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[Interview] WYVE

Auteurs d’un sublime premier album, « Birth », qui ne cesse de prendre une place importante dans la discographie idéale de ceux qui ont eu la chance d’y pénétrer – et ne peuvent ainsi plus en sortir, Maxime et Michael, alias WYVE, aiment autant créer avec un sens du détail précis et pointilleux que laisser leurs désirs artistiques et leurs inspirations puiser dans les idées qu’ils partagent, sans discontinuer, avec une passion commune trouvant son éclat le plus pénétrant sur ce premier opus. Rencontre avec deux créateurs complémentaires et passionnants, à la découverte de ce duo qui, loin de n’être qu’une simple collaboration, est rapidement devenu un art de vivre nécessaire à ses deux membres fondateurs.

crédit : Blackdoor – Art Portrait Studio

  • Bonjour à tous les deux et merci de bien vouloir répondre à nos questions ! Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Michael : À la base, j’avais un projet metal et rock, puis je suis passé en fusion : un peu funk, pop, rock, bref qui mélangeait plein de trucs différents. À un moment, on a eu besoin d’un chanteur. Notre formation avait changé et j’ai sillonné tout le Web, j’ai vu et écouté plein de chanteurs. Puis j’en ai trouvé un, mais je me suis dit : « Merde, il est déjà en duo ! », donc j’ai passé. Je refais toutes les recherches, je vois défiler des centaines et des centaines de chanteurs puis, en revenant en arrière, je retombe sur Maxime et je me dis « Bon, il est déjà en duo, c’est déjà trop avancé, donc je passe ». Puis, la troisième fois, j’en ai eu marre de m’auto-brider et je me suis enfin décider à le contacter. Je reçois une réponse de l’autre membre du duo qui me dit qu’ils ne font plus de musique et me file le contact de Maxime. À partir de là, on s’est vus en répétitions et ça a tout de suite fonctionné.

  • Tout ça s’est passé en quelle année ?

Maxime : En 2014. C’était le moment où j’avais décidé de quitter mon job, de tout arrêter, sachant que j’étais avant dans la traduction. Et, le jour où j’arrête, ou peut-être le lendemain, je suis contacté par Michael ! Je me suis dit que c’était forcément le destin ! Lors de cet appel, on se met d’accord pour faire une répétition ensemble, avec son groupe, pendant laquelle ils me font écouter leurs morceaux ; des choses très pop, un peu funk aussi, voire rock metal. Je n’étais pas très à l’aise dans ces genres, il faut bien l’admettre. Deux jours après, le groupe décide de voir un autre chanteur, qui ne viendra jamais. Je me suis donc repointé et ils m’ont dit qu’ils me gardaient. On a rapidement fait du studio ensemble, mais le projet a splitté pour différentes raisons. Du coup, après plusieurs mois et étant donné qu’on composait énormément dans le groupe, qu’on était les deux à amener beaucoup de compos, on s’est dit qu’on pouvait faire quelque chose en commun, et c’est à ce moment-là qu’on a commencé à faire des compos pour WYVE.

  • Maxime, tu travaillais dans la traduction et, maintenant, tu es acteur. Michael, tu es compositeur, notamment avec ton projet de musiques de films Wayn. Comment passe-t-on du metal, de la traduction et de la composition de bandes originales à WYVE, qui est quand même un projet beaucoup plus sobre musicalement mais très accrocheur au niveau des mélodies ?

Michael : Il y a un côté très « antithèse » dans notre musique, dans le sens où j’ai fait beaucoup de metal auparavant, où j’ai créé beaucoup de riffs, de solos, etc., ce qui était très dense. Avec les années, j’ai eu besoin de quelque chose de différent, beaucoup plus live et épuré. Avec Maxime, qui avait pourtant lui aussi un bagage rock, on a testé plusieurs choses.

Maxime : C’est vrai que j’avais un bagage rock, mais également beaucoup de chansons acoustiques. J’ai énormément composé de chansons depuis 2008-2009 avec ma gratte acoustique, qui était le seul instrument que j’avais à l’époque. Après, j’ai joué dans un petit duo électro pop, mais qui était très peu régulier : on bossait une fois tous les trois ou quatre mois, c’était assez compliqué de faire quelque chose de vraiment stable. J’ai dû arrêter, je n’avais plus le temps à cause de mon travail. Et quand j’ai décidé de quitter mon taff, je me suis remis à composer à mort et je commençais à avoir un bon bagage de musique pop et folk, mais ce n’était pas du tout produit. J’étais tout seul à faire mes démos avec un petit enregistreur, un multi-pistes MP3 avec une fonction « Recorder » ; donc, vraiment le minimum, par manque de thunes à mettre dans du matériel. Du coup, ce qui me manquait, c’était de faire quelque chose de beaucoup plus produit, avec des nappes de synthés. Quand on s’est retrouvé tous les deux, on s’est laissé aller à créer quelque chose en nous mettant dans une sorte de bulle. Les premières chansons qu’on a faites avec WYVE étaient encore plus dépouillées et moins bien produites. À un moment, on a fini par trouver le style qu’on voulait, je pense, et on a commencé à faire plus de compos. Il y a beaucoup d’influences dans ce que l’on crée : en ce qui me concerne, il y a autant de metal que de pop, de rock ou d’électro. Toutes les musiques que, finalement, on a écoutées tous les deux et qui sont hyper variées. Mais on s’est parfaitement retrouvé dans cette bulle commune. J’étais vraiment attiré par ce que Michael faisait en termes de compositions, ses musiques de films et ses autres projets, que je trouve vraiment super beaux. C’est ce qui a donné ce mélange que l’on entend chez WYVE : des mélodies un peu pop, des structures pop/rock avec des éléments un peu plus électro et les guitares aériennes de Michael.

Michael : Ce qui est amusant, c’est que au final, dans la composition, le résultat semble très épuré ; alors qu’il y a un nombre considérable de couches instrumentales !

  • Ce qui rejoint la question que je voulais vous poser concernant la structure des morceaux. Pour chaque titre, et pour l’album dans son intégralité, vous commencez doucement, en prenant le temps d’installer tous les éléments structurels, puis le titre monte en intensité avant de redescendre un peu, ce que l’album fait également. Est-ce délibéré ? Ou un reflet de votre manière de composer ensemble ?

Michael : Il y a un peu de ça, en effet. Globalement, je trouve cool d’avoir un morceau évolutif ; même si, dans un format pop, dès le premier refrain, on met quelque chose qui attaque fort, qui permet à l’auditeur de s’immerger totalement dans la musique. Mais je trouve vraiment intéressant que, dans chaque refrain ou couplet, il se passe quelque chose de nouveau. Ce sont peut-être des restes de metal progressif, un genre sur lequel je travaillais juste avant de commencer WYVE. Mais, du coup, l’oreille reste toujours alerte : il y a toujours un petit détail en fond, qu’on n’entendait pas forcément au début. J’aime ça ; c’est à la fois très spatial et très détaillé.

Maxime : C’est comme ça qu’on compose, en fait. Le processus de home studio et de recherche est toujours assez long, mais on sait quand ça fonctionne ou pas. On a abandonné pas mal de titres pour cette raison, parce que ça ne « matchait » pas ; Michael avait pourtant fait des instrus vraiment bonnes, mais je n’avais pas le truc qu’il fallait pour la mélodie. L’inverse pouvait aussi se produire : j’avais une mélodie, mais ça ne passait pas avec l’ambiance électro créée par Michael. Du coup, il faut faire des choix : comment allier nos deux univers ? Je pense, du moins j’espère, qu’on a réussi à l’accomplir sur les chansons de l’album. Pour moi, les mélodies se font vraiment au feeling ; et c’est vrai que, parfois, ça vient assez rapidement. Il y a tout de même quelques chansons où j’en ai vraiment bavé, notamment sur « Lost ».

  • Justement, abordons cette chanson en particulier. Maxime, ta manière d’interpréter « Lost » est entre le chanté et le parlé, en ayant cette impression que tu modifies ton timbre au fur et à mesure de l’évolution du titre, en montant dans les aigus, tout en racontant une histoire. Comment était « Lost » au départ, et comment en êtes-vous arrivés à cet incroyable résultat final ?

Maxime : Ce qui était compliqué avec « Lost », c’est que j’étais complètement émerveillé par le riff de Michael. La guitare m’a happé tout de suite. Je me suis dit en l’entendant : « Ce titre-là, il faut absolument qu’on le fasse ! », mais je ne trouvais pas la mélodie qui irait dessus. Mon instinct me disait « Non, ça ne va pas. Non, ça non plus. » À un moment, j’ai fini par me dire : « Arrête de penser et focalise-toi sur la guitare ! », et la mélodie est immédiatement venue. J’ai écrit les paroles de la même manière : elles parlent d’une histoire amoureuse, de la perte de l’autre et d’une relation qui, au final, n’est pas très sympa et qui ne se passe pas très bien. Comme tu as dû le remarquer, ce sont quatre phrases qui sont répétées, mais avec une intensité différente à chaque fois. C’est vraiment pour faire écho à ce qui s’est passé, à un événement qui s’est déroulé lors d’une relation. Et, comme la guitare est très cyclique sur ce titre, ça devient une sorte de mantra qu’on laisse exploser, ce qui peut expliquer le côté un peu « parlé » que tu mentionnes : tu es effrayé par l’idée de faire le premier pas, de mettre un terme à toute une relation. Je me souviens encore qu’au moment de l’enregistrement, j’étais vraiment ému, parce que je suis énormément rentré dans cette histoire, qui symbolise pour moi une ancienne liaison amoureuse qui m’a blessé. Du coup, je me suis dit que je n’avais pas besoin de faire un couplet ou un refrain ; j’avais juste besoin de dire, en répétant et avec l’intensité croissante de cette répétition. On s’est alors dit que ça suffisait, qu’il n’y avait pas besoin de plus.

Michael : C’est vrai. Il y a beaucoup d’instinct dans ce qu’on fait.

Maxime : Oui, c’était un moment très instinctif, avec énormément d’émotion quand je le chantais.

  • D’ailleurs, si l’on considère la structure de « Lost », avec cette première partie pendant laquelle tu parles et chantes, puis la seconde portée par une guitare plus sèche, plus brute mais aussi très aérienne, est-ce une manière de dire que l’histoire s’achève au moment de la rupture, mais que finalement, il y a quelque chose après ?

Maxime : C’est exactement ça. C’est la suite. On était, nous aussi, bloqué dans cette boucle ; on ne savait pas comment faire pour en sortir. On s’est même endormi plusieurs fois en la composant ! (rires) C’était en plein milieu de la nuit, on était totalement crevé et on n’arrivait pas à trouver. Chacun de nous mettait le casque en disant à l’autre « Alors, à ton avis, qu’est-ce qu’on met ? » et on tombait de sommeil, aussi parce que le titre original était plus long que la version définitive que tu entends sur le disque. Ce qui fait qu’au bout de quatre minutes, on commençait à se laisser bercer par la musique et on sombrait. C’est, de même, pourquoi on a beaucoup aimé mettre « Lost » à la fin de l’album : ça permet de clore le disque avec à la fois un côté plus mélodieux et un autre plus électro et instrumental, avec le soutien de la guitare.

Michael : Ça permet de finir sur une note à la « Inception ».

Maxime : Voilà, sans savoir vraiment si c’est un rêve ou pas.

Michael : On est tous les deux très fans de ciné, également. Et cette fin, vu la manière dont on a travaillé l’album dans son entier, sonne un peu comme si la question « Est-ce que c’était réel ou pas ? » devait se poser. La toute dernière nappe, qui augmente puis s’arrête, est une manière de dire : « Est-ce que c’était un rêve ? »

Maxime : Oui, c’est une tranche de vie. Une tranche de rêve. On voulait vraiment relier « Birth » au début et « Lost » à la fin. Ce côté musical et cinématographique très noir et blanc au départ, et une explosion de couleurs quand les paroles s’arrêtent dans « Lost » et que l’instrumental commence. En tout cas, c’est la manière dont je le visualise.

  • Pourquoi avez-vous appelé l’album « Birth » ? Est-ce pour marquer la naissance du duo ou, et cela rejoint ce que vous venez de dire, la naissance d’un rêve qui s’apprête à emmener l’auditeur ailleurs, dans une autre dimension ?

Michael : Il y a un peu des deux, je pense.

Maxime : La chanson « Birth » parle de cheminement personnel, de se retrouver et de trouver la lumière en soi. C’est également une atmosphère très marine : on est en pleine mer, il n’y a pas de haut ni de bas. Il y a donc un côté très rêveur, mais également très antithétique, avec la lumière, le feu et l’eau. On est vraiment dans une bulle, en se disant : « Je vais aller attraper la lumière à la surface » ou, au contraire, « Je vais tomber au fond de l’eau ». C’est une manière de dire que l’on peut trouver la lumière au fond de nous-mêmes. C’est aussi la volonté et ce qui a provoqué la naissance du duo : on a voulu commencer le disque par « Birth » et appeler l’album de la même manière, car il s’agit d’un premier disque, le premier en tout cas qui sort de nous et qu’on a fait tous les deux. Bien sûr, on est humain et on a peur. On a un chemin qui sera difficile en choisissant la musique, mais également la volonté d’y arriver. On peut très bien se casser la gueule, mais on y va quand même. Avec Michael, grâce à la musique, on trouve cette lumière, à l’intérieur de nous, qui nous fait vibrer et nous fait avancer. Cette chanson, « Birth », réunit tout ça ; ça avait donc du sens de la mettre en premier et d’appeler l’album ainsi, puisque ça représente aussi notre naissance en tant que duo.

Michael : Il y a un autre aspect que je trouve intéressant, en ayant créé ce projet avec Maxime. Comme lui, j’ai toujours enchaîné les métiers en faisant de la musique à côté. Et, dans le fait de tout lâcher pour nous mettre complètement dedans, en même temps, il y a également une renaissance. On se dit : « Ça y est, je donne un sens à ma vie. Je fais quelque chose qui est concret et qui avance. »

Maxime : On prend enfin notre vie en mains.

  • Et est-ce justement quelque chose de nouveau pour vous : prendre votre vie en main et concrétiser cette démarche de manière musicale et artistique ?

(Les deux ensemble) Oui, complètement !

Maxime : C’est quelque chose de personnel, pour nous, de sortir cet album. Je pense pouvoir parler pour nous deux à ce sujet en disant que c’est une première étape. J’ai 30 ans, Michael va les avoir et on fait de la musique depuis des années.

Michael : On a toujours écrit, mais on n’a jamais concrétisé.

Maxime : Oui, on n’est jamais sorti de notre garage, de notre studio pour montrer vraiment aux gens ce qu’on savait. C’est donc pour nous une étape importante, puisqu’on se met à nu vis-à-vis du public, ce qui n’est pas facile. Chaque fois que tu entreprends quelque chose, tu te demandes toujours si tu vas te planter ou pas, et « Birth » parle aussi de ça. Elle signifie « Tu peux y arriver tout comme tu peux te planter. Mais tu peux aussi trouver la lumière une fois que tu es tombé très bas. » Je pense que nous deux, mentalement, à un moment donné, nous sommes aussi tombés très bas, au point de ne plus avoir de sens dans nos vies respectives, de ne plus savoir ce qu’on faisait, avoir des jobs purement alimentaires. C’est un peu déprimant, je te l’accorde ; mais le plus important, c’est qu’avec WYVE, on a trouvé la flamme qui nous fait vibrer, la musique qui nous fait apprécier la vie. Du coup, en faire concrètement, et pas juste dans notre chambre ou notre studio devant deux ou trois potes, c’est un réel pas en avant.

Michael : Ce qui est marrant, à chaque fois, c’est que je parle peu ou que je n’écris pas. Ce n’est pas mon vecteur principal de communication. En général, je suis plutôt quelqu’un de renfermé. Et ce que je mets dans ma musique, ce sont des émotions sur lesquelles je suis incapable de mettre des mots ; c’est une explosion. Un peu comme dans « Ratatouille », quand il prend deux ingrédients qui provoquent une explosion des sens et des couleurs. C’est comme ça que je vois les choses quand je compose. Maxime écrit tellement bien qu’il met toujours les bons mots, ceux qui sont nécessaires et complémentaires pour les sujets que la musique lui inspirent. Et il va toujours parvenir à écrire quelque chose de concret et de bien pensé. Je trouve bien pratique d’avoir quelqu’un comme lui !

  • Et à mon avis, il pense la même chose en ce qui te concerne !

Maxime : Exactement ! (rires) En plus, il y a des chansons comme « Light » ou « Breathe » sur lesquelles Michael a fait toute la musique. Et je lui demande « Qu’est-ce que tu as voulu dire à travers cette musique ? » Comme il te l’a dit, il ne met pas trop de mots sur les émotions, ou sur chaque chose en général. J’essaie donc toujours de savoir ce qu’il a voulu exprimer musicalement. Il m’explique alors ce qu’il ressent et, la plupart du temps, je comprends ce qu’il a voulu dire pour essayer ensuite de le transmettre, tout en faisant un parallèle avec moi, puisqu’on vit tous les deux la même chose. On est différent, mais complémentaire, même dans nos personnalités. C’est pour ça qu’on arrive à créer des morceaux ensemble, en partageant ces émotions que lui a posées en musique et que j’exprime en paroles et en mélodies vocales.

Michael : Parfois, c’est l’inverse : c’est Maxime qui compose une chanson en guitare-voix que je trouve super, et pour laquelle je me dis « Tiens, J’aimerais beaucoup travailler dessus ! » C’est lui qui crée tout l’univers, aussi bien verbal que non verbal, et j’apporte par-dessus ma propre sensibilité, comme certainement beaucoup de musiciens. Mais c’est ainsi qu’on vit les choses.

  • Effectivement, ce qui ressort chez vous, c’est le fait qu’aucun instrument ne soit pas à la place à laquelle il doit être. Il y a peu d’instruments, mais chacun est ciselé, complète le chant ou le rythme sans qu’il y ait quoi que ce soit en trop. Tout est parfaitement bien dosé pour que les chansons fonctionnent émotionnellement. Sur combien de temps s’est étalé votre travail en studio, et comment êtes-vous parvenu à un résultat à la fois aussi sobre qu’ayant une dimension sonore tellement impressionnante ?

Maxime : C’est vrai qu’on a pris beaucoup de temps. On a commencé par des pré-maquettes en home studio puis, même pour les maquettes, on envisageait le résultat comme ce qu’on désirait en définitive. C’est-à-dire, que le moindre fade in de la moindre nappe parte exactement au moment choisi.

Michael : On est un peu cinglé là-dessus ! Pour le coup, on est vraiment des autistes, à vouloir que tout parte à la seconde près.

Maxime : Oui, on veut vraiment que chaque piste soit comme elle est, et pas autrement. On a d’ailleurs eu beaucoup de mal au moment d’aller en studio pour mixer ce qu’on avait enregistré à la maison, parce que la personne responsable du mixage voyait les choses différemment. Il a fallu nous accorder avec lui pour refaire exactement ce qu’on avait en tête. Heureusement, tout s’est très bien passé et on est vraiment content d’avoir travaillé avec ce studio, notamment pour que les titres soient ciselés de la manière dont on les entendait. Chaque impulsion rythmique a sa place, on sait pourquoi on l’a mise là. De même, chaque sonorité a une couleur, parce qu’on voulait la voir de cette manière-là et pas autrement. Et c’est vrai que, comme on te l’a dit précédemment, on fonctionne beaucoup à l’instinct ; ce qui signifie que, dès qu’on sent que quelque chose ne marche pas, on n’arrive pas à créer, on ne va pas avancer. Il nous est arrivé de laisser des morceaux de côté, tout simplement parce qu’on ne trouvait pas le truc qui aurait pu lancer la machine. Dans ce cas, on laisse de côté et on reprend après, ce qui est le cas de « Lost », notamment ; on a attendu, on l’a réécouté et on s’est dit qu’on arriverait à en faire quelque chose, mais plus tard. Cela étant, il y a des chansons qu’on a abandonnées, parce qu’on ne sentait pas l’étincelle créatrice qui nous permettrait de les construire. Soit c’est une question d’humeur, soit c’est autre chose. En tout cas, le processus créatif s’est étalé sur plusieurs mois.

Michael : Ce qu’il faut ajouter, c’est également qu’on n’a rien retravaillé ou réenregistré en studio. On a tout travaillé à la maison, avec les moyens qu’on avait. Et on a la chance, à notre niveau, d’avoir beaucoup de moyens ; il y a des gens qui, au contraire, n’ont pas la possibilité d’avoir de quoi enregistrer chez eux. Du coup, on a refait certaines choses entretemps. On a recréé une version définitive pour nous, avant d’arriver en studio, en changeant certains éléments.

Maxime : Oui, un peu comme une mise à jour. On s’est dit « On va rentrer en studio, c’est donc le moment de redonner un coup de jeune à notre musique, de l’exprimer comme on la ressent mutuellement. » On a remis des instruments, réenregistré des voix et retravaillé au maximum pour que tout se passe du mieux possible en studio, que tout soit clean. Donc, passage en studio, puis mastering. Au final, la plus vieille compo de l’album est « Only You », qui a plus de deux ans et qu’on a refaite et étoffée au fur et à mesure, afin de nous remettre dans notre bulle, dans l’ambiance idéale de l’album.

  • En parlant de détails et de mélodies, j’aimerais comprendre quelque chose concernant « Breathe ». Le titre commence sur une nappe de synthé qui monte, avec un effet de flanger, puis s’interrompt brusquement pour laisser place à une chanson beaucoup plus dynamique. Pourquoi ne pas avoir continuer sur la lancée en faisant une chanson plus aérienne ? Est-ce que cette nappe particulière a une histoire ?

Michael : J’aimerais dire qu’il y a une histoire pour tout. J’agis un peu comme un artisan quand je compose : je prends plusieurs sons. Il m’arrive souvent d’obtenir un son que je trouve bien, mais auquel il manque un petit quelque chose. Pour cette nappe-là, j’avais besoin d’avoir une toile, un peu comme si on imaginait l’espace, mais sans les étoiles. En tant qu’instinctif, je prends tout ce qui vient, puis j’enlève ce qui ne va pas jusqu’à ce que j’arrive à un moment où je me sens bien ; alors, je fais prendre la sauce. Sur le refrain de la chanson, il n’y avait pas ce que je voulais, émotionnellement parlant. De ce fait, je devais partir sur autre chose. Des fois, je pense qu’il faut savoir couper pour mieux redémarrer, comme pendant un débat par exemple, durant lequel on va tenir des propos inutiles qui seront interrompus pour revenir au cœur du sujet. L’histoire de cette nappe s’explique ainsi : souvent, j’aime avoir un tapis, avant de décorer entièrement la maison. J’aime sentir mes pieds nus sur ce tapis, ce repère, et m’y sentir bien. C’est de là que vient cette nappe ; elle n’avait pas pour vocation de partir, de s’envoler et de faire démarrer le morceau. Elle devient lumineuse et prend beaucoup d’espace avant de se lancer sur le refrain ; mais elle devait être telle quelle, à la base. C’est amusant, d’ailleurs : on avait assemblé plusieurs claviers pour n’en faire qu’un seul qui sonne bien, et quand on est arrivé en studio, on n’a pas pensé à dire à l’ingénieur du son de les penser comme un seul et même clavier. Du coup, il arrive qu’il y en ait cinq ou sept parce qu’un détail s’accorde bien aux autres pour former un ensemble cohérent. Et notre pauvre ingénieur a essayé de mixer de façon à ce qu’on entende les cinq ou sept claviers distinctement, et non pas comme un seul.

Maxime : Mais c’est entièrement de notre faute ! Au début, on ne savait pas comment se passait le travail de mixage. On a maintenant appris énormément de choses à ce sujet, en passant en studio : comment mieux gérer les sons, les mixer, répartir les ambiances qu’on a voulu mettre dans l’album. Il y a des éléments qu’on pensait nécessaires pour donner de l’ampleur à certains passages, parce qu’on n’était pas assez pointu au niveau mixage ; mais on a appris que tout ça pouvait se résoudre autrement.

Michael : En arrivant au mixage, on s’est vite rendu compte qu’il y avait des choses inutiles. On s’est donc mis à en enlever beaucoup, des parties qui n’avaient pas de réelle nécessité ou qu’on n’entendait pas forcément.

Maxime : Il vaut mieux faire ce travail-là, d’ailleurs : avoir plus pour pouvoir dégrossir. on est donc très content d’avoir pu aller en studio, parce que l’ingénieur du son a su mettre en lumière les choses qu’on avait mal faites, notamment poser trop de détails à certains endroits alors qu’on n’en avait pas besoin. Ce qui est vrai, car quand on a entendu son travail, on a tout de suite compris qu’il n’y avait pas besoin de plus, que ça risquait de brouiller l’information plutôt qu’autre chose.

Michael : Il faut aussi ajouter le fait que j’étais suffisamment cinglé pour me dire qu’il y avait des choses qu’on n’entendait pas, mais que mon inconscient me répétait « On ne sait pas si, au fond de nous, même sans l’entendre clairement, elle ne nous fait pas du bien, finalement ! » Le fait d’avoir beaucoup de couches et de densifier le spectre sonore est important ; mais c’est vrai que j’ai fini par comprendre qu’il y avait certains détails qu’on ne distinguait pas et qui n’étaient, au final, pas utiles du tout. On en a quand même gardé beaucoup, ceci dit !

Maxime : Il y a également des choses qu’on a mises en lumière. Par exemple, en nettoyant le son en studio, ça nous a permis de faire apparaître des sonorités qu’on n’entendait pas assez auparavant et qui ont porté le morceau autrement, en lui donnant une nouvelle couleur. Ça a été le cas pour « Only You », notamment.

Michael : Pour « Only You », le son grave qui arrive à la fin faisait justement partie de tous ces éléments inconscients.

Maxime : Oui, c’est un détail qu’on n’entendait pas mais qui, finalement, apporte une sorte de basse qui porte intensément la chanson.

  • C’est un élément qu’on retrouve également sur la chanson « Birth », où il y a cette dissonance assez discrète tout au long du morceau sans qu’elle soit omniprésente ; elle est là pour créer une immersion dans le titre, pour participer à l’ambiance, mais elle n’étouffe pas le reste.

Michael : C’est un son qu’on a mis volontairement en plus. Et, aussi bizarre que cela puisse paraître, c’est un son qui bourdonne, donc l’ingénieur du son l’avait complètement viré au mixage, pensant que c’était bizarre.

Maxime : Résultat : on perdait le cocon dans lequel on voulait être avec le morceau.

Michael : On lui a alors demandé de remonter le volume de ce son. De la même manière, au moment du mastering, il avait diminué certaines parties. Il faut savoir que les ingénieurs du son peuvent considérer ces petits détails comme nocifs ou dérangeants pour l’oreille, alors que nous les mettons exprès. Comme l’a dit Maxime, c’est une espèce de cocon qu’on a créé, un bourdonnement voulu.

Maxime : C’est un élément qui est également là pour servir les paroles : c’est une menace parce que, dans le texte, tu ne sais pas si tu vas y arriver ou si tu vas te casser la gueule. C’est pour cette raison que cette ambiance, ce cocon bourdonnant sont là et peuvent être aussi bénéfiques que nocifs. Ça symbolise l’insécurité dans laquelle on peut se trouver avant de se jeter à l’eau ; il était donc vital pour nous de l’avoir, puisque ça faisait partie du message global de la chanson.

  • C’est d’ailleurs un élément récurrent souvent sur l’album ; et, sans lui, peut-être que l’intégralité du disque n’aurait pas le même impact émotionnel…

Michael : Oui, c’est exactement ça.

  • Comment se passent vos prestations en concert ? Interprétez-vous les titres de manière différente, peut-être un peu plus folk ?

Maxime : Étant donné qu’on est que deux sur scène, on a complètement réinterprété certains des morceaux. Michael fait de la batterie grâce à ses pads et je me sers de boucles. Certaines chansons sont telles quelles : Michael pose sa guitare et je joue des percussions, ce qui installe la base du titre et se déroule au fur et à mesure, avec le chant. Et, à l’opposé, d’autres compos sont totalement refaites en acoustique, notamment pour obtenir un certain dynamisme sur scène. À la base, nos chansons restent pop, qu’elles soient faites en électro, piano-voix ou guitare-voix. Le cœur de la chanson et la mélodie sont toujours là. On a donc décidé de prendre ce parti, à savoir, constituer notre set en deux parties : quelque chose de plus organique et, à l’opposé, une autre phase plus synthétique. Ce qui représente toujours ce que nous sommes, notre dualité.

Michael : Comme je le dis souvent, je vais à beaucoup de concerts pendant lesquels tout est monstrueux, le son déboîte sur une, deux ou trois chansons ; mais, à un moment, je me dis que, personnellement, j’aurais adoré qu’il se passe quelque chose de particulier, comme lâcher un instrument inattendu, faire un passage a capella…

  • Quelque chose de plus humain et de moins artificiel ?

Michael : C’est ça. Du coup, avec Maxime, on recherche ce dynamisme-là. On ne veut pas que les gens se disent « Ils ont mis l’album, ils ont fait les pistes, ils ont ajouté la guitare et le chant par-dessus et c’est tout. » On ne voulait pas que cela se produise. Du coup, on a retranscrit ça dans l’interprétation des morceaux : certains sont plus acoustiques, d’autres plus électro, et on essaie de passer de l’un à l’autre sans pour autant les séparer complètement. Il peut y avoir des moments ou tu vas trouver de l’acoustique sur de l’électro, sans pour autant dénaturer le message.

  • Quels échos avez-vous eus par rapport aux concerts que vous avez déjà donnés ?

Michael : Horribles ! (rires)

Maxime : Non, on a eu de très bons échos. On a aussi fait des résidences grâce au dispositif STARTER du Combo 95. Des intervenants sont venus nous aider au niveau scénique, car ce n’est pas facile de faire vivre un projet quand on n’est que deux, ne serait-ce qu’au niveau de la disposition et des tableaux que l’on veut offrir, de la lumière, du positionnement… Il y a aussi le fait de garder notre aspect duo, vu que je chante principalement et que Michael fait les chœurs ; il ne faut pas qu’il n’y ait que moi devant et lui derrière, mais véritablement garder la vision de deux interprètes complémentaires. Réussir à trouver cette cohésion est un travail assez long pour que ce soit visible sur scène et que l’on puisse interpréter nos chansons plus facilement. Depuis le début, le public qui nous suit nous a dit que nous étions de mieux en mieux, et on croise les doigts pour que ça reste le cas !

Michael : Il y a aussi une chose qui nous tracasse beaucoup, d’ailleurs. On est un projet pop électro, d’accord, mais on avait vraiment envie de faire évoluer ce côté live afin que ça ne soit pas trop carré, trop délimité. Faire ressortir le côté pop, en fait : le rendre potentiellement un peu plus vivant. Du coup, on essaie toujours de se partager un maximum de choses.

  • Avec l’idée que l’électro vient supporter le côté vivant des chansons ?

Michael : Oui, c’est ça.

  • Michael, peux-tu nous parler de Wayn, ton projet instrumental et orchestral ? Et en quoi celui-ci trouve-t-il une place au sein de WYVE ?

Michael : J’ai toujours été attiré par les musiques de films, et c’est d’ailleurs un univers qui me touche de plus en plus. Je trouve que c’est une manière de composer qui est totalement différente. J’ai essayé d’écouter du classique pur, mais ça m’émeut moins. Dans les musiques de films, tout est plus axé sur des thèmes, sur des caractères, où tel personnage va avoir telle mélodie pour le représenter ; et encore, tout dépend du compositeur. Il y a aussi quelque chose de très libre et diversifié. J’adore autant Hans Zimmer et son côté très technique et John Williams, qui est un génie fou furieux ! L’aspect orchestral me touche énormément, parce qu’il y a un mélange de l’instrument et des textures qui est monstrueux. Comme s’il s’agissait d’un art différent de la musique. Quand on a commencé à composer avec Maxime, j’avais très envie de travailler sur le côté ample du son, bien que l’on ait un univers plus intime. J’aime beaucoup utiliser la métaphore de l’espace pour décrire ce phénomène ; un peu comme une supernova qui explose dans tous les sens et diffuse un nuage de couleurs très ample. Je me suis donc mis à mettre des éléments orchestraux sur les musiques, et Maxime a beaucoup aimé, ce qui est une chance.

Maxime : C’est clair que je suis totalement fan de ce que fait Michael sur Wayn ! Je me le mets parfois en playlist et c’est vraiment apaisant. Il parvient à créer un nombre incroyable d’ambiances, un peu à la « Pirates des Caraïbes », à la Hans Zimmer ou John Williams en effet, et j’aime justement beaucoup toutes ces influences que l’on peut retrouver dans ses musiques de films. C’est peut-être pour ça qu’il y a également un côté orchestral sur certaines chansons de « Birth ».

  • Puisque que vous parlez de cinéma, à votre avis, quel genre de film votre album pourrait-il illustrer ?

Maxime : Un film d’anticipation, je pense. Sur notre pochette, il y a un petit côté « Stranger Things », avec l’apparition du monde du dessus et de celui du dessous, ce qui représente encore bien notre dualité. D’ailleurs, sur la pochette, c’est Michael qui est debout et moi qui, derrière, l’éclaire !

Michael : Je suis l’ombre et Maxime est la lumière.

Maxime : Ce sont des détails, mais ils comptent énormément pour nous. Chacun d’eux participe à un ensemble que nous recherchons ; nous y sommes très attachés, que ce soit au niveau visuel ou musical. Je vois donc bien ce côté anticipation : des images au ralenti, stellaires et cosmiques, si je puis dire. Dans ta chronique de notre album, tu as parlé de « route solitaire » ; ça illustre très bien cette ambiance.

Michael : En termes de visuel pur, et non pas simplement cinématographique, je pense à « Interstellar », qui a vraiment été un coup de cœur pour moi. Là encore, ce serait pour le côté visuel : je suis totalement amoureux de ce film, les images colleraient parfaitement, mais pas le film dans son entier. Pour le coup, c’est l’exemple parfait de la mise en évidence d’images phénoménales sur des choses purement physiques. C’est un élément qui me passionne ; je trouve l’espace, et la vie en général, fascinants. On ne sait pas ce qu’il y avait avant, ni ce qu’il y aura après, en tant qu’humains. En termes d’univers, on connaît beaucoup de choses sur les planètes, sur la manière dont tout s’est construit, mais ça s’arrête là. Je trouve que la musique est cette toile, cet ensemble de couleurs. On peut facilement faire un lien entre ces deux éléments en apparence opposés. En tout cas, je crois qu’il y a quelque chose qui colle. Après, bien sûr, chacun voit la vie à sa manière.

Maxime : Alors qu’en fait, nos textes ne parlent pas forcément de ces thèmes-là. Mais j’aime beaucoup ce domaine, les romans de science-fiction ou d’anticipation. Je trouve que ça colle assez bien de manière sonore. Après, les histoires qu’on raconte sont totalement différentes au sein de l’album ; ce sont des sujets personnels ou créés. Il y a également une grande partie de cheminement personnel à travers le disque, une volonté de se dépasser pour, comme je te le disais tout à l’heure, trouver sa lumière personnelle et avancer, trouver un sens à sa vie.

Michael : Il y a beaucoup de films qui sont comme ça ; mais, s’agissant du fait de se donner à fond pour arriver à atteindre son but, j’imagine un soldat en train de courir sur un champ de bataille. Il y a une explosion, il tombe. Malgré tout, il se relève et recommence à courir, puis il se passe autre chose et il tombe à nouveau et essaie encore de se relever… Il y a cette vision inéluctable, le fait que ce soldat se dise que, peut-être, il n’y arrivera pas, qu’il est face à un mur de difficultés infranchissable ; mais le fait qu’il se relève est beau, cela prouve qu’il continue et qu’il fera son maximum pour accomplir ce qu’il a à faire. Et à chaque fois, dans ma musique, je travaille beaucoup sur ce thème ; ce qui fait que Maxime n’a pas de chance parce que, pour les paroles, je l’oriente beaucoup dans ce sens.

Maxime : Mais ça rejoint aussi tout l’album et ce qu’on a accompli pour le créer. Toutes les chansons ne parlent pas de ça ; quelques-unes évoquent ce sujet, mais de manière différente à chaque fois, parce que la musique elle-même transmet des émotions variées pour délivrer un message qui, lui, est similaire. Il y a des éléments plus intimes, dans lesquels on parle d’amour, de passion, etc. Maintenant, on a aussi envie d’évoquer d’autres thèmes, puisqu’on a fait découvrir aux autres cette partie de nous que l’on voulait offrir. Et ça passe forcément par ce côté universel, par le fait que nous soyons tous reliés d’une manière ou d’une autre. C’est le genre de thématique qui nous intéresse : ce qui nous fait sortir de notre quotidien, bien sûr, mais également tout ce qui nous rapproche. C’est nécessaire, et c’est ce que certaines personnes nous disent en nous confiant que l’album leur a permis de s’évader, de s’échapper de leur quotidien. C’est exactement ce qu’on cherche à faire. On crée de la musique pour partager ce qu’on ressent, pour permettre aux gens de quitter quelques instants leur routine. C’est de cette manière que, nous deux, nous nous évadons ; et, si on peut le transmettre aux autres, alors c’est gagné.

Michael : Je suis allé voir d’autres interviews d’artistes pour comprendre leur manière de répondre, ce qu’ils pensent de la musique et de leurs créations, de leur vie… Et le thème du voyage revient presque systématiquement ; certains voient ça en termes de communion, selon ce qu’ils ont fait ou vu, tandis que d’autres se servent plus de métaphores. Je trouve ça vraiment intéressant, parce qu’on a tous une manière différente de voyager : certaine préfèrent aller en Inde, d’autres au Canada. Pourquoi ? Chacun de nous a une approche différente de la vie et du monde. En tant que musiciens, on espère toucher le plus de gens possible, à commencer par toi ; si on a réussi à t’émouvoir, ça nous fait super plaisir ! C’est agréable de savoir qu’on a pu transmettre cette énergie à quelqu’un.

Maxime : C’est exactement ça : un transfert d’énergie. On passe des mois, voire des années à construire quelque chose, à être maniaque sur chaque détail et très impliqué émotionnellement pour parvenir à transmettre ce message. Et, quand ça fonctionne, on est plus qu’heureux ; parce qu’on se dit que, même si on ne fait pas ça pour avoir des crédits ou se faire féliciter, mais avant tout pour le partage, quand quelqu’un nous dit qu’il ou elle a été touché(e) de telle ou telle manière, on est plus que satisfait. C’est d’ailleurs amusant de voir à quel point les gens peuvent être émus de manières différentes. On s’est amusé à faire un sondage pour demander à nos auditeurs quelle était leur chanson préférée du disque ; et on ne le sait toujours pas ! (rires) Chaque personne se retrouve dans une chanson différente. Et, finalement, on a perdu parce qu’il n’y a pas un titre qui ressort ; mais on a surtout gagné, dans le sens où chacun se reconnaît dans une chanson.

  • Si l’on prend WYVE comme un ensemble : à savoir, votre musique, vos paroles, vos personnalités, vos clips, vos visuels et vos concerts, avez-vous conscience que vous êtes en train de créer une œuvre d’art totalement originale, entière, intègre et unique ?

crédit : Pauline Goyard

Maxime : Je pense que c’est un travail qu’on a commencé en amont, pour expliquer ce côté « œuvre d’art » dont tu parles et qui est vraiment très gentil de ta part ! (rires) On aime bien avoir l’œil sur tout, sur chaque détail, pour essayer de lier tout ensemble. Ce qui signifie que même les photos qui ont été faites pour illustrer chaque chanson, et qui ont été réalisées par Pauline Goyard, prennent sens ; elle était en Australie, à l’autre bout de la planète, et elle n’avait que notre album sur son lecteur MP3 ! Elle a alors fait des photos en corrélation avec ce qu’elle ressentait. Pour l’album, on a voulu créer cette bulle dans laquelle on s’est tous retrouvé, pour les visuels, les mélodies, les textes et la musique, afin de faire naître cet univers commun. Encore une fois, la dualité est très présente chez nous, je pense qu’elle régit énormément de choses. C’est aussi la raison pour laquelle on veut rester en duo, ce qui nous pousse à poursuivre avec cette structure à deux. On tenait vraiment à travailler sur tous les aspects, à être présent à chaque étape : on voulait avoir un logo, un graphiste, un visuel, des clips, notre site Internet… On veut se construire. On ne veut pas être un groupe de garage qui se dit, au fur et à mesure, qu’il faudrait faire ceci ou cela. On voulait se dire « OK, on y va à fond, on s’étale et on essaie de poser cet univers. » Mais il faut être conscient que celui-ci est aussi restreint ; puisque, à partir du moment où tu poses un cadre, tu y es enfermé. Il y a donc aussi des choses qui peuvent être « nocives », puisqu’elles nous empêchent de faire aboutir certaines idées. Par exemple, sur scène, on a pris conscience qu’on ne pouvait pas faire tout et n’importe quoi, simplement parce qu’il y a une image que nous nous sommes imposée à nous-mêmes et qui allait quand même assez loin. Donc, au bout d’un moment, on a compris que, quoi qu’on fasse, ça restait nous. La dualité sur scène, avec électro et folk, faisait naître des réactions de la part des gens, du genre : « Vous êtes où ? Pop-folk ? Électro pop ? » C’est vrai qu’il existe un format indie pop qui résume un peu tout ça de manière concrète ; mais pas forcément nos personnalités. On a donc essayé de faire un melting-pot de nous, sans aucun complexe. On fait du pop-folk, de l’électro pop ou autre chose ; mais au final, une chanson reste une chanson, ce qui nous a permis de dédramatiser un peu les choses. On a créé cet univers ; c’est une limite mais ça reste nous et il y a quand même pas mal d’espace, donc on peut facilement s’y retrouver.

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