[Interview] Le Prince Miiaou

Il faudra encore patienter un peu avant la sortie de « Victoire », son cinquième album à paraître fin septembre. Pour combler l’attente, nous avons eu la chance d’échanger longuement avec Maud-Elisa Mandeau aka Le Prince Miiaou autour de cet ambitieuse sur son label maison, No Damn Label. Nous avons rencontré une créatrice en proie au doute sur le devenir d’un album plus électro que le rock de ses premières amours, mais toujours intensément portée par l’émotion et une affection toute particulière pour l’objet pop. Trentenaire aguerrie du milieu de la musique, elle s’ouvre à nous dans une interview-fleuve et sans langue de bois, pour nous faire part des doutes qui peuvent habiter les artistes autoproduits et la difficulté de porter un projet singulier, à l’écart des effets de mode.

crédit : Boris Barthes
  • Tu composes en grande partie tes morceaux toute seule. Peux-tu me parler des conditions dans lesquelles tu travailles habituellement ?

Alors ce n’est pas en partie, mais complètement. Je les compose vraiment toute seule. C’est-à-dire, j’ai un bureau avec un ordi et un petit peu de matériel, dont notamment un clavier MIDI, et je pars de zéro sur mon logiciel. C’est-à-dire que j’ai mon logiciel de musique et là je me dis « Bon bah, il faut que je fasse une chanson ». Donc je créée la batterie, une ligne de basse, etc. en fonction de l’inspiration du moment. Je ne commence pas toujours par le même instrument. Je déroule alors tous les arrangements au fur et à mesure que je compose. Il n’y a pas de phase guitare-voix que j’habille ensuite. C’est toujours de la production dès le début. Il faut que je trouve d’abord des sons qui me plaisent. Ça va inspirer le reste des instruments. C’est ça ma façon de travailler !
Du coup, toute cette partie, je la fais totalement en solo. Quand j’ai terminé, le morceau ressemble à 80% de ce qu’il y aura sur le disque… mais il ne sonne pas très bien, quoi. À ce moment-là, par contre, j’ai quelqu’un à mes côtés, Norbert Labrousse, qui m’accompagne également sur scène, qui a mixé l’album et m’a aidé à mieux produire ce que j’ai fait en changeant par exemple des sons de batterie, en retravaillant un son de synthétiseur etc.

  • Tu as décidé de monter ton propre label, No Damn Label, pour produire ton nouvel et cinquième album nommé « Victoire ». Pourquoi ce choix ?

(Léger soupir) Parce qu’après avoir fait le tour des labels qui m’intéressaient sans trouver forcément de réponses positives, je me suis dit que je préférais encore être toute seule plutôt que sur un label qui ne me conviendrait pas. En vrai, je n’ai eu qu’un label sur les cinq disques que j’ai sorti, ce n’était pas quelque chose de nouveau pour moi d’être en auto prod. Je l’ai toujours été, sauf que je ne l’avais jamais vraiment structuré en label. Il me fallait une structure pour toucher les subventions, pour rentrer dans le vif du sujet. C’est pour cela que j’ai monté un label. C’est-à-dire qu’en France, ce n’est quand même pas évident de trouver une maison de disques en ce moment, sauf quand on fait de l’urbain ou de la pop en français. C’est assez dur d’atteindre les Anglais et autres, donc le choix qu’il me restait, c’était de me débrouiller un peu toute seule. Avec les plus petits labels ? Si je faisais le calcul, je n’aurais pas forcément touché les subventions que j’allais avoir, et ils n’avaient pas un budget plus gros que le mien. En plus, les gens y donnent les trois quarts de mes droits. Du coup, ce n’était pas non plus un très bon choix. Et il n’y avait, au final, pas de label qui me faisait rêver.

  • Envisages-tu de signer d’autres artistes sur ton label, je pense à l’initiative de Pamela Hute par exemple avec My Dear Recordings ?

En fait, je l’ai fait à une époque. J’avais produit un groupe qui s’appelle Sarraco. C’était le groupe de Norbert Labrousse et d’un autre copain.

Le problème, c’est que je me suis rendu compte que les groupes que j’aurai envie de signer, ce serait un peu comme le Prince Miiaou, des groupes qui auraient du mal à émerger en France. Faute aux goûts que j’ai. Ce n’est pas que je suis découragée, mais c’est déjà difficile de porter le Prince Miiaou. Défendre d’autres projets dans ce style-là, ça me paraît un peu utopique, vu que je suis toute seule. Dans l’idée, j’aurai envie d’en produire… notamment un projet qui s’appelle Roseland, de Bordeaux, qui vient juste d’enregistrer un premier album. Il n’est d’ailleurs pas encore sorti.

Je me dis « comment faire pour promouvoir un projet comme ça », sachant qu’il y a très peu de place pour autre chose que ce qui est à la mode du moment. Ça me décourage un peu. J’ai déjà tellement de travail avec le Prince Miiaou. Je ne m’en sens pas les épaules, pour l’instant en tout cas vu que suis en pleine sortie de mon disque. Quand ça va se calmer, j’aurai peut-être plus le temps de bosser sur un autre projet.

  • La question va peut-être tomber à l’eau, mais ton choix du nom de cet album, « Victoire », vient-il du fait d’avoir réussi le pari de l’autoproduction de A à Z ?

 Eh bien non ! (rire) J’ai depuis toujours autoproduit mes disques. Je n’ai jamais été produite par quelqu’un d’autre que par moi-même. Le titre « Victoire » vient d’une tout autre histoire. Normalement, il aurait dû s’appeler « Perdu d’avance ». Parce qu’au bout de cinq disques, avec mon côté pessimiste, je me suis dit : « Bon, j’en fais un dernier, de toute façon, c’est perdu d’avance». À la fois, j’ai du courage, je suis pugnace et je fais plein de choses et, à la fois, je me dis « OK, je le fais, mais c’est perdu d’avance ». Je ne suis jamais très optimiste sur le résultat que je vais obtenir. Je me suis dit, c’est un peu ironique, je vais appeler le disque : « Perdu d’avance ». Mais mon entourage m’a dit que c’était hyper négatif. Ça ne fait pas rêver tout ça. Si je voulais vraiment être ironique, il fallait que je l’appelle différemment. Je l’ai donc appelé « Victoire » pour cette raison. Et puis, à la fois, c’est une autre façon de voir le fait d’être résigné. Soit c’est perdu d’avance, soit c’est déjà une victoire, quoi qu’il arrive. J’ai donc cherché l’opposé du titre originel. Celui-ci venait d’un blog, et d’un livre, d’un ami (Jérôme Laperruque) qui écrivait une sorte de journal intime, dans les années 2000. Ça s’appelait « Perdu d’avance » et je me suis beaucoup basée dessus pour trouver l’inspiration des textes au départ de la création du disque. Je m’étais dit que ça faisait sens et que j’allais appeler l’album ainsi. De toute façon, ma mentalité, c’est « perdu d’avance ». Finalement, j’ai tout inversé. Il faut dire, il m’a fallu deux ans pour composer le disque, entre l’idée première que j’ai eue en 2016 et l’aboutissement du disque. J’ai pris d’autres chemins on va dire.

  • On en parle comme différent des précédents opus, moins rock, voire plus électronique ? Qu’est-ce qui a amené cette évolution, qui t’a fait franchir ce cap ?

 Juste les modes, on va dire. Personnellement, je fais toujours des disques en réaction à mes précédents. Pour le coup, « Where is the Queen ? » était très rock, sûrement le plus même. J’avais fait le tour de ce style à ce moment-là. Je ne veux pas dire que je n’y reviendrai pas, avec des guitares, des riffs, des batteries acoustiques et de la production de ce genre de son. En fait, je suis très intéressée par la production, et la composition de chansons. Ce que j’aime, ce sont les ambiances. Créer des textures, même si au final ça ne se ressent pas forcément, et que le résultat reste un peu pop. L’instrumentation rock, je n’en voulais plus, là. Et puis j’ai découvert James Blake entre temps, je me suis tournée vers des projets un peu plus pop, rap voire trap. Un peu comme tout le monde en fait. Je me souviens… un jour j’étais en balance avec un nouvel ingé son, exceptionnellement, et là il balance un morceau de dubstep. Personnellement, je ne connaissais pas cette musique-là, cette sensation de sub énorme. Ça m’a procuré quelque chose de nouveau. Finalement, j’ai eu envie de m’approcher d’une musique plus électronique, de chercher des sensations comme ça. Après, c’était comme vouloir faire un album de jazz. C’est compliqué pour moi de me mettre dans ce créneau-là. C’est une tout autre manière de composer. Ce sont d’autres instruments, d’autres façons de faire. Forcément, ce n’est pas probant au niveau du résultat, mais j’ai essayé de travailler dans ce sens-là. Quelque chose de plus électronique, avec très peu de guitare et de batterie. Tout a été fait avec des sorties MIDI, avec, en vue, des sonorités plus électroniques. Le rock, j’en avais fait le tour. J’avais besoin de me tourner vers un style de musique nouveau. Ça ne m’excitait plus.

  • Tu en es déjà à trois clips tournés pour des morceaux de ton prochain album : « Flip the Switch », « Poisson » et « Closure ». Dans quelles conditions financières les as-tu créés et comment as-tu été accompagné sur leur création ?

 Du coup, c’est pareil, j’ai plutôt l’habitude de les faire aussi toute seule les clips.

Le premier, « Closure », je l’ai fait juste avec un copain et un appareil photo. Il m’a fait les images. Je me suis occupée de choisir l’endroit, l’histoire et le montage. J’ai fait le montage, et l’étalonnage aussi, mais c’était super d’avoir quelqu’un pour me filmer, ça donne de plus belles images.

Pour « Poisson », je l’ai fait vraiment toute seule, avec mon appareil photo et mon iPhone, dans mon salon. Lui, il a été assez compliqué à faire. Au début, j’étais partie sur l’idée d’un clip sur un parking, mais ça impliquait que je devais y aller le dimanche, quand c’était fermé. Et puis toute seule, je n’y arrivais pas. Enfin bref, ça a fini avec un poisson dans mon salon. Le tout en plan fixe derrière un aquarium. Ça, c’est un clip qui m’a coûté 50 euros, par exemple. Pareil je l’ai monté toute seule et je l’ai aussi étalonné.

Pour « Flip the Switch », par contre, je l’ai fait faire. C’était la première fois que je me faisais aider par une vraie boîte de prod. Là, le budget est 100 fois plus important. C’est le clip le plus cher de toute ma carrière. Je n’ai quasiment rien fait. Je leur ai juste parlé de mes idées. Du fait que je voulais avoir mon chest protector (Ndlr : une protection thoracique comme celles des riders) dans le clip. On a parlé du scénario plusieurs fois, mais c’est vraiment eux qui ont tout créé de A à Z. Je suis arrivée sur le clip, les mains dans les poches. Je ne l’ai même pas monté. J’ai assisté au montage, j’ai donné mon avis, mais je ne l’ai pas monté. Bref, je n’ai rien fait sur celui-là. C’était une autre démarche au final. C’était vraiment, vraiment génial. Jusqu’ici, j’avais toujours peur de collaborer, de peur que cela ne me plaise pas. Mais là je suis vraiment tombée sur des gens qui ont vraiment compris mes goûts. Du coup, je suis hyper contente du résultat. Et puis le tournage a été fantastique pour moi, il y avait 60 personnes. C’était un vrai tournage de clip presque, comme un film. Pour moi, c’était comme un stage de cinéma. C’était super intéressant au final. Mais ce sera le seul que je pourrai faire comme ça. Je ne pourrai pas en refaire d’autres comme « Flip the Switch ». Parce que ça coûte un bras, mais c’était chouette à faire une fois. Par contre, dans un budget d’auto prod ce n’est pas très raisonnable. Un clip à ce prix-là, voilà… En plus, on m’a dit, des gens novices, qu’on ne voit pas la différence. C’est un peu perturbant de se dire « Quoi ? Tu ne vois pas la différence entre mon Canon 60D et les images faites ? ». Au final, c’est comme en musique : on se rend compte que pour les gens, ce qui compte c’est plus ce que ça raconte, que la technique ou la qualité. Moi, je suis très contente de l’avoir fait en tout cas.

  • Le clip « Flip the Switch » me semble porter un message philosophique. Tu y vis un combat qui tourne en boucle façon « Un jour sans fin », où tu apprends à chaque fois un peu plus de tes erreurs. Ce clip a-t-il une résonance particulière pour toi, l’associes-tu à une expérience du réel ?

Moi, je n’ai jamais réfléchi en ces termes là avant de le tourner. On ne s’est pas pris la tête et on n’a pas cherché les significations. Autant quand j’ai monté « Closure », au fil du montage, je me suis rendu compte que c’était une allégorie de comment je fais les choses. C’est-à-dire que je suis toute seule, je veux que personne ne m’aide. Je creuse mon trou. Je suis très pugnace. J’y vais à fond. Je me donne du mal et au final ça me met dans des états où je suis au fond du trou, comme dans le clip. Parce que je suis fatiguée, découragée, à vouloir tout faire toute seule. Autant « Flip the Switch », on peut aussi y voir une image de pugnacité. Je me relève tout le temps quoiqu’il m’arrive. J’y retourne et effectivement je m’améliore. En vrai, moi je n’ai pas réfléchi à tout ça. Après coup je peux le dire, même si ça fait réchauffé, mais le fait est que ça me fait aussi penser à ma carrière. J’ai beau – enfin, j’ai l’impression – me prendre des tartes, je me relève, et comme une machine je me remets en route. Mais le clip n’a pas été fait dans ce sens-là. On n’a pas réfléchi à ça, on va dire. On peut y trouver un sens, mais c’est plus comme un jeu vidéo. Oui c’est ça, je voulais que ça soit façon jeu vidéo, mais ils ne voulaient pas être dans cette esthétique-là. Du coup, je voulais que ça soit une boucle avec un boss à tuer pour pouvoir appuyer sur le « Switch ». Après chacun y voit le sens qu’il veut.

  • Qu’est-ce qui a changé dans ton approche du travail de création entre le premier et ce nouvel album ?

Ce qui a les plus changé, c’est qu’à partir du moment où on m’a écouté, mon rapport à la création a complètement transformé, un peu en négatif. J’ai perdu en liberté. J’ai senti les avis et le regard des gens. Ça a beaucoup, beaucoup pesé sur ma créativité. Tout à coup, il faut que ça plaise alors qu’avant je ne me posais pas cette question-là. Au fil des disques, le fait de rentrer dans le music business, d’avoir un manager, un label, des interviews et un attaché de presse. Tout cela, ça m’a complètement détourné de la création. Ça m’a emmené vers « pour que ça marche, il faut faire si ou ça». Toute cette bouillie de conseils et de retour sur ma musique, ça m’a un peu brimé. Là je suis un peu en train de m’en départir. C’est pour ça que j’ai quitté tout mon entourage professionnel. Je ne pouvais plus voir la musique par cet axe-là en fait. Pour moi, ça n’avait plus de sens. Je ne voulais pas faire un truc pour que ça marche. Si je faisais quelque chose de populaire, je ne le renierais pas, mais ce n’est pas le cas en fait. Je n’ai pas envie de faire les efforts pour que ce soit le cas. Je ne veux pas faire de compromis artistique pour que ce soit le cas. Malgré tout, ça s’est assez immiscé en moi. Là où ça aurait pu durer trois minutes, ça n’en fait plus qu’une. Je ne sais jamais si c’est parce que j’ai appris à faire de la musique et que du coup c’est mieux construit ou si c’est parce que je veux que ça plaise un petit peu quand même. Sur mon premier disque, je me foutais de tout et je ne savais pas ce que je faisais, je faisais ce qui me venait, sans réfléchir. Au bout du compte, je trouve mes disques mieux construits qu’avant […] C’est sûrement une bonne chose.

  • Comment as-tu préparé le show de cet album ? As-tu préparé la transition du home studio à la scène d’une nouvelle manière ? Et appréhendes-tu la montée sur scène ?

On a déjà fait des concerts là. On a joué à Paris au mois de juin et samedi dernier on a joué à la fête du Cognac. On a remplacé Morcheeba au pied levé, deux ou trois heures avant le concert. On s’y est mis (la préparation du show) à partir du mois de mars. Là, c’est pareil, j’ai complètement réduit l’équipe. On n’est plus que deux. On l’a abordé un peu, même complètement, comme de la musique électronique. Maintenant, il y a un ordinateur sur scène. On s’est pas mal pris la tête pour savoir si je devais jouer du clavier, vu qu’il n’y a que du synthé et très peu de guitares. En fin de compte, je me suis rendu compte que si je devais garder un instrument sur scène, c’était plutôt la guitare. C’est beaucoup plus vivant qu’avec des synthés. Avec eux, on n’a pas de vélocité sous les doigts. N’importe qui peut le jouer. On n’aurait pas de sentiment avec le jeu de clavier. Du coup, on a mis beaucoup plus de guitares que sur le disque et le batteur s’est retrouvé à jouer du clavier et de la batterie en même temps. Et ça lui fait beaucoup plus de boulot. J’ai accepté qu’il y ait beaucoup plus de choix séquencés, mais en mettant l’accent sur le fait de jouer tout le temps. Je ne suis pas trop ordinateur sur scène. Je n’aime pas trop ça. À la base, on était quatre et on faisait beaucoup de boucles en temps réel. Là, ce n’était pas possible. Donc, bien qu’il y ait des séquences, on joue tout le temps et le plus possible. Oui, ça a été un vrai casse-tête, il faut le reconnaître. Quand on a fini le disque avec Norbert, on s’est dit « Comment on va jouer ça en live ? ». À quatre, ça fait trop de gens en même temps. Trop de gens qui n’avaient rien à jouer. À trois, ce n’était pas top au niveau de la formule. Du coup, on s’est dit « On essaye à deux ! et si tout le monde nous dit que c’est nul ou qu’on n’y arrive pas. On reverra les choses. ». C’est pour cela qu’il y a eu cette première phase de tournée, pour tester la formule duo. Et finalement les gens ont dit que ça marchait, qu’on ne sentait pas trop les bandes.  Ça suffisait à deux. Mais ça a été très compliqué de monter les morceaux. Il faut tout sampler car on n’a pas de vrais instruments sur scène. Il faut trouver dans les quinze parties à jouer ce qu’il est important de conserver et ce qu’on laisse tomber. Qu’est-ce que moi, je joue ? Qu’est-ce que fout le batteur ? C’est le live le plus dur que j’ai eu à monter. Mais le fait d’être que deux là-dessus et de vivre ensemble, ça favorise les répétitions.

  • L’industrie musicale semble connaître un petit renouveau avec le retour du vinyle et l’arrivée du streaming. Est-ce ce qui permet à des artistes indépendants comme toi de vivre plus honorablement de sa musique ?

Hum… non. Moi personnellement, je sais que le disque que j’ai le plus vendu c’est mon troisième album. Il n’y avait pas de plateforme streaming à l’époque. Pour être honnête, il n’y a jamais eu autant de musique qu’actuellement, et je me dis qu’ils n’ont peut-être pas besoin de moi. (rire) Il y en a assez comme ça. Le streaming, même si ça permet de faire écouter, ça tue complètement les revenus. En plus, ça propose tellement une profusion de projets que s’est compliqué de tirer son épingle du jeu. Quant aux vinyles, effectivement je pense peut-être vendre plus de vinyles que de CD, mais c’est contrebalancé ; je vends moins de CD. Je trouve que dans l’industrie du disque, c’est beaucoup plus compliqué que quand j’ai commencé.

  • Toi qui composes seule tes morceaux te sentirais-tu capable d’être une, parmi d’autres, musicienne d’un groupe ?

Oui, c’est quelque chose que j’ai pas mal fait. Notamment, j’étais musicienne une période pour John & Jehn. C’était le groupe de Camille Berthomier de Savages. Elle avait un groupe avec son copain. J’y étais bassiste, guitariste, claviériste. Aujourd’hui, je suis musicienne pour des projets comme Sarraco ou Roseland. Des groupes où je joue la partition. Je ne compose rien du tout. Pour moi, c’est vraiment des vacances. J’adore ça. J’ai moins peur de monter sur scène. Ça me fait jouer des parties que je n’aurai pas composées moi-même. Je développe mon jeu de guitare. C’est une position que j’adore. De ne pas tenir le show. De ne pas être frontman et être juste à côté. C’est quelque chose que j’adore faire.

  • Tu aimes bricoler à tes heures perdues. Tu as, par exemple pour « Victoire », fait main une édition collector pour tes fans. Qu’est-ce que t’apporte cette bulle manuelle ?

Alors ça, c’est surtout que j’ai beaucoup d’idées. Elles ne sont pas toutes bonnes, mais j’en ai plein. Et puis, comme j’ai toujours réfléchi à l’économie, je fais beaucoup, beaucoup de choses toute seules. Notamment parce que je n’ai pas le budget pour mes idées. Si j’avais dû les faire faire ces boîtes, j’aurais dû les vendre 100 euros l’unité. En fait, je dis ça parce que j’ai très peu de temps. Les boîtes, par exemple, je les faisais cet hiver, dans ma troisième journée entre 22h30 et 00h30, à peu près. Donc je n’ai pas vraiment besoin de cette bulle-là, mais si je veux aller au bout de mes idées, il faut que je le fasse moi-même. Après, ce n’est pas désagréable, mais quand je me dis que je vais faire des coffrets collector avec des circuits électroniques, et que je me trouve devant le carton avec les 250 boîtes (il y en avait 100 pour les médias et 150 pour le public), je me suis dit : « Qu’est-ce que tu as été faire comme connerie encore une fois ? Tu vas y passer toutes tes nuits ». Déjà que j’étais en train de finir de composer le disque et de le mixer, vu que je n’ai plus de manager et que je suis toute seule dans la maison de disque. J’ai beaucoup de travail. C’est chouette à faire, mais si je n’avais que ça à faire ! Je suis très manuelle et j’adore proposer des objets. Si je pouvais, je ne ferais que ça, des objets originaux fabriqués main. C’est pour ça aussi que je fais mes clips toute seule et tout le reste… c’est valorisant.

  • Si tu devais nous donner le nom d’un album qui t’a particulièrement influencé, marqué ces dernières années… ?

[…] Après mûre réflexion, Maud-Elisa nous a proposé « The Age of Adz » de Sufjan Stevens qu’elle a écouté quotidiennement pendant une bonne année.


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Parce que notoriété ne rime pas forcément avec qualité. J’aime particulièrement découvrir l’humain derrière la musique.

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