouges des cosplayers s’agitaient dans la brume nantaise, prêts pour l’ultime bataille mélodique.

Acte I : de la genèse au combat
Sous la direction de Daniel Sicard, l’Orchestre Curieux ouvre le bal avec le thème « Alicia ». Dans un déluge de lumières rouges – évocation du sang versé par l’Expédition 33 mais surtout de la passion dévorante de l’héroïne Maëlle – Alice Duport-Percier livre une performance d’une fragilité bouleversante. Le crescendo des cordes, inspiré par une danseuse en slow-motion, pose les bases d’une soirée sous haute tension émotionnelle.
Daniel Sicard intervient alors pour rappeler le départ au combat contre la Peintresse. « Quand l’un tombe, on continue ! ». Le ton change radicalement avec « The Departure / Taking Down the Paintress ». On entre dans le narratif pur : percussions martiales et cuivres agressifs soulignent l’urgence de l’affrontement. C’est alors que l’imprévu s’invite sur scène : l’accordéoniste, marinière sur le dos et baguette de pain au poing, propose au chef d’orchestre d’échanger son bâton contre le pain. Un clin d’œil facétieux pour introduire « In Lumière’s Name », morceau plus traditionnel et tonitruant, où le violon principal narre l’épique affrontement contre les Pétanks.

La suite explore la psyché des personnages. Le thème de « Lune » offre une parenthèse mélancolique, tandis que celui de « Sciel » impose un tempo plus stable, porté par un dialogue élégant entre le piano et la voix. On retiendra particulièrement l’explosion afro-caribéenne de « Flying Waters – Goblu », ou encore l’ovni jazzy dédié à « Monoco ». Porté par un saxophone ténor incandescent, ce thème singulier capture toute l’étrangeté de ce compagnon canin à l’appétit féroce.
Les morceaux « Déchire La Toile » et « Until You’re Gone » replantent le décor de l’exploration, avant que « Stone Wave Cliffs – Lampmaster » n’installe une tension hypnotique, fascinante et malaisante. La première partie s’achève sur le contraste saisissant entre la simplicité poignante de « Gustave » et la démesure tragique de « Renoir », composé en une seule nuit, véritable « absolute cinema » qui laisse la salle en apnée.
Acte II : l’instabilité du beau
Le retour sur scène se fait dans une atmosphère vaporeuse. Orane Donnadieu semble flotter sur un nuage derrière son piano pour le thème « Verso », capturant toute l’ambivalence d’un personnage ni tout à fait ombre, ni tout à fait lumière. Puis, la grâce s’installe avec le triptyque des Visages. De la douceur médiévale de « Sirène – Robe de jour » aux dissonances brisées de « Visages – Portrait imparfait », l’interprétation à trois voix des cantatrices souligne que la beauté peut être aussi sublime qu’instable.
L’intimité est ensuite de mise avec « Until Next Life », interprété en guitare-voix dans une ambiance feutrée au coin du feu, suivi du très personnel « Paintress / Aline ». L’intensité grimpe d’un cran avec l’arrivée surprise de Miki Martz. Le Youtubeur apporte sa voix rauque et une énergie rock à « Nos vies en Lumière ». Sous des éclairs stroboscopiques, la rythmique percute les poitrines et sublime les failles familiales de Maëlle.

Prologue : des larmes en couleurs
Le premier rappel nous plonge dans le thème « Maelle », interprété dans sa version française. « Je t’aimerai toujours, je rêverai encore… ». Alors que les paroles résonnent, une pluie de pétales blancs et rouges inonde le Zénith. L’émotion est palpable, beaucoup ayant le sentiment de « pleurer des couleurs » face à cette fresque qui s’efface.
Après un passage par la ritournelle entêtante de « Lumière », c’est le duo créateur, Alice Duport-Percier et Lorien Testard, qui vient clore cette soirée en guitare-voix sur « Aux Lendemains non Écrits ».

Un moment de vérité brute, confirmant la virtuosité d’un binôme essentiel à cette réussite. « Dans l’étreinte du destin, les liens restent éternels dans le dessin ». Une conclusion parfaite pour un concert qui restera gravé comme l’une des plus belles œuvres symphoniques contemporaines dédiées au dixième art.
Le public à l’honneur
Setlist du concert
Acte I :
Alicia
The Departure / Taking Down the Paintress
In Lumière’s Name
Lune / Sciel
Flying Waters – Goblu / Flying Waters – Rain from the Ground
Monoco / Gestral Market / Golgra
World Map – Déchire La Toile
World Map – Until You’re Gone
Stone Wave Cliffs – Lampmaster
Gustave
RenoirActe II :
Verso
Sirène – Robe de jour / Sirène – Poème D’Amour / Visages – Portrait imparfait
Until Next Life
Paintress / Aline
Our Drafts Collides
Lost Voice
Nos vies en LumièreRappel :
Maelle
Lumière
Aux lendemains non écrits
Clair Obscur: Expedition 33 est disponible depuis le 24 avril 2025 chez Sandfall Interactive.
Retrouvez Clair Obscur: Expedition 33 sur :
Site officiel – Bandcamp
Merci aux équipes du Zénith de Nantes, de O’Spectacles, de Bleu Citron et des Soudaines pour leur accueil et leur confiance.
































































































































