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[Flash #11] Mykele Deville, Psychedelic Porn Crumpets, Homeboy Sandman, Ari Hest et Insight The Truncator & Damu The Fudgemunk

Un flash #11 entre USA et Australie et faisant honneur au rap, qui prouve son éternelle vivacité avec les LPs de Mykele Deville, Homeboy Sandman et Insight the Truncator & Damu the Fudgemunk aux tons résolument différents. Loin des beats et des samples, nous chercherons et trouverons l’apaisement à l’écoute du somptueux folk de Ari Hest ou bien la folie furieuse avec les Psychedelic Porn Crumpets, qui brouillent bruyamment les pistes toutes guitares dehors.

[LP] Mykele Deville – Peace, Fam

6 avril 2017 (autoproduction)

par Olivier Roussel

Sans sommation, la sonnerie d’un réveil nous étrille les tympans et s’en suit la torpeur d’un saxophone comme l’illustration des matins où le sommeil se dissipe (trop) lentement… Le flow véloce et cool de Mykele Deville se mêle alors subitement aux volutes jazz et la séduction est immédiate. Si les héros du rap, tous genres confondus, doivent leur notoriété à leur scansion aussitôt identifiable, on peut parier sans crainte que ce poète-rappeur de Chicago saura trouver aisément sa place au panthéon du hip-hop. Appel à la révolte pacifique dans la lignée des défenseurs des droits civiques, le titre éponyme se colore de touches électro et gagne en puissance à l’aide de chœurs venant tout droit de la rue pour hurler contre les violences de toutes sortes.

Sans transitions, les titres se succèdent et tous tapent dans le mille à l’image de « Oddity » durant lequel Mykele Deville pique nonchalamment un sprint comme insouciant de l’effet procuré à l’auditeur abasourdi. Hybrides, les instrus flottent, non sans percuter, entre jazz cool (paré pour séduire la choriste sur « Shea Butta ») et électro déglinguée déjà aperçue au bras de nombreux acolytes, qu’ils représentent la East Coast ou bien la West Coast. Enregistré en une semaine avec une poignée de producteurs derrière la console, « Peace, Fam » surprend par son immédiateté et sa grande classe. Alors que de nombreux albums ont pêché par trop d’emphase et raté de peu le statut de chef d’œuvre, « Peace, Fam » est haletant de la première à la dernière piste. Reconnaissons à Mykele Deville d’aller à l’essentiel avec humour et de surprendre avec un rap engagé et poétique que l’on croyait loin derrière nous.

[LP] Psychedelic Porn Crumpets – High Visceral {Part 2}

14 avril 2017 (Rhubarb Records)

par Olivier Roussel

Le deuxième album des Psychedelic Porn Crumpets déboule comme une furie depuis Perth d’où est originaire le quartet. Absolument paradoxal et donc forcément ahurissant, « High Visceral {Part 2} » bouscule le psychédélisme redevenu hype à grands coups d’accords de guitare brutaux et d’une batterie folle atteignant les 40 000 tours/minutes. Dingue et malin, le quatuor se fout royalement de piocher dans les vieilles caisses du rock des 60’s et 70’s et crache à la gueule des malhonnêtes qui le taxerait de nostalgique. Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse et le rock n’a pas d’âge quand il se comporte comme un sale gosse.

Pas de place pour l’ennui même lorsque le tempo ralentit pour flirter même avec le jazz-rock, pauvre hère détesté à juste titre que le groupe réconforte avant de retourner hilare à ses farces rappelant les Kinks sur « Dependent on Mary ». Les guitares sont grasses et les dix titres suscitent toujours la surprise en sortant de doubles-fonds des cavalcades foutraques ou bien totalement planantes que les musiciens ont bien de la peine à planquer à nouveau, ce qui n’est pas pour gâcher notre plaisir hirsute. Fort de tubes absolument imparables (« Buzz », « Ergophobia »), « High Visceral {Part 2} » est totalement singulier et sa débauche folle d’énergie le propulse parmi les meilleurs albums rock entendus depuis des lustres.

[LP] Homeboy Sandman – Veins

31 mars 2017 (Stones Throw)

par Olivier Roussel

Homeboy Sandman délivre son flow tantôt tranquille, tantôt pressé sur des nappes de cordes ou autres guitares wah-wah rappelant l’âge d’or de la musique black américaine lorsque la bravache Stax narguait la lisse Motown. Instrus basiques mais non banales qui servent un propos ferme à la limite du slam mais dont la musicalité évidente permet d’éviter l’écueil de ce genre qui a fait long feu. Les titres sont courts et auraient peut-être gagné à s’étoffer de breaks mais qu’importe, le rap qui nous est offert là n’est en rien minimaliste et apporte son lot de vibrations salutaires.

« Lemon Ginger Tea » apporte une belle respiration à l’ensemble. Pour une fois, Homeboy Sandman se donne le temps d’amorcer son discours. Accompagné d’un clavier solaire et d’une basse en retenue, il scande avec la même douceur ferme. À mille lieues d’un rap prédominant déconcertant par ses excès et ses battles d’egos boursouflés, « Veins » surprend à la première écoute par son économie de moyens comme un manifeste pour un retour à un rap au plus près de l’os. Rassérénez vos oreilles abimées par des années de rap game stérile, écoutez Homeboy Sandman !

[LP] Ari Hest – Natural

17 mars 2017 (Project 4 Records)

par Olivier Roussel

Il peut encore nous arriver de découvrir des albums dont la première écoute fait lieu d’envoûtement. « Natural » d’Ari Hest fait immanquablement partie de ceux-là. On ne manquera pas de mettre le disque sur la platine pour célébrer la joie d’une après-midi radieuse au soleil ou se réconforter à l’abri de la pluie un soir d’hiver. Neuvième album du natif du New Jersey, « Natural » dévoile le sourire aux lèvres et avec délicatesse des titres d’un optimisme éperdument béat, n’en déplaise aux cyniques auxquels nous resterons indifférents.

À lui seul, le magnifique « Willing To Try » justifierait que l’on classe ce LP parmi les meilleurs albums de folk boisé et lumineux qu’il nous ait été donné d’entendre. Le pincement des cordes, le claquement des peaux et le toucher du piano apporte une sensualité palpable à l’ensemble. Ari Hest égrène ses chansons avec chaleur sans négliger des harmonies qui ont le génie de paraître inattendues au sein d’un album faussement simple.
Dans la longue lignée des chanteurs folk, Ari Hest, dont la voix évoque un Nick Drake serein, mérite d’être considéré comme l’égal de ses illustres aînés et ce nouvel opus attise la curiosité de découvrir le reste d’une discographie qu’on suppose belle et la meilleure alliée pour nous accompagner dans les moments de notre vie, qu’ils soient tristes ou heureux.

[LP] Insight The Truncator & Damu The Fudgemunk – Ears Hear Spears

22 mars 2017 (Redefinition Records)

par Olivier Roussel

Fruit de la collaboration entre le vétéran Insight The Truncator et le jeune DJ Damu The Fudgemunk, « Ears Hear Spears » aura mis près d’une décennie à se jeter sur nos tympans. L’industrie musicale, décriée dans ce LP, puis les projets respectifs de ces deux hyperactifs auront repoussé aux calendes grecques la sortie de cette pièce maîtresse. À la vitesse où évolue le rap, l’opportunité d’éditer maintenant « Ears Hear Spears » pouvait paraître risquée et vaine. Pourtant, loin de combler le vide entre d’autres créations, l’initiative voulue et totalement assumée par Insight est bienvenue. Ce LP enregistré avant le fameux « Travel At Your Own Pace » qui voyait déjà les deux comparses accomplir un exploit s’écoute avec un plaisir immense.

Le verbe est puissant et prône l’unité chère aux pionniers de la Zulu Nation. « All Human » dresse un portrait de notre humanité grinçant et cependant plein d’espoir. Les doutes nourrissent l’introspection à l’œuvre sur « Never Be The Same » et le MC sort plus fort de l’exercice. « Gunnin’ » dresse un portrait bien plus sombre (« Chaos, Pandemonium, Confusion … ») mais l’élan d’Insight est réel et probablement provoqué par les prouesses de son cadet aux machines. Les scratches reviennent parfois au premier plan et toujours de façon habile. Les instrus puisent dans la soul, le jazz et le funk donnant à l’ensemble un grain délectable non sans donner l’impression qu’on a entre les oreilles de l’abstract hip-hop de très haute tenue. Certainement voué à plaire aux gardiens du temple Hip-Hop soucieux de ne pas voir l’édifice se fissurer sous les coups de boutoir de l’autotune et de l’électro criarde, « Ear Hears Spears » n’a pas seulement le mérite d’imposer à contre-courant un genre du rap jadis adulé mais est tout simplement un excellent album où la paire MC-Producteur joint ses talents pour le meilleur. Un flow leste, des lyrics percutantes, des instrus catchy… Au diable les analyses, on appuie à nouveau sur « Play » !

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