[Live] Crossroads Festival 2019

Vendredi 13 septembre

Sommaire

Vendredi 13. Chance ou malheur pour les groupes programmés ce jour au Crossroads Festival 2019 ? De notre côté, les mêmes causes produisant les mêmes effets, on arrive un peu en retard et on débarque devant la scène B juste à temps pour le showcase des Lillois de Old Tree’z que l’on avait déjà croisés au Main Square Festival l’été dernier. À défaut d’être le groupe le plus original de la programmation, Old Tree’z est sans doute celui qui dégage le plus de joie de vivre et d’énergie positive. Même si le chanteur nous explique que le titre « Run » est plus sombre, c’est bien quand il nous invite à fermer les yeux et « maintenant vous vous kiffez » qu’il exprime la vraie nature de leur pop : simple, positive, en symbiose avec la nature.

Viennent ensuite The George Kaplan Conspiracy. Il faut avouer qu’on aura bugué un moment sur le fait que ce duo constituait un couple de mauvais sosies de Bernard et Manny, les deux personnages principaux de cette vieille sitcom anglaise intitulée Black Books. Cette référence pointue mise à part, la musique de The George Kaplan Conspiracy est beaucoup moins loufoque que la série en question. Au contraire, leur électro teintée de guitares impressionne par sa maturité et son ambition tout en restant minimaliste. Assurément une des meilleures prestations du festival.

Changement d’ambiance avec Lou-Adriane Cassidy qui nous vient du Québec pour un showcase de 30 minutes (rep à ça Martin Mey). Et le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’a pas fait le voyage pour rien. Même accompagnée de deux musiciens, l’instrumentation reste minimaliste et se met au service des textes et de la voix de la jeune femme. Des textes simples, qui parlent du quotidien, mais qui exaltent la langue française. Fille d’artistes, Lou-Adriane semble avoir déjà tout compris à la recette d’une parfaite balade folk.

Après une pause rencontre entre pros et musiciens, on reprend notre marathon de showcases avec Romane Santarelli. Auparavant en duo au sein de Kawrites, c’est son projet solo que vient nous présenter la jeune femme et c’est seule qu’elle monte sur scène derrière ses claviers et drumpads. Pendant 30 minutes, Romane Santarelli va s’évertuer à créer des nappes de sonorités électroniques évanescentes et poétiques. On se croirait parfois en train d’écouter des instrumentaux inédits du « Kid A » de Radiohead. On plane très haut et Romane avec nous, au point d’en oublier l’horaire de fin de son set et de se faire interrompre par la prod avant son dernier morceau.

On retrouve ensuite Nouveaux Climats. Croisés cet été au festival Minuit Avant La Nuit, on avait regretté de voir leur prestation en plein cagnard un après-midi de juin. C’est donc avec délectation qu’on retrouve le quatuor en intérieur et en soirée. Il est vraiment difficile de retranscrire en mots à quel point ces quatre-là savent vous plonger au beau milieu de la bande originale d’un film qui ne sera jamais projeté ailleurs que dans la tête des spectateurs de leurs concerts. Chacun à l’aune de son imaginaire, se voit projeter dans des films d’espionnages des années 60-70, des films de super héros façon Batman de Tim Burton ou encore des films de science fiction.

Glass Museum. Derrière ce nom se cache un duo bruxellois clavier-batterie des plus impressionnants sur scène. Il faut voir ces deux-là littéralement se tirer la bourre sur des morceaux électro-jazz dont on imagine que la fin intervient lorsqu’un des deux compères est à bout de souffle. Notre regard va de gauche à droite, de l’un à l’autre, et si on ne voit que deux musiciens, on fini par s’interroger : « Mais combien sont-ils réellement sur scène pour sortir ce son-là ?! » quelque part entre post rock et free jazz.

Lorsqu’on découvre le jeune Maz sur scène, on se dit que ce Luxembourgeois d’à peine 20 ans n’a pas vraiment le physique de l’emploi. Certains esprits moqueurs pourraient même vouloir le tourner en dérision de par sa petite taille. Lui, un futur grand du rap ? Et pourtant, il faut se méfier des apparences. Maz est doté d’un flow à nul autre pareil, qui n’est pas sans rappeler Eminem. Son sens de la mise en scène (entrée sur scène masqué, hémoglobine pour simuler une plaie par balle) et son incroyable énergie sur scène font le reste. Oui assurément, Maz a déjà tout d’un grand.

Tandis que Maz se plaît sur scène au point de déborder de son créneau horaire, on passe sur la scène voisine pour découvrir les quatre Belges de It It Anita en position tels des statues de cire, attendant le signal pour lancer leur show. Il y a en effet quelque chose de très théâtral dans le dispositif scénique du groupe. À commencer par Bryan, batteur vêtu d’un simple short rétro rouge du plus bel effet qui, entre deux matraquages de fûts, passera son temps à exhorter le public à se bouger en le pointant du doigt d’un air rageur, pour mieux finir le set en descendant une partie de sa batterie dans le public, debout sur son tabouret avant de marteler une dernière fois sa batterie avec l’énergie du condamné. Qu’on se le dise, It It Anita ça fait beaucoup de bruit, mais ce n’est pas pour rien, bien au contraire !

Retour au rap sur l’autre scène avec BEN Plg, invité de dernière minute du Crossroads Festival 2019 suite à l’annulation tardive des rockeurs de Born Idiot. Il faut avouer que les It It Anita nous ont laissés groggy, à bout de souffle, et qu’on a bien du mal à passer à autre chose. On reconnaîtra néanmoins à BEN Plg et son crew une belle énergie, un flow puissant et des textes inspirés.

Martin Mey n’avait été totalement sincère la veille en nous parlant de ses 28 minutes de trajet pour une minute de show. Car ce qu’il avait oublié de nous dire, c’est qu’il était programmé deux soirs de suite au Crossroads Festival 2019, ce soir avec son compère Gaël Blondeau au sein du groupe Ghost of Christmas. Au démarrage du concert, Martin Mey se tient dos au public, et une étrange installation lumineuse et posée en bord de scène, comme une sorte de fil barbelé luminescent. Ce dispositif semble voué à nous imposer de laisser nos corps dans la salle pour inviter nos esprits à dépasser cette barrière et rejoindre le duo dans des boucles de basses électroniques ténébreuses et fantomatiques.

Parfait tremplin pour le clou de la soirée et du festival assuré par Yolande Bashing. Il faut avouer qu’à cette heure de la nuit, le dernier métro est déjà passé à Roubaix et que la foule s’est clairsemée. C’est donc pour un parterre de happy fews que Yolande Bashing nous sort un show qui tient autant de l’interprétation théâtrale que du concert. Le personnage de Yolande Bashing est plus que jamais lunatique et bipolaire, voire multipolaire. Il y a du Jacques Brel dans sa manière d’interpeler des personnages imaginaires sur des textes bien plus élaborés qu’il ne paraissent improvisés. Le tout sur une électro pop à la fois frontale et fragile. On adore ce spectacle à nul autre pareil que nous délivre Baptiste aka Yolande Bashing.

Une fin parfaite pour un Crossroads Festival 2019 lui aussi parfait, qu’on adore voir grandir année après année avec une programmation sans cesse plus pointue, diverse et cohérente.


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