[LP] The Marshals – Les Courriers Session

Depuis 2010, et un premier album bouillonnant à la saveur très live, le groupe français The Marshals poursuit sans faillir une quête musicale aussi singulière que jouissive, une quête presque amoureuse et simplement modeste. En effet, The Marshals n’a pas attendu que les fameux « Lonely Boys » désormais multimillionnaires, remportent un succès planétaire pour déclarer leur amour au blues originel. Car c’est un fait, notre trio du jour n’a (lui) jamais cédé à la tentation de la pop et du rhythm’n’blues, en restant fidèle à sa ligne de conduite. Leur quatrième effort, « Les Courriers Session » en est l’exemple parfait tant nos amis assument la modernité d’une musique, pourtant née à la fin du 19ème dans le sud des États-Unis. Voilà donc un combo qui sait d’où il vient, et ses clins d’œil réguliers au panthéon de la musique du diable, comme ici avec des reprises de Johnny Cash et de Howlin’Wolf, le démontrent avec force et conviction.

the marshals les courriers session pochette hd

Il est toujours aussi bluffant de voir comment un groupe, né pas très loin de Moulins, au centre de la France, nourrit avec autant de bonheur son imaginaire auprès de la mélancolie lumineuse du blues, le tout à des milliers de kilomètres du fameux Delta. Vous allez nous répondre, pas de quoi en faire un fromage ! Peut-être ? Sauf que The Marshals fait sans le savoir jeu égal avec des références américaines, comme 20 Miles (avec Judah Bauer de Jon Spencer Blues Explosion) ou encore les Soledad Brothers. Sur ce nouveau disque, The Marshals se rapproche même, des légendaires papys du blues US, que le label Fat Possum avait sorti de la retraite, comme T-Model Ford ou Junior Kimbrough (label où d’ailleurs, The Black Keys ont délivré quelques-uns de leurs meilleurs disques soit dit en passant).

Crédit : Sophie Hervet
Crédit : Sophie Hervet

Prenons au hasard, « Good Old Days ». La batterie ouvre le bal. La guitare et l’harmonica entrent en scène et se complètent en vieux complices de toujours. Le décor est planté, la voix n’a plus qu’à se laisser porter, rocailleuse et habitée. Rien de vraiment nouveau là-dedans, mais le travail de sape est en action, quelques riffs et gimmicks plus tard, le morceau est imprimé dans notre cerveau : on en redemande, on est accro, l’affaire a été pliée en seulement 8 minutes. L’album s’était d’ailleurs ouvert, doit-on le rappeler, sur le tubesque « I Gave my Wallet to the Poor », qui tourne depuis quelques temps sur la toile, morceau faussement sage, qui se termine dans un joyeux bordel organisé.

The Marshals puise dans la rugosité et la vérité du blues, ce pouvoir libérateur, cette énergie animale et primaire, qui permettent d’échapper au quotidien et de transcender avec humilité des émotions simples, profondes et humaines. Intelligemment, le tracklisting s’articule ainsi autour du lancinant « Lullaby », véritable pivot du disque et ballade à fleur de peau, qui annonce le retour de l’orage tout en permettant au disque de reprendre son souffle. « Les Courriers Session » est ainsi une œuvre qui prend son temps, qui installe des climats et ouvre en permanence des espaces de jeux entre Laurent, Thomas et Julien. De toute la discographie du groupe, il est certainement le plus homogène, tant le soin particulier accordé lors des étapes de son enregistrement transpire dans chaque note, dans chaque accord, et plus généralement dans le mix des instruments. Autant avouer que depuis leurs débuts, ces fameuses sessions, bien loin de n’avoir été que de simples récréations ont façonné le son du groupe, car c’est une évidence The Marshals maîtrise aujourd’hui comme jamais son identité sonore. Il n’est ainsi pas donné à tout le monde de pouvoir enregistrer sans crainte comme à la maison. Pour l’anecdote, ce disque est nommé parce qu’il a été enregistré au milieu de nulle-part, au lieu dit « Les Courriers ».

Résultat, The Marshals aligne l’air de rien une sacré collection de titres : 9 brûlots tout aussi jouissifs les uns que les autres, certes pour certains plus immédiats (« Long Night ») quand d’autres seraient plus longs en bouche (« Keep My Gold »). Le trio a même saisi l’occasion de se transformer en quatuor en invitant l’un des tauliers du label Freemount Records, Mike à balancer du clap et du tambourin. Ainsi au delà de la musique, écouter « Les Courriers Session », c’est aussi s’imprégner d’un esprit, que certains qualifieront trop facilement de nostalgique mais auquel nous préférons les termes plus familier : « à l’ancienne ». Pour Indiemusic, voilà donc une nouvelle et délicieuse occasion de célébrer la musique artisanale au sens noble du terme, qui n’oublie surtout pas d’être ambitieuse, mais qui sait avant toute chose pourquoi elle est là. Loin de n’être qu’un détail, la conclusion se joue sur une très belle interprétation de « Rockin Daddy » du grand Howlin’Wolf, dans une version à l’humeur électrique très « Chicago ». Une belle façon de conclure ce superbe LP, que nous ne sommes pas prêts d’oublier.

Crédit: Sophie Hervet.
Crédit: Sophie Hervet.

« Les Courriers Session » de The Marshals est disponible depuis le 4 novembre 2016 chez Freemount Records / Differ-Ant.


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