Slash, Thom Yorke, Bon Iver, Julien Baker et Scarlxrd au Montreux Jazz Festival 2019

Night Lovell, Scarlxrd, $uicide Boy$, mercredi 10 juillet 2019

Sommaire

Jeunesse et subversion sont au menu de notre quatrième et dernière soirée au Montreux Jazz Festival. Cette fois-ci, les concerts se déroulent au LAB, une salle deux fois plus petite que l’auditorium Stravinski et traditionnellement dédiée à une programmation plus osée, ou en tous les cas moins consensuelle.

Les trois artistes annoncés ce soir – Night Lovell, Scarlxrd et $uicide Boy$ – sont tous issus de la nouvelle vague hip-hop teintée de hardcore, appelée parfois « horror rap » ou encore « rapcore ». Des artistes engagés, subversifs, voire nihilistes, qui affichent sans dissimulation l’influence directe de certains groupes hardcore et punk sur leur musique. De fait, ces rappeurs ont remis au goût du jour les liens anciens entre hip-hop et metal, autrement plus évidents durant les années 1980 et 90.

À noter que pour différentes raisons – l’accréditation n’étant pas confirmée au moment du concert de Night Lovell, et les $uicide Boy$ ayant simplement refusé la présence de photographes/journalistes – c’est sur le seul concert du Britannique Scarlxrd que nous nous étendrons ici.

Scarlxrd, donc. Anglais, 25 ans. Des tatouages qui débordent jusque sur le visage. Inspiré par des groupes tels que Rage Against the Machine, Linkin Park, Incubus ou Slipknot. Sur scène, Scarlxrd est une pile électrique. L’expression de sa musique se traduit par une gestuelle démonstrative. Au rythme des basses et des percussions, son corps bondit, se déhanche et se tord. Un son lourd, agressif, aussi puissant et anxiogène que certains groupes de doom metal qu’il cite en référence.  Et puis cette voix, ou plutôt ces cris, qui reviennent comme pour vous fracasser la tête.

Venu défendre ses tout nouveaux albums, « INFINITY » et « IMMXRTALISATIXN », l’artiste britannique a mis le feu à la scène du LAB. Le public, dont la moyenne d’âge ne doit pas dépasser 25 ans, connaît ses morceaux par cœur et hurle la plupart des paroles en même temps que Scarlxrd, qui ne cesse de courir, sauter et se remuer dans tous les sens. C’est bourré d’énergie et beau à voir, surtout dans le contexte du Montreux Jazz Festival, où l’assistance est souvent si attentiste et polie. Scarlxrd démontre de bien belle manière que le hip-hop demeure un terrain d’expression pour une frange radicale de gens et de musiciens contestataires. Espérons que le jeune public venu ce soir saisisse la contradiction ou le paradoxe de voir des artistes tels que $uicide Boy$ ou Scarlxrd se produire sur la scène d’un festival aussi huppé que celui de Montreux. Ou peut-être devrions-nous plutôt saluer le Montreux Jazz Festival pour avoir su intégrer dans sa programmation des soirées comme celles-ci, si éloignées de son standard habituel.

Car si le Montreux Jazz Festival a abandonné depuis quelques années l’idée originelle de n’être qu’un festival exclusivement dédié au jazz, les programmateurs ont su proposer à chaque nouvelle édition une palette d’artistes très variée en restant ouverts à bon nombre de musiques actuelles, des plus pop aux moins immédiates. À tort ou à raison d’ailleurs, il ne nous revient pas d’en juger. Reste que nous aurons pu assister aux performances d’artistes aussi uniques et différents que Slash, Thom Yorke, Bon Iver et Scarlxrd, dans des « petites » salles à l’acoustique parfaite. Sans parler de l’accueil toujours très chaleureux que ce magnifique festival réserve tant au public qu’aux professionnels des médias. Vivement l’année prochaine !


Retrouvez le Montreux Jazz Festival sur :
Site officielFacebookTwitter

Photo of author

Luis / amdophoto

Architecte de formation. Photographe par passion. Intéressé principalement par la scène rock - punk - indie.