[Interview] Monolog

Toujours hyperactif et soucieux de diversifier aussi bien ses exigences que ses productions, Pierre Maury continue à explorer tous les formats et les genres qui lui sont offerts, ainsi que ceux qu’il provoque par lui-même afin de parfaire ses compositions et expérimentations. En parallèle à la promotion de l’album « Hasta La Evolucion » de son projet Monolog, il revient avec nous sur son passé musical, ses performances actuelles et l’avenir de ses créations. Et il faut bien admettre qu’on se demande si l’homme dort parfois, tant il apparaît sur tous les fronts, sans lassitude, mais toujours avec une réelle passion et un engagement sans faille dans le domaine artistique.

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  • Pourquoi as-tu décidé de mettre fin à l’aventure Rain ?

Lorsque j’ai sorti l’album « Tea Time Parachute » en hommage à mon père décédé quelques mois plus tôt, j’ai eu le sentiment d’être arrivé au bout d’un cycle. En plus, je n’étais pas très satisfait du projet live The R.A.I.N Project. Je me suis dit qu’il serait bon de repartir avec un nouvel objectif musical solo qui remplacerait Rain.
Bien sûr, j’avais déjà d’autres projets parallèles, mais j’avais aussi cette envie de m’orienter vers un format musical plus new wave, cold wave, post punk. J’ai même failli retravailler avec un ami de Rouen sur un duo qui devait s’appelait « That Silent Ghost Orchestra ». Finalement ce fut Monolog en solo.

  • Comment as-tu rencontré les membres de Press Gang Metropol ?

J’ai rencontré Sébastien Pietrapianna, ex-chanteur de Corpus Delicti et chanteur de Press Gang Metropol, le premier mois où je suis venu m’installer à Nice à l’occasion de la sortie de « Artstress », le premier album de Rain. Lui avait déjà sorti le premier Kuta. Par la suite, lorsque j’ai eu l’occasion de participer au troisième album de Kuta, nous avons entamé une relation d’amitié. Plus tard, en déjeunant un midi, il m’a expliqué que son groupe actuel Press Gang Metropol recherchait un musicien pour la scène. Quelqu’un qui pourrait à la fois assurer des parties de claviers et des guitares. L’expérience m’a tenté. C’est là que j’ai rencontré les autres membres du groupe dont le bassiste Christophe Baudrion qui est maintenant présent dans le Monolog Live Project, et un peu plus tard les deux Laurent responsables du label D-monic qui a sorti « Hasta La Evolucion » en licence.

  • Tu dis toi-même que tu préfères la musique sous forme de disque plutôt qu’en live ; ta vision des choses a-t-elle changé après avoir tourné avec eux ?

Je garde un très bon souvenir des concerts avec Press Gang Metropol. Je me suis régalé. Sans doute le fait de pouvoir être en retrait par rapport au rôle de chanteur que j’ai l’habitude de tenir. Du coup, je n’ai eu sur scène que des bons moments. Par contre, cela n’a pas altéré mon point de vue. Les musiques actuelles, c’est sur disque ! C’est d’ailleurs cette spécificité qui les distingue des autres musiques. Attention, je ne dis pas que je n’aime pas faire des concerts et partager avec le public ; je dis que ce n’est pas ce qui est primordial. Je pense même que c’est l’industrie du disque qui nous a survendu le truc. Quand tu vois le prix des places maintenant… C’est du grand n’importe quoi !

  • Pourquoi préfères-tu le format album plutôt que la scène ?

Aujourd’hui, la plupart des musiciens indés sont leur propre producteur. Avec le progrès technologique, l’aspect traitement des sons est devenu abordable et même obligatoire pour essayer d’avoir une certaine identité originale. C’est possible sur disque, mais sur scène, tant que tu n’as pas accès à de bons endroits où jouer, tu te produis souvent avec un son approximatif et cela ne sert pas forcément tous les styles musicaux. Mon point de vue est aussi fondé sur mon expérience personnelle en tant que public. Les moments où j’ai ressenti des extases musicales sont liés à l’écoute de disques. Tu as juste la musique et la pochette de l’album pour esquisser un univers. À toi d’imaginer et de fantasmer le reste. C’est la quintessence ; le reste, ça a été d’abord du show, puis du show-business et maintenant, c’est du business ! (rires) Quand tu écoutes un album, tu es happé dans l’univers de l’artiste. Quand tu es en concert, c’est l’artiste qui vient à toi. De plus, alors que nous vivons dans une société de la dictature de l’image, la musique est comme relayée au second plan. Le live, c’est presque plus du théâtre que de la musique à proprement parler.

  • Comment en es-tu venu à Monolog ? Peux-tu nous présenter ce projet et nous expliquer son nom ?

Avec Monolog, j’ai eu envie de replonger dans mes racines. Toute la new wave que j’écoutais dans les années 80. C’est une musique qui m’a énormément marqué, d’ailleurs même dans Rain on peut la retrouver par petites touches. Je voulais aussi, avec Monolog, revenir à quelque chose de plus direct. Avec Rain, j’ai pas mal donné dans les albums concept. Là, j’ai voulu aller à l’essentiel.
Le nom m’est venu lors d’un trajet en bus. Ça m’a semblé coller tout de suite. Le chant anglais, le projet solo, le côté un peu dark. Avec le recul, je dirais que Monolog s’inscrit dans la continuité de Rain avec quelque chose de plus minimaliste dans la démarche, même si certains titres sont encore assez chargés musicalement. Cela reste du songwriting car je crois que c’est ce qui me correspond le mieux. On pourrait qualifier ça de « songwriting stylisé ». Pour la forme, Monolog est un groupe électronique (mon instrument principal étant l’ordinateur) qui emprunte au rock ses guitares afin de tenter une sorte d’hybridation.

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  • Sur « Hasta La Evolucion », le mixage et les arrangements semblent plus épurés que sur tes productions précédentes, plus bruts. Était-ce un choix délibéré ? Pourquoi ?

Oui, c’est un choix que j’ai fait avec le recul. Ma ligne a été de me dire que si un élément n’était pas vraiment important, il devait passer directement dans la case « inutile ». Cela colle avec le genre. Les batteries et boîtes à rythmes sont très minimalistes. Chacun des autres instruments tient une ligne et évite scrupuleusement les ornementations qui ne sont pas nécessaires. À mon avis, ce sont tous ces petits détails qui, mis bout à bout, engendrent quelque chose de touchant et qui fonctionnent bien pour esquisser l’univers de Monolog.

  • Le clip qui accompagne le titre « Novo Vision » est lui aussi très sobre : un tunnel, un éclairage faible et cette danseuse en transe pendant que tu joues. Peux-tu nous parler de la genèse de cette vidéo et de celle qui t’accompagne à l’écran ?

Lorsque l’on a du faire le clip de promo du single, je n’avais pas trop de temps pour réagir. J’avais fait la connaissance des trois réalisateurs de In Motion dont j’avais apprécié le travail sur d’autres réalisations de clips. D’ailleurs, l’un d’eux, Greg Ettori, est maintenant guitariste dans le projet live.
J’ai eu l’idée de ce pont éclairé en bleu la nuit qui instaure de façon assez esthétique l’aspect cold de Monolog. L’idée de tenir les différents instruments allait de pair avec la présentation du projet solo. Quelques semaines avant, j’avais rencontré la danseuse-chorégraphe Yoo-Mi Marais et nous avions sympathisé. Comme je savais qu’elle aimait bien la musique de Monolog, je lui ai proposé de venir danser pour le clip. Elle a été super et m’a dit oui tout de suite. Ensuite, les réalisateurs ont fait du très bon travail aussi bien dans la prise de vue que dans le montage. Au final, avec peu de choses, le clip tient la route.

  • Comment envisages-tu les concerts avec Monolog ?

Nous avons commencé à nous produire dans de petits lieux avec une set list assez courte (11 titres). Nous allons rajouter quelques morceaux et essayer d’avoir accès à des lieux plus importants pour aller faire vivre la musique de Monolog sur scène. Les concerts doivent être comme une porte d’entrée dans l’univers de Monolog et susciter l’envie pour le public d’aller plus loin dans cette rencontre à travers les enregistrements.

  • Comment se passe le travail en groupe, pour le live ? As-tu des exigences particulières ?

Au départ, je n’avais pas imaginé faire du live avec Monolog et puis les choses sont venues naturellement. D’abord, Christophe Baudrion, le bassiste de Press Gang Metropol, s’est proposé au cas où je monterais un truc en live. Ensuite, Gregory Ettori m’a fait savoir qu’il serait partant pour tenir le rôle de guitariste. Je connaissais Christophe Massa avec qui je joue déjà dans un autre projet plus atmosphérique. J’ai rencontré Sarah Procissi par l’intermédiaire de l’école de musique dans laquelle je travaillais et que fréquenta également Christophe Massa. Nous avions fait connaissance humainement et musicalement pendant deux ans ? Cela m’a paru comme une évidence de lui proposer de tenir les claviers du Monolog Live Project. En plus, je trouve cela très intéressant en terme de dynamique d’intégrer une femme dans l’équipe.

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  • Où en es-tu de tous tes projets parallèles ?

Disons que plusieurs choses sont en chantier ! (sourire) Commençons par les projets solo ! Avec Scaphandre, mon projet ambient, je travaille sur un nouveau cycle conceptuel qui comprendra cinq albums et se nomme « The Colony ». Beaucoup de morceaux sont déjà enregistrés, mais j’ai un gros travail de tri et de mixage qui m’attend. Je pense que je le sortirai quand tout le cycle sera complet. Les pochettes sont déjà prêtes, c’est bon signe.
Avec S.I.G.N (Secret Investigations in the Garden Noise), un projet plus expérimental qui lorgne du côté des Residents et de Legendary Pink Dots, je viens de finir le troisième album de la trilogie « Taking Spider By Trilogy » qui s’intitule « From Nowhere to Everyone ». Là encore, je dois peaufiner les mixs.
Enfin, avec le groupe de rock atmosphérique Psychonautics, nous remanions certains de nos morceaux avant de reprendre la route du live. Peut-être sortirons-nous un second maxi prochainement.
J’aimerais beaucoup également réactiver le collectif The Don’t Society Drone Theater, auquel tu as d’ailleurs participé, pour ressortir de nouveaux morceaux.

  • J’y ai récemment repensé en effet donc, quand tu veux ! Quels sont tes projets en cours ou à venir ?

J’ai composé pas mal de nouveaux titres pour Monolog. Une petite vingtaine. Je vais faire un tri et certainement commencer par sortir un premier EP digital : « Under Influence ». Ensuite, je verrai comment avance le projet live et les opportunités que nous aurons pour tourner. J’enchaînerai vraisemblablement avec la sortie du second album. Je voudrais le sortir en vinyl mais c’est plus compliqué économiquement parlant. À moins que je ne ressorte un second EP. J’aime bien ce format ! J’ai également quelques ébauches de titres pour un projet d’album de Monolog à sortir en format cassette uniquement : « Breakfast for Eva ». Enfin je verrai, l’essentiel est de prendre son temps !


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Raphael

En quête constante de découvertes, de surprises et d’artistes passionnés et passionnants.

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