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[LP] Karen Elson – Double Roses

Sept ans après le formidable « The Ghost Who Walks », Karen Elson nous offre un second album où chaque note, chaque arrangement et mélodie ont été précisément construits et organisés pour faire naître des chansons entre pop et folk, mais révélant une écriture d’une justesse émotionnelle fabuleuse et intime. Le résultat est une errance entre la surface d’une eau tumultueuse et les profondeurs apaisantes d’océans salvateurs.

On ne pourra que féliciter l’Anglaise Karen Elson, maintenant installée aux États-Unis, d’avoir décidé de voler de ses propres ailes avec son nouvel opus, « Double Roses ». En effet, s’affranchissant des pressions de l’industrie du disque et de ses producteurs les plus en vogue (Jack White avait fortement participé à son premier effort, il y a maintenant plusieurs années), elle a gagné en force et en apprentissage de ses capacités . Peut-être que la jeune femme avait justement besoin de cet isolement, de cette liberté retrouvée pour, aujourd’hui, pénétrer dans les sphères intimes de son écriture, sans carcan ni chaîne paralysant son talent et sa productivité. En résulte un disque à la fois sobre et beaucoup plus profond qu’il n’en a l’air, s’amusant à troubler les repères tout en n’égarant jamais l’auditeur en cours de route. Elle sait ce qu’elle fait et où elle se destine à aller ; quitte à se laisser emporter par ses propres courants, à se mettre à nu et en difficulté pour mieux s’éprouver et se connaître. Et cela lui va tellement bien…

Le folk sensitif et frissonnant de « Wonder Blind », porté par une harpe d’une pureté cristalline et pénétrante, se confond à celui, plus engagé dans des méandres intérieurs, du magnifique « The End », où le timbre de Karen se conjugue à une seconde voix qui n’est là que pour valoriser la performance touchante et caressante qui se joue devant nous. Alternant d’autres instants plus concis qui sont autant d’invitations à la danse (l’aérien et vaporeux « Double Roses » ou le nostalgique « Raven » et son clavecin inattendu), la compositrice mêle les influences qu’elle a apprises à s’approprier au fil des ans, dessinant des œuvres consolatrices et inespérées (le fulgurant et obsédant « Why Am I Waiting »), ballottées entre calme et tempête menaçante. Une prise de risque savamment calculée et osée, mais délivrée et partagée avec nous en toute intimité, comme le réconfort absolu après une noyade évitée de justesse mais dont elle nous a sauvés ; alors que l’on aurait pu, sans crier gare, s’enfoncer dans les tourments aqueux de vies trop pesantes (alors que le saxophone de « Wolf » nous ramène à la surface pour mieux laisser les cordes du final « Distant Shore » nous réchauffer et nous réconforter). Une conclusion en forme de points de suspension, dans le temps et l’air ambiants. Dans l’attente.

« Double Roses » est un opus rassurant et fédérateur, sur lequel le timbre soyeux et satiné de Karen Elson raconte aussi bien ses propres histoires que les nôtres, universelles sans demeurer pour autant inexorables. Déesse et sirène, elle nous charme et nous guide, au fil de créations dont seule elle possède la clé, la formule magique qui nous étreint et nous fait voir le monde qui nous entoure avec un regard différent, métamorphosant chaque pierre, chaque brique, chaque pavé en source vivante et liquide. Qu’il est bon de se baigner dans ces eaux thermales et cathartiques ; un miracle musical qui bouleverse et émeut, écoute après écoute.

« Double Roses » de Karen Elson est disponible depuis le 7 avril 2017 chez H.O.T Records Ltd.

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