Turbonegro, Inquisition, Melvins, Korpiklaani, Volbeat & Magma
Ce n’est ensuite certainement pas avec Turbonegro que nous allions nous prendre au sérieux. L’intro en mode majeur de « The Age of Pamparius » était tout indiquée pour entamer le show burné de ces marins en goguette salement maquillés. S’en est suivi une heure d’odes à un hédonisme tout sauf romantique sur fond d’un fulgurant deathpunk. Les solos et moulinets du guitariste, en parfait sosie de Pete Townshend, nous ont rappelé que le rock’n’roll pouvait encore montrer les dents, et pourquoi pas derrière un rouge à lèvres carmin. Les titres phares se succèdent (« All My Friends Are Dead », « Hot For Nietzsche ») et le dernier venu, « Special Education », sexy en diable, provoque remous et déhanchements. « City of Satan » déclenche le délire parmi les membres de la Turbojugend que nous attendions plus nombreux et, bien que le show fût excellent et aussi graveleux que nous l’espérions (le priapique et puissant « I Got Erection »), nous nous demandons si un passage au cœur de la nuit n’aurait pas ajouté un peu plus de moiteur et de débauche à l’ensemble et ainsi sublimé une performance déjà acclamée.
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L’obscurité sied d’ailleurs à Inquisition qui, sur la Temple, râle et jette dans la fosse son death metal alternant lourdeur et accélérations brutales. Les compositions lugubres du combo de Seattle brillent d’un éclat sombre sur scène et font honneur à « Into The Infernal Regions Of The Ancient Cult ».
Sur la carte mondiale de la musique, ce n’est pas pour son death metal que Seattle est reconnu, et ce sont The Melvins qui raniment l’esprit incandescent et insolent du grunge. À l’issue d’une longue introduction où une guitare grinçante, une basse pesante et une batterie à l’écho exagéré se toisent comme avant un combat, les hostilités sont lancées. Pas un millième de seconde de répit durant cette heure de déflagrations touchant au génie, où le chant est partagé entre les trois acolytes. Buzz Osborne, tel un gourou azimuté, envoûte le public de sa voix folle et assurée. Quand d’autres se sont évertués le même week-end à les copier, c’est en toute irrévérence et avec brio que le trio adresse des pieds de nez à Led Zeppelin et Black Sabbath. Les riffs fusent, les fûts semblent au bord de l’implosion et l’inattendu final a cappella boucle une performance furibarde et exceptionnelle qui nous laisse littéralement béats.
On ne va pas le nier : il aura fallu quelques minutes pour sortir de la torpeur provoquée par ce show faussement bordélique et vraiment maîtrisé des Melvins. Réticents à entrer derechef dans l’univers de Korpiklaani suivant sur la Temple voisine, nous reconnaîtrons tout de même, et malgré le peu d’intérêt que nous avons pour le folk metal, la capacité des Finlandais à mettre le public dans sa poche et son énergie sûrement tirée d’un breuvage concocté d’après un vieux grimoire. Violon et accordéon s’imposent naturellement dans les turbulences provoquées par des guitares heavy, et la foule compacte s’enthousiasme pour cette B.O. en l’honneur des elfes et autres trolls.
Pendant ce temps, sur la Mainstage, les Danois allumés de Volbeat bénéficient d’un des plus longs sets de la journée (une heure quinze) pour délivrer leur cocktail unique et détonant de stoner et de rock’n’roll auto-baptisé Elvis Metal, sur lequel vient se poser la voix de crooner 2.0. du leader Michael Poulsen. Si le concert est somme toute sympathique, le groupe déçoit un peu. Ses morceaux ne prennent pas une ampleur énorme en live et, finalement, la valeur ajoutée est minime. Poulsen en fait bien des tonnes pour essayer de motiver le public, mais il finit par lasser ou donner l’impression d’être prétentieux. Il sauvera sa reprise partielle d’un classique de Johnny Cash, « Ring of Fire », devant un public quasi indifférent, qui fera qualifier à Poulsen sa propre musique de « pure merde » en comparaison du génie du « Man in Black ». Un concert un peu fatigué et fatigant.
Nous n’en voyons de toute façon pas la fin puisque Magma va se produire dans la Valley. Sa présence est plus qu’un événement, c’est presque une anomalie, a priori. Pourtant, à l’issue de cette heure intense et fiévreuse de zeuhl (le genre inventé par Magma à la fin des années 60, mélange de free-jazz, de rock progressif et de musique contemporaine et avant-gardiste chantée dans une langue inventée, le kobaïen) complètement dingue, la présence des vétérans français au festival (le plus vieux groupe de la programmation avec Black Sabbath) a rétrospectivement tout de l’évidence. Déjà, parce que les fans sont étonnamment nombreux ; à croire que l’influence d’un groupe tel que Magma sur une musique pas si proche, de prime abord, du metal (psyché) est plus forte que ce que nous pourrions penser, mais surtout parce que leur concert reste l’un des plus mémorables de tout le festival. Seront jouées les deux suites-albums « Theusz Hamtaahk » et « Mekanïk Destruktïw Kommandöh » dans leur intégralité, ce qui en soit suffit à calmer tout le monde tant ce choix est à la fois radical et périlleux. Le temps venant à manquer, le groupe décide de jouer le dernier acte de « Mekanïk » en accéléré et avec une frénésie qui frôle la folie furieuse. Le public est déchaîné, chante en yaourt kobaïen tous les morceaux et danse comme s’il vivait l’apocalypse. L’ambiance est extatique, orgiaque. Sur scène, les musiciens se déchaînent aux claviers et aux percussions, les choristes font des prouesses vocales hallucinantes et Vander, derrière ses fûts, tabasse copieusement ses peaux en véritable chef d’orchestre de la formation. La nuit tombe et la Valley s’embrase sous le feu d’une musique hors du temps, à la fois primitive et profondément futuriste, qui invoque aussi bien des compositeurs respectés comme Stravinski ou Ligeti que des formations motorik comme CAN (sur « Theusz », les rythmiques obsessionnelles et répétitives sonnent fortement krautrock). Ce qu’il se passe alors est tout bonnement prodigieux, une communion solaire entre un groupe et son public via la musique. Une fois la transe achevée, les visages portent le sceau de l’extase et de la plénitude. La musique de Magma est définitivement une liturgie païenne et cosmique.

















































