[Live] Main Square Festival 2019

Avant le début de ce Main Square Festival 2019, on s’était inquiété de ne pas voir de grosse tête d’affiche se dégager de la programmation. Et puis on s’est rassuré en voyant le festival afficher complet deux jours sur trois. C’est une fois sur place que l’on a pleinement mesuré que cette édition du Main Square allait être une réussite. On vous raconte pourquoi autour de quatre raisons principales.

Idles – crédit : David Tabary

La nouveauté : le Bastion

C’était l’une des grandes nouveautés annoncées de ce Main Square Festival 2019, l’ajout d’une troisième scène appelée « le Bastion » pour un festival que l’on croyait au max de sa capacité dans l’enceinte fermée de la citadelle d’Arras. Et cela aura été une des grandes réussites de cette nouvelle édition ! Réservée aux groupes de la région Hauts-de-France, ces derniers n’auront pas démérité face aux grosses machines programmées par Live Nation, bien au contraire, et certains auront réussi à attirer une importante foule de curieux venus découvrir ce nouvel espace (accompagné d’une grande roue pour voir le festival d’en haut).

Le Bastion – crédit : David Tabary

Avouons-le d’emblée, on s’en veut encore d’avoir loupé les concerts de Weekend Affair, Nouveaux Climats ou encore Fall of Messiah. Il faut dire que la plupart des concerts étaient programmés en parallèle de ceux de la Green Room, à l’autre bout du site. Il a donc fallu faire des choix pas toujours évidents à assumer.

Mais on aura eu plaisir à voir un public nombreux venu siester dans l’herbe ou sur les contreforts de la butte faisant face à ce Bastion, se laisser bercer par la folk douce de Louis Aguilar (on aura donc vu un demi Weekend Affair quand même) et son humour bien à lui. Il expliquera entre autres que ses chansons parlent essentiellement de chagrins d’amour, et que comme il est avec sa copine depuis 7 ans, il va devoir lui annoncer une décision difficile « pour le boulot », en espérant que les enfants comprennent.

Louis Aguilar – crédit : David Tabary

On se sera remué avec l’énergie rock un peu rétro vue chez des Cayman Kings toujours aussi pleins de fougue. On aura pris un pied fou devant le set de Edgär, set à l’intensité démultipliée, peut-être parce que le duo s’était mué en quatuor. En effet, Ronan, guitariste et chanteur, s’était cassé la main et ne pouvait jouer. Le groupe a donc fait appel à un guitariste additionnel qui a dû apprendre les morceaux en quelques jours. Et puis depuis quelques temps, le groupe s’est adjoint les services de Jocelyn Soler (aka Verlatour) à la batterie, une batterie insolite jouée debout, qui apporte véritablement du corps et de l’énergie aux compos du projet.

Et puis surtout il y a eu Structures. L’image de la claque est toujours un peu facile à manier dans un live report de concert, et pourtant elle est toujours aussi pertinente pour parler de l’impression laissée par le set de ces quatre-là. On avait eu de quoi se préparer avec leur prestation livrée sur leurs terres à Minuit Avant La Nuit, mais là on était encore un cran au-dessus, un pas au-delà. Et il y a un truc qui ne trompe pas : beaucoup de photographes et spectateurs ont fait le déplacement jusqu’au Bastion, sans doute prévenus qu’il allait s’y passer quelque chose de fort. Structures n’a pas déçu, avec un son et une intensité n’ayant laissé personne indifférent. Nul doute qu’il est en train de se passer un truc avec eux, et que leur album à venir va les mettre sur orbite.

Un peu plus tard c’est Bison Bisou qui se chargeait de clôturer cette première saison du Bastion. Et c’est peu dire qu’il nous auront bien détartré le fond de la cafetière. Toujours hardcore et frontaux, la nonchalance doucereuse (qui pique un peu en fond de bouche) de Charly au chant aura fait le reste pour conquérir la foule.

Un public rajeuni, nombreux et bienveillant

Dès les premières heures de ce Main Square Festival 2019, les observateurs auront pu s’étonner de la moyenne d’âge très basse des festivaliers, beaucoup d’ados ou post ados étaient visibles dans les premiers rangs devant les scènes (pour Lizzo ou Angèle le vendredi par exemple). Étaient-ils venus en famille ? Sans doute pour certains, mais pas sûr que ceux s’étant retrouvés dans des séances de jumps endiablés, de pogos infernaux ou de bousculades massives étaient accompagnés, faute de quoi quelques parents ont dû mourir d’angoisse !

Il faut dire que pas mal d’artistes de la programmation semblaient avoir la faveur des plus jeunes et des familles : Lizzo, Angèle, Christine and the Queens, Macklemore, Lomepal, Eddy de Pretto, Bigflo & Oli ou Jain, autant d’artistes généralement concentrés sur une journée du dimanche orientée « familles » et cette fois répartis sur les trois jours du festival. Ce qui expliquait sans doute les journées sold out du vendredi et du samedi (et gageons que vu le monde le dimanche, il ne restait pas beaucoup de billets en vente pour cette dernière journée).

La bonne idée des organisateurs face à cette affluence (125.000 spectateurs sur trois jours, record absolu de fréquentation pour le Main Square) aura aussi été de proposer un site plus ouvert, avec le Bastion dont on a déjà parlé, et en faisant sauter les barrières qui séparaient jusqu’alors les espaces de la Main Stage et de la Green Room. Malgré cette grande ouverture entre les deux scènes principales, on aura frôlé le malaise dans la cohue et les compressions quand à peu près tout le public de la citadelle aura voulu aller assister aux shows d’Angèle ou Eddy de Pretto sur la Green Room ! Mais toujours dans le respect et la bonne humeur de ce formidable public du nord de la France.

Car c’est un autre point à relever pour cette édition du Main Square, on aura rarement vu pareille ambiance ! Le paroxysme a sans doute été atteint sur le concert de Skip The Use le samedi, Mat Bastard ayant pris un malin plaisir à demander à un public qu’il savait acquis à sa cause (c’était le troisième passage du groupe au Main Square) de tout donner, et même « est-ce que vous êtes prêts à mourir là-dedans ? ». Au regard de l’immense nuage de poussière qui s’est élevé dans la Citadelle d’Arras quand il a demandé au public d’aller tous à gauche puis tous à droite, on pourra remercier la bienveillance généralisée des uns à l’égard des autre qui aura permis d’éviter que quelqu’un ne meurt effectivement piétiné dans ce gros bordel festif.

On remerciera aussi au passage le travail formidable réalisé par la sécurité et les premiers secours car, conséquence de tout ce qui précède, jamais ils n’auront eu autant de travail pour sortir de la foule de jeunes gens pris de panique, de malaises ou à bout de souffle d’avoir trop sauté ou dansé, ou tout simplement incapables de respirer dans cette énorme foule compacte.

La journée du dimanche, un joli lot de consolation pour les guitares

Quiconque fréquente les salles de concerts tout au long de l’année a pu faire ce constat : jusqu’à nouvel ordre, les guitares ne font plus recette (sauf quelques exceptions notables bien sûr). Les fans de rock en étaient donc pour leurs frais lors de cette édition du Main Square Festival. Pour autant, la journée du dimanche promettait quelques belles revanches au milieu de Biglo & Oli, Eddy de Pretto et Jain.

On n’aura donc pas boudé notre plaisir en prenant une bonne grosse déferlante punk dès 15h sur la Main Stage avec les doux dingues de Idles. À l’opposé, on aura savouré la guitare folk subtile et planante de Jonathan Wilson sur la Green Room, faisant écho à celles de Louis Aguilar au Bastion ou de John Butler Trio sur la Main Stage. Ben Harper et ses Innocent Criminals nous auront donné une leçon de classe et de perfection minimaliste en début de soirée.

Avant cela, on avoue avoir savouré le set de Bring Me The Horizon, groupe commercial s’il en est, mais quelques lance-flammes et jets d’air comprimé font toujours leur petit effet, et ce revival du début des années 2000, entre rock FM américain et nu metal, nous a procuré une petite cure de jouvence instantanée et à peu de frais.

Toujours dans le grand écart made in Main Square, la mélancolie du prince Tamino, tout de noir vêtu, nous aura une nouvelle fois touchés jusqu’à nous donner la chair de poule, malgré une programmation peu propice en plein après-midi. Un peu plus tard, on a volontiers pardonné aux Californiens de Rival Sons leurs excès de poses qu’ils auront compensées par quelques guitares bien grasses et les cris du chanteur Jay Buchanan, toujours dans son style bien à lui, au bord de la rupture et de l’apoplexie, et dans la filiation de Led Zeppelin ou Deep Purple.

On se sera même surpris à apprécier le concert à la nuit tombée du groupe Editors et les exagérations maniérées de leur chanteur, Tom Smith, qu’on croyait perdu depuis l’album « An End Has a Start » en 2007 (oh, le coup de vieux…).

Et puis, on en a déjà parlé plus haut, mais on a plaisir à redire à quel point Structures et Bison Bisou ont tenu la dragée haute aux grosses machines de la programmation, avec des sets tout en tension jouissive sur la nouvelle scène du Bastion.

Un festival en forme de gros patchwork musical

On l’avait déjà évoqué l’an passé, le Main Square Festival est devenu ce lieu et cet événement où il est tout à fait normal et naturel de passer d’un genre musical à l’autre au gré des sets et des scènes. Loin de l’incohérence que l’on pourrait imaginer, le festival assume ce côté foutraque qui permet de se faire une bonne idée de l’air du temps musical. Enchaîner Christine and The Queens, Cypress Hill et DJ Snake, et alors ? Où est le problème ?

Il y a un côté plaisir coupable dans ces enchaînements sans lien, qui ne tiennent pas sur le papier, et pourtant ont un effet revigorant sur le festivalier. Il n’y a qu’à voir les mines réjouies au bout de trois jours de saut, de danse, de chant, de cri, de chill, de partage et de fête pour se rendre compte que le Main Square Festival est une expérience à vivre, assez loin des caricatures que certains peuvent avoir en tête.


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