[Flash #16] Ulster Page, Submarine FM, Akira The Don, Holy Oysters et Lali Puna

Entre rock incisif et mordant, électro déliquescente et subtile, découvertes imprévisibles et audacieuses et un grand retour beaucoup plus surprenant et passionnant que prévu, ce nouveau Flash vous invite à vous plonger dans cinq disques qui font le bonheur de nos heures d’écoutes et de révélations. En route pour une expédition à la fois mouvementée et réconfortante !

[LP] Ulster Page – Memory

25 août 2017 (South Line Records / L’Autre Distribution)

Il est toujours difficile d’appréhender un projet rock hexagonal, surtout quand celui-ci oriente ses objectifs vers des consonances metal plus vives et tonitruantes. C’est donc avec intérêt d’abord, puis une bonne dose d’adrénaline au fur et à mesure de la découverte, que l’on se jette à corps perdu dans ce « Memory » d’anthologie composé par les Français de Ulster Page, en comprenant rapidement que l’on n’est pas face à une simple copie de recettes US fonctionnant au fric et à la tendance. Non, au contraire, tout ici respire autant la passion que l’ambition, foudroie sur place même les plus réfractaires (imparable « Straight In The Eye ») et achève de nous faire comprendre, en dix titres, que l’avenir du rock se joue devant nous. Que le groupe balance des doses d’électricité pure et foudroyante (« In The Explosion ») ou ralentisse le tempo afin de mieux canaliser ses ardeurs impatientes (« Right As Violence » ou le funk décalé de « The End of the Line »), l’inédit et l’inspiration paraissent inépuisables tout au long de cette aventure au potentiel dépassant toutes les espérances. Un disque exemplaire à tous points de vue, sans clichés ni opportunisme, qui donne envie de frapper des poings contre les murs et de faire saigner nos phalanges pour mieux en ressentir la fougue inhérente et inépuisable.


[EP] Submarine FM – Seeing

1er septembre 2017 (Exploration Music)

Déjà un sixième EP pour le compositeur lyonnais Submarine FM ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le musicien ne cherche pas la facilité, à travers des compositions électroniques et d’inspiration dub (tout en dépassant allègrement cette définition trop réductrice) à la fois enfantines et complexes, charriant des atmosphères aussi rassurantes qu’inquiétantes. Travaillant la mélodie jusqu’à la corrompre, grâce notamment à des rythmes décalés et progressifs, le compositeur semble prendre ses pistes à bras le corps pour y puiser la sève de structures aux formes multiples (« Elements Scream »), aux pulsations sèches et rugueuses sentant bon l’analogique et l’expérimental (« Vrm ») avant d’emprunter le chemin d’une transe obsessionnelle et virale (« Seeing »). Rien n’est jamais acquis d’avance tout au long de ces quatre créatures mélodiques inédites, tourmentant nos âmes et répandant son poison vicieux et hallucinogène dans nos veines qui, elles, font battre le cœur certes plus lentement, mais avec une énergie apaisante et délicieuse (« GndR »). Une œuvre à part, étrange dans son ensemble mais pourtant terriblement accrocheuse et fine.


[LP] Akira The Don – Goldtron II

24 août 2017 (Living In The Future)

Ne pas se fier aux apparences, malgré la gentille musique électronique que suggère « Golry & Triumph », le premier titre du nouvel album du Californien Akira The Don. Chez lui, la recherche musicale est ailleurs, à l’instar de ces artistes se servant d’une base mélodique pour lui faire traverser tous les tumultes possibles en l’espace de quatre ou cinq minutes. Ce qui pourrait avant tout apparaître comme un disque constitué d’hymnes fédérateurs est en fait bien plus que ça ; « Infinity Island » se déroule comme un rêve éveillé, à l’opposé de son prédécesseur, tandis que les samples forment des arabesques délicieuses et sensuelles. Plus loin, « L O O K a W a Y » se fait tendre et chamanique, développant en son sein des idées d’échantillons passionnants et sur le fil. Alternant les ambiances avec une facilité déconcertante, Akira The Don s’épanouit aussi bien dans le minimalisme le plus intime (« Edgelords of Groupthink ») quand dans des voyages sombres et ténébreux (la profondeur innée de « Sirens of Iapetus » est, à ce titre, exemplaire, de même que la mélancolie latente de « Black Mass »). Un opus soigné, ne cherchant jamais à dépasser ses propres limites tout en ouvrant Akira The Don vers de nouveaux territoires vierges qu’il nous tarde de le voir explorer afin d’y semer les graines de son imagination fertile et débordante.


[EP] Holy Oysters – Egonomy

8 septembre 2017 (Distiller Records)

Né de moments éprouvants et de ruptures, le nouvel EP des Parisiens de Holy Oysters se veut à la fois extatique et thérapeutique ; comme si la résignation n’était pas de mise dans les instants les plus durs. Et de rédemption, il en est question tout au lond de « Egonomy », disque flirtant avec une électro d’une douceur pop peu commune et immédiatement accrocheuse, laissant même entrevoir de nombreux éclats à travers les lourds nuages de l’expérience humaine. « Just So You Know » invite à se laisser porter par un rythme implacable et suave, alors que « Lure » et « Fumes » contemplent les cendres du passé sans pour autant les fouiller afin d’en récolter des souvenirs finalement inutiles. Un nouvel élan, trouvant sa personnification la plus parfaite dans des mouvements entraînants et énergiques comme le formidable « Fire Dancing » ou l’hypnotique et séducteur « Methylene Blues ». Si les histoires d’amour finissent mal en général, autant admettre que ce qu’elles inspirent à Holy Oysters relève du miracle, tant « Egonomy » fourmille de détails aussi bien personnels que résonnant dans nos propres difficultés relationnelles. Une catharsis en douceur, d’une beauté subjuguante et confiante.


[LP] Lali Puna – Two Windows

8 septembre 2017 (Morr Music)

Beaucoup de temps a passé depuis le dernier opus de Lali Puna, paru il y a maintenant sept ans. Une attente difficile, voire éprouvante, pour tous les fans du projet allemand ; et autant immédiatement l’admettre, « Two Windows » en déroutera plus d’un, et c’est tant mieux ! En effet, le groupe, toujours porté par Valerie Trebeljahr, a mis de côté l’immédiateté de ses compositions précédentes pour laisser errer, dans les limbes de son esprit, une sagesse qui résonne tout au long de ce disque subliminal et audacieux. « Deep Dream » est un appel à l’amour porté par des effets électroniques discrets mais essentiels, très nombreux tout au long de ces onze titres d’une délicatesse rare et lumineuse. En se plongeant dans une écriture sobre et directe, Lali Puna s’accorde des instants plus chorégraphiés (« The Frame », en duo avec Dntel) ou d’une sensibilité subtile et mélancolique (le magnifique « Her Daily Black »). Un retour marqué par une appréhension totale inédite d’un art pourtant connu et parfaitement interprété, mais trouvant ici un supplément d’âme qui en fait, immédiatement, l’un des albums les plus attachants de cette fin d’année.

En quête constante de découvertes, de surprises et d’artistes passionnés et passionnants.

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