[Entourage #36] Henri d’Armancourt (Shoefiti)

Depuis quand ça existe Shoefiti ? Pour le savoir, il faut remonter au mois d’octobre 2009. À cette époque, Henri d’Armancourt, né le 16 mai 1984 à Fontaine-lès-Dijon, est alors âgé de 25 ans et vient de sortir une première démo enregistrée sur la Route 66, qui servira de base à son premier album, « Only Mountains Never Meet », qui lui ne verra le jour que trois ans plus tard. Depuis il a enchaîné pas mal de petits boulots, le plus souvent à Paris, mais c’est aujourd’hui un homme heureux qui capture le son des concerts, quelquefois à emporter, parfois de ses idoles de jeunesse (Stephen Malkmus de Pavement parmi tant d’autres), pour la Blogothèque. Un bras à tenir la perche, un pied dans le studio, c’est avec ses potes de toujours, Raphaël Tandoi, Charles Bourdon et Clément Caillierez qu’il vient de sortir le mois dernier son troisième album « Fill The Silence With Your Desires », sept titres furieux qui cassent la baraque et qui ne décolèrent que pour mieux repartir de plus belle. À 34 ans, l’homme a des milliers d’histoires à raconter, mais a retenu pour nous cinq amitiés musicales plus fortes que tout, avec ceux qu’il admire, ceux qui comptent depuis le début et les rencontres fortuites qu’il n’est pas prêt d’oublier de sitôt. Entretien avec un rockeur souvent débraillé, mais fort bien chaussé.

*Introduction librement inspirée de « Depuis Quand » du génial David Castello-Lopes.

crédit : Jessica Coppola

The Psychotic Monks

Au début je me suis dit que j’allais mettre tous les groupes des copains qui jouent dans Shoefiti : YoungerSON, Pages21, Normcore, Steve Amber, Howard…) mais c’était trop simple ! Du coup, nous n’en citerons qu’un : The Psychotic Monks a une place particulière dans l’histoire de Shoefiti. Nous avons fait un de nos premiers concerts en 2012 ensemble aux débuts de nos projets respectifs. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, nous sommes venus à nous recroiser plus tard et devenir amis. J’ai eu la chance de réaliser leur EP « IV » et on a fait d’autres concerts ensemble. Il y a tant à dire sur eux, sur leur sensibilité, leur générosité, leur acharnement à la tâche, leurs performances de l’enfer, leurs compos qui déboîtent… S’il y a un groupe qui mérite d’être plus reconnu, c’est eux ! Pendant quelques années, Clément Caillierez (leur batteur) nous a fait l’honneur de faire partie de Shoefiti. Quand vous écoutez « Fill The Silence With Your Desires », c’est lui que vous entendez derrière la batterie !


TH da Freak

Parfois, des personnes viennent me voir en me disant que je leur fais penser à Stephen Malkmus. S’il y a de quoi se sentir flatté d’être comparé à son idole, je suis bien loin d’avoir un millième du talent du Roi des Slackers. Alors que TH da Freak, lui, pourrait facilement être couronné Prince du Slack Frenchy ! J’ai une réelle admiration pour ces artistes qui font ce choix de vie de foncer tête baissée dans leur musique, qui tournent dans un max de lieux bordéliques DIY et se font repérer par l’intelligentsia de l’indie française sans perdre leur naturel : TH da Freak arrive en toute décontraction à faire les choses sérieusement, sans se prendre au sérieux. Ce n’est pas donné à tout le monde ! Découvert par hasard sur internet, rencontré en vrai en live lors d’un de leurs incroyables concerts et avec son collectif des Flippin’ Freaks, ils font vachement bouger les choses à Bordeaux. On a eu le plaisir de jouer un concert organisé par eux là-bas et on a pris un pied de ouf. Probablement un de nos concerts favoris de la tournée même si nos affaires sentent encore la cave Bordelaise !


Mermonte

Mermonte et Shoefiti ont sorti leur premier album la même année, un peu avec une approche similaire : dans un premier temps, c’était des projets persos, en marge de nos groupes, autour desquels gravitaient les copains. Puis quand, le besoin de jouer les morceaux en live est arrivé, créer un véritable groupe est devenu une nécessité. J’ai beaucoup d’admiration pour Ghislain Fracapane (leader de Mermonte) et sa musique. Il a un talent de composition et d’arrangement hors du commun. Nous sommes venus à bosser ensemble pour des vidéos et devenir amis. Quand je débarque à Rennes (le Portland français), on termine très souvent au Oan’s Pub (son fief) pintés à la Duchesse Anne (une excellente bière bretonne) en rigolant comme des abrutis jusqu’à la fermeture. Par hasard, le troisième album de Mermonte est sorti le même jour que le nôtre. Avec des accents de John Barry (avec qui j’ai grandi), il est absolument magnifique et j’espère qu’il les propulsera au rang de notoriété qu’ils méritent.


Summer Cannibals

Summer Cannibals est un groupe portlandais qui arrache ! On est absolument fans dans Shoefiti. Quand nous jouons aux USA, nous avons la chance d’avoir Devon Shirley (leur batteur) qui assure la batterie pour nous. C’est un amour de coccinelle et un cogneur ahurissant. Il est fan de vans (#SpaceCruiser) et de pêche à la mouche. Suivre son Instagram vaut mieux que de prendre du Prozac. C’est à cause de lui qu’on utilise à outrance le hashtag #TourIsTight. Et c’est grâce à lui qu’on a découvert d’autres groupes de Portland comme The Ghost Ease et The Dovecotes. Ces derniers ont un album absolument extraordinaire et nous accompagner en tournée nécessite d’en accepter l’écoute au moins une fois par trajet. Bref, s’intéresser à Summer Cannibals, c’est comme commencer à tirer sur une pelote de laine indie de qualité exceptionnelle. L’album « Full Of It » ne contient que des tubes.


Cannibale

J’ai découvert Cannibale sur le festival Terra Incognita en faisant le son pour The Psychotic Monks (tiens, encore eux). On est tous restés scotchés par leur set. Le son était incroyable. Depuis, j’écoute leur album en boucle et il est absolument fascinant : le mix, les compos, l’ambiance… Je n’ai jamais rien entendu de tel ! Lors de notre résidence acoustique à Portland l’été dernier, entre les concerts, on passait « No Mercy for Love » pour souiller les oreilles américaines avec du bon son français : le clappement de main au début de « Diabolic Prank » est devenu un running gag entre Charles (bassiste/guitariste de Shoefiti) et moi. J’ai eu le plaisir de discuter un peu avec Nicolas (chanteur de Cannibale) qui m’a persuadé d’envoyer notre disque à Born Bad. Je l’ai fait. On s’est fait envoyer bouler. Sans rancune. « Say la vee » comme disent les Américains !


Véritable réveil en nage en plein cœur des années 90, quand le grunge et la noise remuaient dans sa chair la jeunesse américaine, Shoefiti fait le pari de ressusciter cette époque avec une rage et une intensité désarçonnantes. Chant habité et sombre, riffs griffés jusqu’au sang sur la Jazzmaster, basse ultra grave et rythmiques lourdes, tout concorde chez Henri et ses Bad Socks pour se porter témoin et agresseur d’un rock qui ne pardonne pas la moindre faute. En sept pistes au mystique révélé sur la longueur, Shoefiti nous impacte d’un full contact dont on recherche toujours la tendresse derrière l’âpreté des notes. « Fill The Silence With Your Desires » sait ce qu’il veut, ce qu’il vaut et ce qu’il faut pour nous faire lâcher prise.

« Fill The Silence With Your Desires » de Shoefiti est disponible depuis le 19 octobre 2018.


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rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques

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