[Live] Hellfest 2016, jour 1

Pour la troisième année consécutive, indiemusic a couvert le Hellfest, lieu de pèlerinage pour des milliers de metalheads qui ont d’ailleurs pu se recueillir devant un mausolée à la gloire de feu Lemmy Kilmister, disparu en décembre 2015. Telle une figure tutélaire, Lemmy a veillé à ce que cette onzième édition se déroule au mieux. C’était parfait, Lemmy ! Tes rejetons, qu’ils viennent du punk, du thrash, du stoner ou encore du hardcore ont fait honneur au metal !

crédit : Hugues-Alban Bermond
crédit : Hugues-Alban Bermond

Article écrit par Olivier Roussel et Maxime Antoine – photographies par Hugues-Alban Bermond

Witches, Monolord, Delain, Cowards & Stoned Jesus

À peine le temps de se débarbouiller, de traverser le camping boueux qui s’éveille péniblement et d’entrer sur le site que le concert des vétérans français de Witches commence à l’Altar. Groupe méconnu s’il en est, le combo de death thrash, premier groupe français du genre à comporter une chanteuse qui growle, Sibylle Colin-Tocquaine, assure un début de set solide, jouant plusieurs titres de leurs deux premiers albums parus en 1994 et 2007. La musique est puissante, avec juste ce qu’il faut de violence, tout en étant efficace sans être follement originale. Le principal intérêt restant la personnalité et l’attitude de Sibylle, entre enthousiasme de jouer au Hellfest et agressivité de rigueur. Vocalement, elle impressionne et les musiciens sont solides.

Nous filons dans la Valley voisine pour voir la deuxième partie de Monolord, groupe de doom metal suédois fortement influencé par des formations comme Electric Wizard. Trois morceaux seront joués, un pour chaque album, plus un nouveau titre sorti indépendamment il y a quelques mois et intitulé « Lord of Suffering ». Si le concert est absolument excellent, avec un son à la fois très fort et implacable et des riffs rouleaux compresseurs lents et gras à souhait, c’est surtout le dernier morceau joué – et titre de l’album éponyme, « Empress Rising » – et ses paroles entêtantes sur fond de riff hypnotique, qui retient particulièrement l’attention. La vraie entrée en matière du festival.

Il nous faut alors traverser pratiquement tout le site du festival pour voir Cowards dans la Warzone. Au passage, nous observons le catastrophique concert de Delain, groupe néerlandais de metal symphonique (avec des vrais membres de Within Temptation dedans, c’est dire !) qui parvient à faire pleuvoir dès que sa chanteuse ouvre la bouche pour entonner l’affreuse « Mother Machine ». Fuyons, et vite ! Cowards joue dans une toute autre cour. Les Français donnent dans le hardcore fortement teinté de sludge metal, aux riffs tortueux et gras. La présence scénique de tous les musiciens est indéniable : ils ont l’air copieusement méchants, voire fous, en particulier les deux guitaristes, qui jouent volontiers en contretemps pour créer des plans terriblement malsains. Mais celui qui rafle incontestablement la mise, c’est le chanteur J.H., qui hurle tellement fort dans son micro que nous nous demandons si son visage violacé ne va pas finir par exploser sous la pression. Sa prestation est sidérante de haine et de fureur déversées sur une musique à la violence chirurgicale. Il sera secondé, le temps d’un morceau, par un autre chanteur qui attendait sur le côté de la scène depuis un moment, affublé d’un T-shirt Swans de circonstance.

Après cette baffe plutôt inattendue, il nous faut vite retourner à la Valley : les très sympathiques Ukrainiens de Stoned Jesus font leur première scène au Hellfest, après une tournée française avec Mars Red Sky de haute volée. Le chanteur nous avait prévenus au Marché Gare de Lyon, quelques mois auparavant : leur créneau à Clisson serait matinal et donc forcément court (une demi-heure). Le premier groupe d’Ukraine à se présenter au Hellfest joue donc quatre morceaux, en commençant par le classique « Electric Mistress » pour se mettre en jambe. Le power trio est toujours aussi sobrement spectaculaire sur scène, jouant la carte du jeu acrobatique. Le bassiste virevolte et saute, fait tournoyer ses cheveux à mesure qu’il assène ses notes et ses accords. Le groupe est par ailleurs visiblement ému de se produire devant nous, après y avoir été simple spectateur quatre ans plus tôt. Après deux titres plus courts et nerveux du dernier album, « Here Come the Robots » et « YFS » joué dans une version raccourcie, le public commence à entonner des « I’m the Mountain » auxquels le chanteur répond « Say what ? » pour nous faire hurler de plus en plus fort le titre de ce morceau phare. Fresque épique de près d’un quart d’heure qui constitue le point d’orgue de tous les concerts du groupe, avec sa progression en montagnes russes et son riff planant et imparable, « I’m the Mountain » achève de faire de ce premier concert du groupe au Hellfest un grand moment et nous laisse tout aussi ravis et émus que les musiciens.

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