[Live] Hellfest 2016, jour 3

Gojira, Kadavar, Slayer, Rival Sons & Amon Amarth

Fort heureusement, les Landais de Gojira sont là pour nous rappeler que oui, nous sommes bien au Hellfest, avec un concert époustouflant et d’une violence inouïe. Deux jours après la sortie de leur attendu sixième album « Magma » qui divise déjà les fans (mais pas la critique, unanime), le groupe de death aux influences variées venait fêter dignement l’anniversaire de son prodigieux batteur, Mario Duplantier. La plus belle surprise de ce concert, c’est la setlist, qui ne comporte que trois morceaux de « Magma » (les deux singles « Silvera » et « Stranded » ainsi que le plus agressif « Only Pain ») et fait la part belle à quelques-uns des morceaux les plus emblématiques du groupe. Ouvrant les hostilités sur un ravageur « Toxic Garbage Island » qui donne d’emblée le ton et enchaînant rapidement avec « L’Enfant sauvage » et son dialogue basse-batterie infernal, le groupe embraie ensuite sur quelques titres de leur chef d’œuvre incontesté « From Mars to Sirius » pour le plus grand plaisir d’un public de plus en plus dense qui se déchaîne bien vite sur l’épique « Flying Whales » après un effarant détour du côté de la très justement nommée « The Heaviest Matter of The Universe ». Côté poids lourds, le groupe dégaine aussi les furieux « Wisdom Comes » et « Vacuity » pour un concert presque parfait dont le point d’orgue reste tout de même le solo de batterie de Mario sur la section finale mythique de « Remembrance », suivi du monstrueux « Backbone ». Le public chante des « joyeux anniversaire » à tout va, la circle pit prend une belle ampleur et nous y croisons un Père Noël dodu et le grand schtroumpf tandis que pas mal d’entre nous se prennent aussi pour des baleines volantes en se faisant porter maintes fois par les gens du public pour des séances enjouées de crowdsurfing hors normes puisque la fosse de la Mainstage est immense. Que chacun pense ce qu’il veut du calme souverain qui règne sur « Magma », Gojira n’était pas encore en tournée ce jour-là et a parfaitement rappelé qu’ils étaient les maîtres incontestables du genre en France. Une violente et jouissive démonstration de force sous un soleil de plomb. Jo l’a promis, ils reviendront bien vite avec un show spécial pour mettre en valeur leur singulier dernier album.

Nous faisons ensuite un petit tour pour nous remettre de ces émotions et nous apercevoir que le soleil de Clisson cogne aussi fort que Mario Duplantier, le temps d’apercevoir quelques morceaux du bon, mais pas très surprenant concert des Allemands de Kadavar, dont le hard psych porte en lui-même ses propres limites. Performance racée et impeccable, mais qui manque cruellement d’originalité et qui n’apporte finalement rien à la musique très soignée du combo par rapport à sa version studio. La file d’attente pour obtenir une dédicace des membres de Gojira, les héros nationaux du jour, est si longue qu’elle nous fait rater les trois quarts du concert de Slayer, qui avait par ailleurs l’air excellent. C’est tout juste si nous voyons Tom Araya s’époumoner sur un « Raining Blood » forcément d’anthologie avant de clore un concert que nous devinons très intense par un désormais lourd de sens « Angel of Death », en la mémoire de son guitariste et compositeur de génie Jeff Hanneman, décédé en 2013. L’autre guitariste de Slayer, Kerry King, n’a rien perdu de son incroyable capacité à pondre des soli sidérants de célérité qui viennent claquer dans l’air, tandis que derrière les fûts, Paul Bostaph se fait digne de son illustre prédécesseur Dave Lombardo, qui a de nouveau quitté le groupe depuis 2013.

Dans la Valley, Rival Sons gagne la partie dès son arrivée. Adulés et coupables d’albums indispensables à tout vrai fan de rock qui se respecte, les musiciens empochent la mise avec « Electric Man » en guise d’introduction. Le son est impeccable et nous nous délecterons surtout de la guitare (au passage, la plus belle collection de six-cordes qu’on ait vu durant le week-end) de Scott Holiday. Les accords qui en sortent suintent le blues sans jamais dégouliner et les soli de l’homme à la moustache savamment cirée ne cessent de nous jouer des tours. Au chant, Jay Buchanan, pourtant dans la retenue, est complètement habité. Le public se régale et nous serions bien tentés de poursuivre longtemps encore ce voyage en terres californiennes.

Le passage de Amon Amarth au Download la semaine précédente avait été remarqué et le décor grandiloquent sur la Mainstage (deux énormes proues de drakkar crachant de la fumée) nous indique que le show risque de ne pas faire dans la finesse. Les Suédois entraînent dans leur sillage (de drakkar)  une foule compacte dépassant largement les abords de la scène. Martial, tout simplement martial. Quel titre autre que « War of the Gods » pour décrire le combat qui se mène ? Nous nous croyons véritablement en plein champ de bataille et les flammes surgissant de la scène ajoutent au chaos. Pas forcément conquis sur le papier, nous nous laissons prendre au jeu et Johann Hegg, à la voix gutturale qui nous déplaisait de prime abord, s’avère impressionnant. Se prenant pour Odin, le géant barbu nous apprend au passage des vers à la gloire de la bière et nous invite à lever nos verres, « Raise your Horns » suivant dans la foulée. À l’issue d’une bataille qui a vu s’amasser une foule de plus en plus compacte, les musiciens savourent le triomphe et ont bien du mal à quitter la scène. Impressionnés, il nous reste à écouter si le résultat est aussi probant dans notre salon en écoutant « Jomsviking » sorti cette année.

Photo of author

Maxime Antoine

cinéphile lyonnais passionné de musique