Converge, Rammstein, Testament, Sunn O))), The Offspring & Kvelertak
Difficile de se remettre de tels chocs coup sur coup à la Valley, dont la programmation est décidément exceptionnelle cette année, mais il faut tout de même aller jeter un œil en Warzone pour le concert des Bostoniens de Converge. Nous y retrouvons Ben Koller derrière les fûts, plus impressionnant que jamais avec un jeu d’une complexité et d’une inventivité qui écrase la concurrence. Sur scène, une immense bannière à l’effigie de « Jane Doe », l’album considéré comme le meilleur du groupe, qui enchaîne les titres puissants à la violence remarquable, déversant un flot de haine presque communicatif. Le public est déchaîné dans la fosse devant nous, mais l’heure avance et la fatigue se fait déjà ressentir, alors nous assistons à ce déchaînement de haut vol de loin, en bonne compagnie, une bière à la main et assis sur la pelouse pentue qui domine la fosse. De Rammstein, nous ne verrons que le début de loin et dans de mauvaises conditions, la foule étant la plus dense et la plus impressionnante de tout le festival. Les choix de setlist du début du concert sont relativement paresseux et décevants, et nous quittons les lieux alors que le groupe se décide à jouer quelques classiques comme « Reise, Reise » ou « Feuer Frei ». La suite du concert a été plus fournie en hymnes du groupe allemand et sûrement très spectaculaire et pyrotechnique, mais nous étions partis depuis longtemps pour voir Testament, groupe de thrash metal américain culte, dans l’Altar. Cette heure fut des plus intenses, avec le groupe qui joue à toute berzingue et à volume maximum des classiques issus de plusieurs de ses grands albums. Le public est au diapason de cette offrande et pogote copieusement dans tous les sens. Les Américains se montrent très enclins à communiquer avec lui entre les morceaux, fait assez rare en cette première journée de festival, mais qui contribue grandement à l’ambiance enjouée du concert. Le son est brouillon sur les premiers morceaux, mais s’affine ensuite, dominé largement par une batterie redoutable de rapidité et de dextérité (Gene Hoglan) et secondé par un mur vénéneux et assourdissant de guitares acérées. Des classiques intemporels sont joués, comme « D.N.R (Do Not Resuscitate) » ou « Disciples of the Watch », mais un oubli notable ternira très légèrement le tableau de ce par ailleurs excellent concert, puisque le groupe décide de ne pas jouer « Eyes of Wrath », pourtant un titre phare et facilement considéré comme un de leurs tous meilleurs, qui est d’ailleurs joué quasi systématiquement. Tant pis.
La messe n’était pas dite tant que Sunn O))) n’avait pas officié. Les ouailles, impatientes d’assister à la cérémonie, voient bien avant l’heure la scène longuement et massivement s’enfumer ; puis, subitement, apparaître dans la brume une silhouette râlant et éructant, les bras tendus, avant d’être rejointe par deux coreligionnaires, l’un aux guitares et l’autre aux machines. Sous des lumières rouges passant difficilement à travers les volutes, le tableau s’avère vite hypnotique et ce ne sont pas les accords de trente tonnes qui amoindrissent notre sidération. Ayant longuement convoqué les esprits des ténèbres, l’inquiétante silhouette se fige pendant vingt minutes durant lesquelles les deux guitares nous entraînent dans une étouffante descente aux enfers. Mêlant ampleur et immobilité, Greg Anderson (présent le lendemain dans Goatsnake) et Stephen O’Malley pavent d’accords malsains et monstrueux le chemin tortueux menant à la destination finale où nous retrouvons, pour un ultime tableau, le maître de cérémonie que nous n’avions pas vu s’éclipser, paré cette fois d’atours étincelants. Ayant délaissé la bure, l’être est désormais un soldat étincelant, fruit véreux de l’union entre Robocop et la Statue de la Liberté (sic). Cible de ses éructations et témoin de ses derniers soupirs, le public, sous le choc et le poids des fréquences qui l’ont fait trembler une heure durant, sort de cette hypnose hagard et halluciné. Rares en France, les tauliers incontestés du drone ont largement mérité l’acclamation qui a suivi.
La soirée se termine par un dernier détour par la Mainstage où The Offspring enchaîne les tubes avec une bonne énergie mais un manque cruel de dextérité. Ça chante faux, ce n’est pas toujours en place rythmiquement ; mais c’est le public qui fait le job puisque, de toute façon, absolument tout le monde connaît toutes ces chansons par cœur. Sympathique pour les nostalgiques de leur adolescence, mais loin d’être satisfaisant d’un point de vue strictement musical.
Revoir le live de The Offspring sur Arte Concert
En revanche, le dernier concert du jour dans la Warzone présente des atours quelque peu réjouissants. Kvelertak, formation norvégienne mélangeant allègrement black metal festif et punk hardcore bordélique, débarquait pour clore la soirée et retourner complètement la scène dédiée au punk et au hardcore du Hellfest. Si le groupe est manifestement extrêmement populaire parmi les festivaliers – à en croire le nombre impressionnant de T-shirts à son effigie que nous avons pu croiser tout au long de la journée -, le concert est difficilement lisible. Grande messe bruitiste et joyeusement chaotique qui enchaîne les morceaux sans réel temps mort, l’énergie brute dégagée par les Scandinaves est aussi communicative que leur musique semble indéchiffrable pour le non-initié. Nous restons quelque temps devant ce capharnaüm grisant puis la fatigue nous gagne et nous repartons vers le camping, où des cris à base d’« apéro ! » résonneront jusqu’au petit matin.
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