Vintage Trouble, The Skull, No One Is Innocent, Unsane & Tarja Turunen
La surprise est de taille lorsque commence le show de Vintage Trouble. Nous ne nous doutons pas que le groupe qui nous était inconnu jusqu’alors va laisser une trace indélébile sur notre parcours de maniaques mélomanes. Diantre, du rhythm and blues au Hellfest ! À nouveau, chapeau bas aux programmateurs du Hellfest qui savent toujours surprendre le festivalier. Fondé en 2010, Vintage Trouble s’est fondé une solide quoiqu’encore (trop) confidentielle réputation scénique. Sa performance en première partie d’AC/DC lors d’un show aux États-Unis l’année dernière avait d’ailleurs fait grand bruit. Le parallèle avec le Hellfest est donc tout trouvé et nous nous rendons très vite compte que nous avons affaire à de grands seigneurs de la scène. « Blues Hand Me Down » commence à peine que Ty Taylor nous en met plein les yeux. Ballet forcément suggestif avec le pied de micro, pas de danse rappelant là encore le Godfather of Soul ; l’homme attire tous les regards et d’un seul geste entraîne 30 000 personnes tout au long d’un show mémorable. Le temps est compté, guitariste et bassiste envoient sans faillir des accords de soul et de rock appuyés par une batterie solide et nous avons aussitôt en tête le « I Want to Take You Higher » de Sly and The Family Stone capté à Woodstock en 1969. Aussi dingue que cela puisse paraître, nous croyons revivre le même instant mythique si ce n’est le soleil bien présent au-dessus de nos têtes. Le blues surboosté se mêle à un gospel fiévreux pendant « Run Like the River », morceau d’ouverture de « 1 Hopeful Rd. » sorti en 2015, qui voit Ty Taylor se jeter dans la foule et s’y frayer un chemin d’une façon absolument déconcertante. Au cœur de la cohue, nous nous retrouvons face à face avec le prêcheur qui, tout en entonnant comme un damné le mantra « Run, Baby, Run ! », choisit la voie des airs pour rejoindre la scène. Le délire est à son comble et le plaisir des Vintage Trouble bien visible bien que les quatre comparses ne doivent pas ignorer qu’ils disposent de super-pouvoirs retournant chacune des audiences croisées sur leur route. Cette parenthèse absolument inattendue durant un week-end dédié au metal nous laisse sans voix et remontés à bloc. Des heures après, nous croirons avoir rêvé tant cette performance nous a paru irréelle et dingue.
Un passage à l’Altar où, curiosité de programmation, se sont perdus les doom metalleux de The Skull, nouveau projet de trois ex-membres de Trouble, s’avère un des moments décisifs de la journée. La durée limitée du créneau alloué ne permet au groupe que de jouer en intégralité son unique album, « For Those Which Are Asleep », qui sonne exactement comme un classique de Trouble, et d’achever un concert d’anthologie par une reprise de circonstance, avec « At The End Of My Daze », un incontournable de leur discographie sous ce nom qui sera repris en chœur par le public. Le chanteur Eric Wagner et son flegme légendaire impressionnent, tant le type n’a visiblement besoin de rien d’autre que d’une clope au bec pour littéralement posséder la scène, qu’il parcourt nonchalamment pendant que ses musiciens envoient du riff au kilomètre. Son attitude décontractée au possible amène un petit vent de fraîcheur sur un genre musical que nous savons souvent associé à une théâtralité extrême ; comme quoi, quand la musique est aussi excellente, elle se suffit à elle-même.
L’introduction de « Nomenklatura » claque depuis la Mainstage et nous nous dirigeons retrouver No One Is Innocent que nous remercions encore pour avoir injecté du metal dans le rock français au mitan des années 90. La prestation est honnête, Kemar est toujours aussi virulent et sa diction sèche et enragée reste impressionnante. Ayant fait à plusieurs reprises la première partie de Motörhead, un hommage est rendu à Lemmy avec la reprise de « We are the Road Crew ». Les nouveaux venus « Charlie » et « Silencio » se mêlent avec fracas aux vieux briscards « La Peau » ou « Chile », ce dernier dans une tonalité plus blues et moins âpre que sur disque. Ça joue vite et fort sur scène, ça s’affole dans les rangs et il paraît clair que les No One en ont rallié plus d’un à leur cause.
Unsane prend place dans la Valley et délivre un concert carré et froid dont nous ne voyons que la première moitié. La frappe chirurgicale et les riffs acérés rappellent un autre groupe atypique vu deux jours plus tôt, les Melvins. Mais si la bande à Buzzo contrebalançait son sludge mathématique par une bonne grosse dose de fun, pas question de rire pendant un concert de Unsane. La musique est glaciale et complexe, l’exécution irréprochable, mais difficile pour les non-initiés de vraiment rentrer dedans. Intrigant, mais nous quittons les lieux avec la curieuse impression d’avoir léché une pièce de monnaie, un sentiment d’inachevé et un arrière-goût ferreux sur la langue. Il nous faut, en plus, nous farcir une bonne partie de l’éprouvant concert de Tarja Turunen, ex-chanteuse de Nightwish venue prendre possession de la Mainstage avec quelques musiciens de groupes voisins. Rien à sauver dans ce salmigondis de vocalises dignes de la Castafiore sur fond de metal brouillon, pompeux et formaté. Deux indices qui ne trompent pas : une bonne partie du public regarde tout cela assis dans l’herbe, et la belle reprend même l’immonde « Supremacy » de Muse. Durant quelques instants, nous en viendrons même à douter que nous soyons toujours à Clisson et pas dans n’importe quel festival d’été à la programmation (trop) éclectique.























