[Live] Hellfest 2016, jour 2

Cattle Decapitation, Mantar, Agoraphobic Nosebleed & Torche

Un crochet par l’Altar pour déjeuner d’une bonne tartiflette devant Cattle Decapitation, groupe de grind vegan, nous démontrera que cette bonne idée n’en était pas une. Même de loin, le son très élevé et la violence de leur concert nous retournent les tripes plus que de mesure et il nous faut fuir rapidement les lieux sous peine de ne pas pouvoir physiquement le supporter. Dommage, dans leur registre atypique et extrême, le groupe ne s’en sortait pas trop mal.

La force de frappe d’un groupe n’est pas liée au nombre de ses membres. Preuve en est avec le duo Mantar. Nous assistons dans la Valley à un combat féroce pendant lequel guitare et batterie se donnent coup sur coup. Le son est brutal et décharné et le chant hurlé est puisé dans des entrailles insondables. Véritable épreuve de force, nous ignorons d’où peut bien venir une telle rage. Les titres du très remarqué « Death By Burning », sorti en 2014, sortent cabossés par l’exercice live, mais la spontanéité prime et nous redemandons de ce sludge crasse et poisseux.

Son dernier EP, très remarqué, avait élargi considérablement son auditoire, Agoraphobic Nosebleed était attendu de pied ferme dans l’Altar. Il faut préciser qu’« Arc » faisait preuve d’une véritable rupture avec les précédentes sorties du groupe. D’un grind dingue et des centaines de morceaux aux titres délirants, le groupe est passé à un heavy-doom misant sur la durée et la tension. L’œuvre avait été saluée, à juste titre, comme majeure à sa sortie par les chroniqueurs. La prestation est absolument furieuse. Le duo hurleur/hurleuse est largement à la hauteur et nous décernons sans hésiter la palme à Katherine Katz pour nous écorcher comme jamais les tympans. Guitare et basse sont d’une puissance tellurique. Et que dire de la boîte à rythmes ? Exercice inédit que nous allons accomplir pour saluer un solo dantesque durant lequel chanteurs et musiciens quittent la scène pour ne pas éclipser la machine. Nous atteignons alors un sommet d’autodérision que nous ne sommes pas près d’oublier tant nous nous sommes marrés malgré le déluge de feu venu de la scène. Nous regrettons toutefois l’absence notable des derniers titres que nous imaginions tellement calibrés pour du live. Dommage…

Pendant ce temps dans la Valley, Torche donne ni plus ni moins l’un des meilleurs concerts du festival. Ambiance de folie devant les stonerheads de Miami qui déchaînent un public gonflé à bloc (et à la bière, et à l’herbe qui fait rire) à grands coups de riffs et de salves martiales à s’en briser la nuque. Une bande de colosses torses nus assurent des crowdsurfings d’anthologie au milieu des pogos de circonstance, et nos pieds ne touchent pas le sol pendant près de dix minutes en plein milieu de ce bruyant choc de guitares lourdes et grasses à souhait. Voilà l’exemple parfait d’un groupe qui prend tout son sens sur scène, et d’une musique décuplée par la sono et par la réaction de ceux qui l’écoutent. Les morceaux alternent entre riffs pachydermiques et poisseux et accélérations punk subites et cathartiques. Prodigieux.

Olivier Roussel

Olivier Roussel

Accro à toutes les musiques. Son credo : s’autoriser toutes les contradictions en la matière.