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[LP] Raymonde Howard – S.W.E.A.T.

Sec et aride, le nouvel album de Raymonde Howard se veut aussi prompt et perçant qu’une morsure de serpent dont le venin se répand inexorablement dans nos veines, nous plongeant dans une transe alliant la nudité du corps à la chaleur des déserts les plus solitaires. Une œuvre charnelle, hurlant sous les faux apparats d’une douceur prête à exploser.

Finalement, seule une substance chimique sépare le Docteur Jekyll de Mister Hyde ; quelques gouttes d’une solution dont la formule demeure secrète, mais transforme l’ange en démon, opposant tout et son contraire, bien et mal, inhibition et exaltation. Il en est de même pour la Stéphanoise Laetitia Fournier, dont le négatif – du moins en apparence – Raymonde Howard apparaît comme l’illustration sonore et matérielle de troubles et de questionnements permanents, interrogeant l’artiste sur sa propre condition et ses limites intérieures. Celles-là mêmes auxquelles elle offre une existence, une texture à la fois râpeuse et fascinante, à travers « S.W.E.A.T. », album certes court (onze titres pour un peu plus de vingt minutes) mais faisant trembler nos certitudes et ébranlant nos défenses grâce à un rock corrosif et mélodique alliant à la perfection douceur tentatrice et exultation imminente.

« Release the Evil » se fait délicatement confidentiel, suivi d’un obsédant et hypnotique « Penekini Kill », introductions intemporelles aux nombreux changements de cap qui vont rapidement se succéder, le tout dans un dépouillement instrumental franc du collier et radical. « Angry Ballerina » laisse résonner, en écho, un refrain possédé et transcendant quand, plus loin, « Terrortits » se fait aussi ironique que revendicatif d’une condition féminine qui n’appartient pas à la société dans laquelle Raymonde Howard refuse, volontairement, d’évoluer. Les fulgurances presque psychédéliques de « No Waves, No Bricks, No Walls, No Pass-Arounds » achèvent de nous plonger dans les eaux froides d’une instrumentation se délitant sous nos yeux et dans nos esprits, tandis que « Harsh Love » est autant la complainte d’une créature abandonnée, seule, sur le bord de la route, que l’appel désespéré d’une femme prête à tout pour désirer, séduire et enlacer, comme elle le prouve plus loin sur le sensuel « Hands Shine with Stains ». Tout au long de ses pérégrinations, Raymonde Howard aborde aussi bien les ébats sexuels (comme le prouve le texte en français du final « Punktuality », jeu de mots admirablement bien trouvé) que les excès dans lesquels chacun peut tomber sans prévenir, se faisant aussi prévenante qu’attirante, Méduse au regard de laquelle on ne peut résister.

« S.W.E.A.T. » ne laisse aucune place au hasard ou à l’inutile, ornant son propos à l’esprit rebelle et volontaire d’une poésie sous-jacente qui achève de révéler la particularité exceptionnelle de Raymonde Howard. Tant et si bien que la complexité de ces instantanés brefs et jouissifs devient évidente ; rien ne sert de surenchérir quand le cri et les mots résonnent dès la première écoute, seconde après seconde, sans jamais nous laisser respirer mais en nous prenant dans ses filets. Toute résistance est inutile ; l’opus qui nous est ici offert vaut bien plus qu’un long et rébarbatif discours révolutionnaire et émancipé, en quelques notes et mélodies piquantes et vénéneuses, addictives et inédites.

« S.W.E.A.T. » de Raymonde Howard est disponible depuis le 9 juin 2017 chez We Are Unique ! Records / Specific Recordings.

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