[Flash #45] EMALE, The Twin Souls, Lenparrot, Bingo Club et Babeheaven

En quelques transitions que nous-mêmes sommes incapables de prévoir, la musique déploie sa constellation infinie d’étoiles tout sauf filantes. Des astres dont les lueurs ne sont pas les mêmes mais qui demeurent, jour après jour, dans notre champ de vision, au-dessus d’un horizon bien morne et moribond. Aujourd’hui, les éclats rock s’unissent à la douceur phosphorescente d’un spectacle boréal, rapidement rejoints par les ultimes scintillements d’une planète disparue et les attraits sensibles et sensuels de spectres lumineux féminins. Embarquement immédiat pour ce nouvel épisode de Flash !

crédit photo Bingo Club : Adrien Nicolay

[Clip] EMALE – Fuis moi je te suis

Se chercher, sans parvenir à atteindre celui ou celle que l’on souhaite s’accaparer, qui impose la condition d’un bien-être soit durable, soit éphémère. L’amour est une constante expérimentation, un jeu de cache-cache parfois sadique, parfois maladroit. En trois minutes, EMALE fait le tour de ces pensées illusoires, de ces signes cutanés ou émotionnels qui, sans jamais nous avertir, nous font marcher, aller de l’avant pour mieux ne retrouver percutés par la passion ou la désillusion. Les guitares menacent sans jamais agresser, le chant espère puis murmure pour ne pas écorcher les multitudes de possibilités. Mais ce sont bien les danses qui font le charme, l’attraction, la mise en place du vivant : les chorégraphies de la sensualité et d’un langage commun, de la fascination du corps et de l’âme face à ces secondes pendant lesquelles le possible devient vérité. Sans se tourner autour, les protagonistes du court-métrage inscrivent leurs ultimes forces dans un sentiment universel, dans la concrétisation de l’échange. Sublime déclaration : « Dans les rouages de la matrice / Je serais KO avant toi ». Je t’aime, moi aussi.

« Eciferus » d’EMALE est disponible depuis le 16 octobre 2020 chez Utopian Zoo Records.


[Single] The Twin Souls – Ch Ch Chewa

La fratrie The Twin Souls revient faire parler la foudre ; sauf que, cette fois, la forme et le fond ne font plus qu’un, dans la communion rock de mélodies vocales s’amusant à regarder dans différentes directions, pendant que les riffs et la batterie posent les bases fiévreuses d’un hymne dévoué à la phonétique du cool. « Ch Ch Chewa » ne fait à aucun moment dans la demie-mesure, l’alternance de ses deux harmonies distinctes à l’enchaînement impeccable bravant tous les interdits en assumant leurs transitions du grave à l’aigu, conception créatrice aussi respectable qu’humainement tentatrice. Il y a de la sensualité, de l’électricité et de la séduction sur ce nouveau single ; mais, par-dessus tout, une maîtrise totale et toujours en progression de ce qui distingue The Twin Souls de ses congénères à guitares. Une substance excitante et s’imposant lentement mais sûrement dans nos esprits, autant que sur une scène certes en pleine déliquescence et remise en question, mais qui a énormément besoin d’affirmations aussi bien ancrées dans la réalité et le réconfort. On guette le nouvel EP du duo, prévu pour le 27 novembre prochain. Dans cette attente, veuillez agréer, mesdames et messieurs, l’expression de leur évolution distinguée !

« II » de The Twin Souls, disponible le 27 novembre 2020 chez Smoky Sun Record / Archipel.


[Clip] LENPARROT – Berries

« Berries » pourrait, à lui seul, représenter les couleurs étonnamment chatoyantes de la solitude de l’artiste. Au cœur d’une salle étroite, le spectacle qui s’offre à nos yeux est autant magnifique visuellement qu’émotionnellement éprouvant. LENPARROT, tout en transpiration et paillettes, se dévoile tandis que nous nous demandons d’où il vient, ce qui a provoqué cet état. Les formes, les teintes dessinent un endroit imaginaire, entre le réel et l’extraterrestre. Une pièce artificielle, peut-être issue des pensées du musicien. Qu’importe : il faut que le temps se prolonge et se voit bousculé par une série d’apparitions toutes plus étranges les unes que les autres. Il n’y a pas d’époque dans « Berries » ; simplement des caractères, égarés mais heureux et s’offrant un instant de simplicité et de nonchalance. Un défilé sublime de figures sans tabous ni genres, d’êtres animés par leurs sentiments et leurs envies de vivre, en extase et liberté. La poésie qui émane du court-métrage resplendit dans chaque plan, chaque détail, des maquillages aux vêtements en passant par les décors et mobiliers filmés avec tendresse et respect par Aurore Deman. D’abord timide, LENPARROT comprend qu’il est le centre de ce microcosme apte à l’ébullition sensorielle. Les nœuds de l’angoisse se délient subtilement. Les personnages nous attirent vers eux, vers ce monde inexistant pour le commun des mortels mais dont nous pouvons dorénavant traverser les parois poreuses et accueillantes. La chanson se couvre de quelques arrangements discrets, d’un rythme souple et caressant. LENPARROT nous hante et possède son public, sans jamais rien forcer. Sans faire couler les larmes qui, pourtant, illustrent, de l’autre côté de l’écran, la perfection de ce à quoi nous venons d’être conviés. Raison supplémentaire de nous impatienter à l’annonce de Another Short Album About Love, nouvel EP prévu pour le 6 novembre. Et nouvelle immersion dans les conforts duveteux et mélancoliques d’un homme hanté par ses anges et démons, qu’il décrit pour nous comme personne.

« Another Short Album About Love » de Lenparrot, disponible le 6 novembre 2020 chez Jour Après Jour Après Jour / Futur Records.


[Single] Bingo Club – Now It’s Never

La surprise est totale à la découverte de « Now It’s Never ». Tandis que nous avions laissé Bingo Club dans ses aventures musicales nostalgiques de la seconde moitié du XXe siècle, le projet nous expose aujourd’hui au deuil d’un ami cher. Un crépuscule hanté par l’absence, obsédé par le manque et le vide, ceux qui donnent le tournis et égarent les pensées en déclenchant des flots de larmes qu’il convient cependant de laisser sortir de nous-mêmes. On a rarement autant ressenti la présence de l’esprit du défunt que dans les sonorités de cette ode crépusculaire, entre flûtes fantomatiques et piano dessinant le chemin vers l’au-delà. Ici bas, tout est déserté. Le chant est épuisé, désemparé. Il offre tout ce qu’il lui reste de volonté, malgré la douleur, avant de se cacher sous ses propres traits tirés. « Now It’s Never » exprime l’incompréhension et l’injustice autant que la rémission, l’impuissance humaine face aux gestes mesurés et millénaires de la Grande Faucheuse. « Ghosted lover / Smiling in Frames » ; quelques photographies usées, dont les bords rongés par le temps sont un cadre trop étroit pour le souvenir. Brutalement, à bout de nerfs, le titre s’interrompt. Et laisse planer un silence mortuaire que nous avons tous ressenti, à un moment ou à un autre de nos propres expériences. Un poème final juste et dur, amer et meurtri ; mais, surtout, d’une rare sincérité et humanité, sans fard ni sourires forcés.

« Separated » de Bingo Club, disponible le 20 novembre 2020 chez Fuzo Music.


[Clip] Babeheaven – In My Arms (Live at Real World Studios)

Ce qui nous lie à Babeheaven relève de l’adoration la plus totale. En effet, rares sont les groupes ayant réussi à nous faire si rapidement succomber en quelques titres et vidéos, le tout sans jamais essayer de convenir aux desideratas des maisons de disques et autres diffuseurs. Babeheaven, c’est l’âme d’un groupe jamais au repos, s’appropriant les langages musicaux afin de les accorder à ses humeurs du moment, à ses capacités d’interprétation et à ses envies. « In My Arms » dépasse le cadre du single grâce à cette captation live vertigineuse, plan-séquence tournoyant autour des musiciens afin de saisir leurs visages, leurs traits concentrés et complémentaires. Le groove est lent, séducteur et chaud. Les sons se parlent d’une seconde à l’autre, de la voix au clavier, de la batterie à la limpidité d’une guitare bientôt explosive et prenant le contrepied, une nouvelle fois, de ce que le spectateur aurait pu imaginer. S’il y a un choc provoqué par Babeheaven, c’est celui des émotions fortes, des substances hormonales du plaisir et de la mélancolie se mélangeant dans nos veines et nos membres. Les réactions épidermiques liées aux chefs-d’œuvre successifs des Londoniens, perles fascinantes d’un renouveau artistique à ne surtout pas manquer.

« Home For Now » de Babeheaven, disponible le 20 novembre 2020 chez AWAL.

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