[EP] Noke – Fields

La musique électronique est décidément un univers aussi vaste qu’indéfini. Le producteur français Noke arrive sur la pointe des pieds avec son EP « Fields », pour mieux nous emporter dans les méandres d’une house minimale, joueuse et musicale. Ni vraiment dancefloor et pas seulement chill-out, les cinq paysages sonores composant ce subtil court-format façonnent les contours d’une cinématique electronica envoûtante, douée d’une élégante finesse. Entre douceur extatique et mystique rétro futuriste ; embarquement immédiat vers un ailleurs sensible, qui en dit déjà long sur la culture musicale et le potentiel de Noke.

Dans sa biographie, notre homme évoque l’influence paternelle sur sa propre culture musicale à travers une collection de vinyles que nous aurions nous aussi aimé parcourir ! Le Padre a bon goût, semble-t-il ! Forcément, même si la musique du Bordelais est foncièrement inscrite dans son époque et dans le présent, elle évoque une vision créative, portée sur le son et la nuance, telle que peut la défendre depuis des années, un label aussi majeur que Warp.

Sobrement agencé par strates successives, chaque morceau prend le temps de s’installer, pour mieux dérouler son processus narratif. Animé par d’imposantes voix numériques déshumanisées, « La Vierge » joue avec nos émotions et notre perception. Apparaître et disparaître, telle est la question ! Lorsqu’il ne reste plus rien, ou presque, à savoir le squelette d’une rythmique réduite à sa plus simple expression, un monde semble s’écrouler sous nos pieds, et pourtant au loin, une lumière est toujours là, irradiante et porteuse de la vie. Aussi simple que réussi, ce morceau peut rapidement virer à l’obsession. Il s’efface néanmoins au profit de « Lumière Solaire », qui ouvre sur une introduction en forme de clin d’œil au field recording. Un véritable tapis de sens, sur lequel se lance un beat élastique et cotonneux, développant une myriade de cycles infinis, que viennent survoler de délicates notes de synthés. La dynamique se joue de la répétition, en organisant des rappels mélodiques aléatoires qui perturbent nos repères pour mieux créer le sentiment de transe. Perdus dans les nappes, nous ne savons plus très bien où nous en sommes, et depuis combien de temps, le poison agit.

Invariablement, Noke s’inscrit dans la lignée des esthètes sonores qui s’échappent aisément des carcans de la techno et de l’électro pour mieux dessiner les contours d’une musique libre et exigeante et, parmi eux, les imposants Nicolas Jaar, Four Tet et Floating Points. Ainsi loin d’être purement synthétique, la musique de « Fields » révèle une âme organique, qui la rend tendrement vivante, et quelque part différente. Ici et là, la propre voix de Noke et son propre souffle créent de l’illusion et s’insèrent en arrière-plan, pour des touches légères qui questionnent autant qu’elles subjuguent. « Victoire » et « Elevation » sonnent quant à eux, peut-être de façon un peu plus classique, mais suggère un potentiel dévastateur dans l’exercice du live. Déjà repéré sur la compilation « Banzai Lab #9 », l’éponyme « Fields » conclut avec autorité les débats, en ouvrant des espaces vertigineux, qui ravivent nos souvenirs d’adolescent devant Le Cinquième Élément, Total Recall, ou encore Blade Runner.

crédit : Christopher Johnson

Musicalement, c’est un peu une surprise que de retrouver cet EP sur Banzaï Lab. Largement concentré sur le dub, l’electroswing, le hip-hop remuant et tous les dérivés d’un beatmaking viscéralement breaké, le label bordelais joue ici la carte de la proximité, mais affine certainement, la volonté affichée depuis quelque temps, d’explorer de nouveaux versants de la musique électronique (avec notamment Straybird et CloZee). Et quelle plus belle récompense pour cette ouverture d’esprit que ce « Fields » aussi réussi que prometteur de Noke qui évolue vers une musique de plus en plus personnelle !

« Fields» de Noke est disponible depuis le 2 mars 2018 chez Banzaï Lab.


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La musique comme le moteur de son imaginaire, qu’elle soit maladroite ou parfaite mais surtout libre et indépendante.

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