[Interview] Christian Löffler

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Co-fondateur du label Ki Records, producteur autodidacte et artiste peintre, c’est à travers des productions minimalistes et douces que Christian Löffler a su exprimer sa personnalité intrinsèque. Ce nouveau disque, nouvelle invitation au spleen, appelle tant à une introspection calme et torturée qu’à un dépaysement paraissant par son honnêteté, presque hostile. Nous l’avons rencontré lors de son passage à Paris au cœur du Pavillon Cambon.

crédit : Brian Zajak
  • Bonjour Christian, tu viens de sortir ton troisième album intitulé « Graal (Prologue) » le 5 avril. Si mes sources sont correctes, c’est la deuxième fois que tu joues dans cette salle. Comment te sens-tu ce soir ?

Oui, c’est la deuxième fois que je joue au Pavillon Cambon. Je me sens très bien parce que le soundcheck s’est très bien passé. La dernière fois c’était très bien aussi, mais aujourd’hui c’est différent parce que je suis venu avec Mohna et se sera plutôt un concert. J’ai très hâte ; enfin de retour à Paris !

  • Ces deux dernières années ont été intenses, car tu étais en tournée dans toute l’Europe. Dans quelles conditions as-tu produit cet album ? Quelles sont les situations les plus confortables qui te permettent de t’exprimer ?

Pour moi, il s’agit principalement des inspirations et pas tellement des conditions de travail. C’est un peu bizarre parce que je peux être inspiré par le moment, mais sans vraiment pouvoir faire de la musique (lorsque je voyage, par exemple). Cela peut aussi arriver quand je suis en studio ou à la maison, donc chaque fois que de l’inspiration me frappe, ça marche pour moi. Pour cet album, toutes les idées sont venues pendant que je voyageais, c’est pourquoi il va y avoir un autre album à la fin de l’année. « Graal (Prologue) » sont des titres composés en tournée et le prochain album sera plutôt studio. Je voulais voir ce que l’on ressentirait, quelles seraient les différences.

  • Ta musique est à la fois froide et réconfortante et représente une force tranquille. Il invite à un voyage entre une introspection profonde et une vision magnifiée de la nature. Peux-tu nous en dire plus sur ta relation à la nature, tes inspirations ?

Bien sûr, c’est la raison pour laquelle j’ai décidé de vivre là où je vis maintenant. Ce n’est pas dans une ville et c’est proche de la nature, à environ 200 mètres de la mer. Il y a une forêt devant la maison, une belle plage et c’est vraiment bien en hiver parce qu’il n’y a personne (rires). Cela fonctionne parfaitement parce que Berlin n’est pas si loin, et que je suis hors de tout pour pouvoir me concentrer sur ma musique. Je ne suis pas trop dans les longues sessions de studio ; je dois sortir, prendre l’air, et c’est pour moi le meilleur endroit pour travailler de cette manière. Lorsque j’ai commencé ce projet, il était en quelque sorte lié à la nature, mais davantage par coïncidence, car je ne l’avais jamais planifié. L’inspiration était là et j’ai juste suivi le chemin.

  • Le croquis que tu as fait pour la couverture de l’album est très intéressant. Les traits sont intenses, nets et sombres, contrastant avec la simplicité de la feuille blanche… Pourrais-tu nous en dire plus ?

C’était un moment où je faisais des esquisses très rapides et c’est pourquoi l’esquisse est si dure et assez simple. Je collectais juste quelques idées pour mes peintures. Chaque fois que je vois quelque chose, une photo ou une scène d’un film, je faisais un croquis, et celui-ci est l’un d’entre eux. Pour le dernier album, j’aimais vraiment la photographie, mais j’ai décidé de revenir aux sources, car avant la musique j’étais plus dans la peinture et l’art. Je voulais ramener cela à nouveau et travailler davantage sur mes illustrations visuelles.

  • As-tu remarqué que si tu inverses les couleurs, cela ressemblerait à un paysage nocturne très pittoresque ?

Oh, je ne sais pas, c’est intéressant ! Je devrais essayer, c’est une bonne idée (rires).

  • De nombreux musiciens mélangent leurs chansons avec du contenu vidéo comme Rone en France ou Jon Hopkins au Royaume-Uni. « Like Water » semble aller dans ce sens. Est-ce juste une expérimentation de ta part ou quelque chose qu’on retrouvera à nouveau ?

J’ai choisi d’avoir une vidéo animée, car cela fait partie de mon processus de retour au dessin, couleurs, peintures. Je faisais des vidéos en stop motion il y a quelque temps et le plan était de le faire moi-même pour ce projet, mais il y avait tellement de travail autour de la musique et l’artwork que j’ai décidé de travailler très étroitement avec l’artiste. J’échangeais des idées, des photos et des indices sur la vision à donner, et je pense que c’est une bonne représentation.

  • Tu as fait un magnifique concert avec Ensemble à Berlin. Comment est née l’idée de mélanger ta musique avec une musique symphonique ?

J’ai toujours eu des enregistrements de cordes dans ma musique, mais je n’ai jamais eu l’occasion de les jouer en direct avec de vraies cordes. Quand je jouais, je devais le faire depuis mon ordinateur, mais ce n’était pas vraiment satisfaisant. J’ai eu la chance de jouer à ce festival de musique classique et je me souviens que nous n’avions qu’une journée pour la répétition et le soundcheck. Mais c’était tellement agréable depuis le début et ça fonctionnait parfaitement bien, que j’ai pensé que nous devions refaire cela pour quelques concerts supplémentaires. Je suis vraiment content de ce projet parce que les gens l’ont aimé. C’était très intéressant de combiner cet univers de musiciens classiques avec la musique électronique et d’avoir un public très varié, des jeunes aux personnes âgées. C’était très spécial.

  • Ce nouvel album est un voyage surprenant dans toutes les émotions qu’il nous procure, à travers une solitude intense, une mélancolie et une perte de la notion du temps. Cela reflétait-il les états émotionnels que tu as traversés lors de sa composition ?

Oui, tout à fait, toute la musique est venue d’émotions… Je ne sais pas comment l’expliquer, mais c’est une grande chose que j’essaie de suivre. C’est difficile de l’exprimer avec des mots, et c’est la raison pour laquelle j’ai choisi la musique, la peinture, la photographie, car je ne peux vraiment pas le cerner. Tout ce que je peux faire, c’est d’essayer d’en obtenir certaines parties et de les recréer avec ma musique. C’est mon objectif depuis un bon moment maintenant, et cet album reflète à 100% ce que je ressentais à ce moment-là.

  • Nous sommes ravis de voir une nouvelle collaboration avec Mohna sur « Like Water », nous offrant à nouveau cette précieuse alchimie présente dans tes précédents projets. Il y a aussi un nouvel invité sur le morceau « Running » avec Josephine Philip, apportant une brise légère au nouvel album. Quels étaient les processus de création derrière les deux pistes ? Comment les as-tu rencontrées ?

Je connaissais Josephine en tant qu’amie d’un ami. Elle a un groupe appelé Darkness Falls qui est vraiment cool, et elle a également chanté pour Trentemøller et d’autres projets.

J’ai toujours voulu travailler avec elle et pensais que ce serait parfaitement adapté à cette voix très forte et sombre. J’avais des idées, alors j’ai envoyé une mélodie, des croquis et elle a renvoyé des paroles pour que je puisse les arranger. Après quelques échanges d’emails, une chanson complète est sortie à la fin et nous avons fait trois chansons ensemble.

Cela a également fonctionné de la même manière pour Mohna. C’est plutôt quand nous nous sentons inspirés et que nous voulons travailler dessus que nous le faisons. Cela se fait assez lentement, petit à petit.

  • Tu as pris une pause dans la production musicale pour retrouver tes racines et redécouvrir la peinture. Est-ce que « Bird » et « Refu » représentent cette pause ?

En fait, le lien était plutôt dans la première chanson « Ry ». Après avoir tellement tourné, c’était vraiment difficile de faire de la nouvelle musique pour moi, alors je me suis dit : pourquoi ne pas tout arrêter et recommencer à peindre ? Je suis alors allé au Danemark pour faire une petite pause et pour peindre. Je me suis senti inspiré par l’illustration de cette personne que nous pouvons voir de l’arrière (sur la pochette de Ry) et j’ai donc créé « Ry », le lendemain. Il existe également une peinture de ce dessin que je montrerai avec le prochain album.

Pour « Mare », la couverture est une photographie d’où je vis. Avant, il existait déjà un lien étroit entre l’art et la musique, mais il est à présent encore plus fort, car il m’a aidé à trouver de nouvelles idées. En fait, un de mes projets serait de faire une exposition !

  • En parlant de « Refu », c’est une piste très calme et contemplative qui appelle à la méditation d’une certaine manière. Cela aurait pu être le morceau parfait pour clôturer l’album, mais tu as choisi de le finir avec « Graal » qui, à mon sens, serait plus une introduction. Ce choix a-t-il été fait exprès ?

J’ai changé plusieurs fois l’ordre… Ma première idée était de mettre « Graal » au début, mais je ne l’ai pas fait. C’est vrai qu’elle sonne plus comme une intro, mais j’ai pensé que ce serait surprenant d’avoir ça à la fin et que ça rouvrirait pour le tour suivant lorsqu’on réécouterait l’album (rires).

  • Dernière question, que devons-nous comprendre du « Prologue » entre parenthèses ? Faut-il qu’on s’attende à un épilogue ?

Oui, le plan serait de l’avoir à coup sûr. La prochaine sortie sera l’album principal avec la peinture, puis il y aura également un épilogue. C’est un gros projet qui portera un nom différent, mais vous aurez la possibilité de combiner le vinyle de « Graal (Prologue) » avec le prochain album pour obtenir une transition fluide avec la lecture du prochain album (rire).


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ENGLISH

After two LPs mixing melancholy and comforting solitude, Christian Löffler unveils his new album « Graal (Prologue) » with a new European tour. Co-founder of the label Ki Records, self-taught producer and also painter, it is through minimalist and soft productions that he expresses his intrinsic personality. This new LP, a new invitation to spleen, calls for calm and tortured introspection, offering a journey that seems almost hostile by his honesty. We have met Christian Löffler in Paris in the heart of the Cambon Pavilion.

  • Hi Christian, you just released your third LP called « Graal (Prologue) » on April 5th. If my sources are correct, this is the second time you are playing in this venue. How are you feeling tonight?

Yes, it’s the second time in this place, at Pavillon Cambon. I feel very good because the soundcheck went very well. Last time was very good too, but today it is a different setting because I came with Mohna. It’s more like a concert show and I am really looking forward to. Finally, in Paris again!

  • Those past two years have been intense for you, touring in Europe. In which conditions did you produce this album? Which situations are the most comfortable for you in order to express yourself?

For me, it’s mostly about inspiration, not so much about the settings. It’s a little bit weird sometimes because you get inspired in the moment, but you can’t really do music when you travel, for example. It can also happen when I am in the studio or at home so whenever inspiration strikes, it works for me. For this album, all the ideas came while I was travelling, that’s why there is going to be another album at the end of the year because I split them. « Graal (Prologue) » is just from touring, and the next one will be a studio album. I wanted to see how it feels, where the differences would be.

  • Your music has a cold yet comforting feeling, and represent for me a quiet strength. It invites to a journey between deep introspection, magnified vision nature and haunting dreams. Can you tell us more about your relation to nature, your inspirations?

Sure, that’s the reason why I decided to live where I live now. It’s not in a city and close to nature, about 200 metres from the sea. There is a forest in front of the house, a nice beach, and especially doing winter time it’s really nice because nobody is there (laughs). It works perfectly because Berlin is not so far, and I’m out of everything so can focus on my music. I am not too much into long studio sessions, I need to get out, to get some fresh air… for me that’s the best place to work this way. When I started this project, it was somehow related to nature, more as a coincidence because I never planned it. The inspiration came out and I just followed the path.

  • The sketch you did for the album cover is very interesting. The strokes are intensely sharp and dark, contrasting with the simplicity of blank canvas… Could you tell us more about it?

That was a moment when I was just doing some very fast sketches so that’s why it’s such a hard and pretty simple sketch. I was just collecting some ideas because I am also painting. Whenever I see something, a photo or a scene from a movie, I would do a sketch, and this is one of the many ones. For the last album I was really into photography, but I decided to go back to where I am coming from, because before music I was more into painting and art. I wanted to bring this back again and to do more with my visual artwork.

  • Also, have you noticed that if you revert it as negative, it would look like a picturesque night scenery?

Oh I don’t know, that’s interesting! I should try it, that’s a cool idea (laughs).

  • Many musician are mixing their songs with video content like Rone in France or Jon Hopkins in the UK. « Like Water » seems like going this way. Is it just an experimentation or something we can expect to find again?

I wanted to have a drawn video as well as it’s also part of bringing back the drawings, the colours and the paintings again. I used to do stop motion videos some time ago and the plan was to do it by myself, but there was so much work around the music and the artwork that I decided to work very closely with the artist. I was sending back and forth ideas, photos and stuff on the visions about how it should be looking, and I think it’s a good picture.

  • Also, you did a magnificent performance with Ensemble in Berlin. How did the idea between mixing your music with symphonic one emerges?

I always had strings recordings in my music but I never had the chance to play it live with real strings. When I was playing it, I had to do it from my computer but it wasn’t really satisfying. I had the chance to play at this classic music festival and that was the first time we did it. I remember we had only one day for rehearsal and soundcheck, but it was so nice from the beginning and it was working perfectly that I thought we needed to do this again for a few more shows. I am really happy with this project because people liked it. It was very interesting to combine this world of classical players with electronic music, and also to have an audience very mixed from young people to older people. It was very special.

  • This new album is a surprising journey in all the scope of emotions it gets us, through intense seclusion, melancholia and delicate loss of time. Does it reflect on the emotional states you have been through when composing it?

Yes totally, all the music came from emotions… I don’t know how to explain it, but it’s one big thing I try to follow. It is hard to express it with words, that’s why I have chosen music, painting, photography, because I can’t really catch it. All I can do is to try to get some parts of it, and make a piece out it with my music. It has been my aim for quite a time now, and this album reflects 100% how I felt at that time.

  • We are delighted to see a new collaboration with Mohna on « Like Water », offering us again that precious chemistry that we have found in your previous projects. There is also a new guest on the track « Running » with Josephine Philip, bringing a light breeze to your album. What were the processes behind the two tracks? How did you meet them?

I knew about Josephine as a friend of a friend. She has a band called Darkness Falls that is really cool, and she also used to sing for Trentemøller and other projects. I always wanted to work with her and thought it would be the perfect fit with this very strong and dark voice. I had some ideas so I sent a melody, some sketches, and she sent back some lyrics so I could arrange them. After few forth and back a full song came out at the end, and we actually have three songs together. It’s also worked in the same way with Mohna. It’s more like when we feel inspired and want to work on it, we would just do it and see what’s gonna come out. Doing it slowly step by step.

crédit : Brian Zajak
  • You took a break in producing music to get back to your roots and to rediscover painting. Did this also translated in the actual album somehow? Are « Bird » and « Refu » a depiction of that pause?

Actually, it is linked to the first song « Ry ». After touring so much, it was really difficult to do new music for me, so I thought: Why not just stop it and go back to painting again? So I went to Denmark to have a little break from everything. I felt inspired by the artwork about that guy we can see from the backside and so made « Ry », just the day after. There is also a painting existing from this drawing that I will show with the next album. For « Mare », the cover is a photograph from where I live. There was a strong connection with art and music, but now it’s even stronger because it helps me to find new ideas. Actually, one of my plan would be to do an exhibition!

  • Talking about « Refu », it is a very calm and contemplative track, calling for a meditation in some ways. It could have been the perfect track to close the album, but you choose to finish it with « Graal », that sounds to me more like an intro to me. Was this choice done on purpose?

I was switching many times… my first idea was to put « Graal » at the first song, but I didn’t. It’s true that it feels like an intro, but I thought that it would be surprising to have this at the end so it would open again for the next round when listening to it (laughs).

  • Last question, what should we understand from the “Prologue” in brackets? Should we also expect an epilogue?

Yeah, the plan would be to have it for sure. The next release will be the main album with the painting, and then an epilogue. It’s a big project that will have a different name, but you will have the chance to combine « Graal (Prologue) » if you have it on vinyl with the next album for a smooth slide in the record sleeve of the next album.


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