[Entourage #113] Temps Calme

Temps Calme symbolise la richesse d’une relation organique instrumentale, faite de contrastes, de complémentarité et d’inventivité sonore. Le trio lillois, organisé autour d’Olivier Desmulliez à la guitare, Samuel Allain aux claviers et Nicolas Degrande à la batterie, déploie une musique hors du temps, libre et expressive, propice aux plus beaux voyages mentaux. Le groupe déploie en effet avec beaucoup de finesse sa propre musique, en dépassant le territoire habituel des influences, qui pourraient chez lui, englober un immense espace reliant le rock débridé de Can, les tableaux expressionnistes de Mogwai et Explosion In The Sky, l’esprit jazz de la scène de Chicago symbolisé par Tortoise, Jeff Parker, The Sea and Cake etc., la pop baroque et orchestrale de Sufjan Stevens, le rock progressif de Pink Floyd, la tension jubilatoire de Battles. Après un EP inaugural très prometteur en 2019, se présente « Circuit », un premier album foisonnant, musical, nuancé et surtout absolument passionnant comme seule peut en offrir la musique indépendante. Dans ce numéro malin et concis d’Entourage, nous découvrons des musiciens curieux, sensibles et aventureux, attirés par l’expérimentation et la remise en cause permanente de la norme et des habitudes, et pour qui l’entité Temps Calme, est le lieu d’une grande liberté et d’un épanouissement certain, sans être unique et exclusif.

Chester Remington

Sam : C’est le projet solo du batteur charismatique Odilon Horman. J’ai eu le plaisir de jouer avec lui dans Black Bones et de partager plusieurs scènes avec d’autres groupes. Maintenant il est, avec son ciré jaune, capitaine de son groupe de rock psyché.


ALB

Sam : Projet de Clément Daquin, le coupable qui m’a mis le nez dans les synthés. Des arrangements toujours aux petits oignons, des concepts visuels toujours au rendez-vous. J’ai même eu le plaisir d’être bassiste du groupe pour quelques concerts.


Roken is Dodelijk

Nico : C’est le projet dans lequel j’ai commencé à réellement m’éclater, et donc c’est la rencontre avec Jérôme Voisin (GYM) qui a créé le groupe et, bien évidemment, c’est la rencontre aussi avec tous les membres qui composaient le groupe à l’époque, qui a créé l’alchimie. Les mélodies pop de Jérôme ont toujours été très inspirantes et cool à jouer.


Jeff Parker

Olivier : Jeff Parker est, entre autres, le guitariste de Tortoise, c’est aussi et surtout un musicien de jazz.  C’est en découvrant son jeu dans Tortoise fin des années 90 – années 2000 que j’ai réussi à faire le lien entre mes études de guitare jazz et le post rock – math rock, que j’aimais tant ! C’est en partie grâce à cette découverte que je me suis permis de jouer des phrases répétitives, harmonisées… Cela m’a ouvert à d’autres groupes, toujours aux limites du jazz, du post rock, de la musique contemporaine…


Chassol

Olivier : J’ai longtemps utilisé les boucles en live, doublé, harmonisé, construit et déconstruit ce que je jouais en direct, et là… Alors que j’allais voir Stranded Horse qui ouvrait la soirée, je suis tombé sur Chassol… Superbe découverte, tout est fluide, tout coule de source, harmoniser les sons de la vidéo, faire des boucles de vidéo…. Quelle idée ! J’ai déjà écrit quelques ciné-concerts et des choses pouvant s’approcher de ce qu’il fait, mais jamais de cette manière-là !

« Circuit » est foncièrement un disque équilibré et aéré. Il prend le temps d’installer sa propre histoire, entre climats purement instrumentaux et plages lyriques chantées, aux humeurs mystiques quasi liturgiques. Comme un symbole, le single « Emie », ayant déclenché notre passionaria il y a quelques mois, représente parfaitement la musique contrastée de ce long format. Nous sommes happés dans un premier temps par l’appel d’un chant captivant de mélancolie, et finalement projetés dans un labyrinthe de sons et de rythmes, assez complexe, mais parfaitement contrôlé. Chez les musiciens de Temps Calme, il y a en effet ce grand souci du savant dosage tout comme cet altruisme réel, loin d’un égoïsme autocentré et démonstratif. Plus largement, quelle que soit l’idée de départ de chaque morceau, les trois complices affichent une étonnante fluidité et une cohérence décisive, qui relie avec grâce  le fil jazz rock très Robert Wyatt de « Bunny Breckinridge », le coton englobant et naturaliste du post-rock electronica de « Soleihmasandur », l’intensité cinématique et libératoire du presque dansant « Vampires », ou encore  la poésie sensuelle du groove rêveur de « Mirrorball », d’ailleurs à découvrir sous la forme d’un clip étonnant, saluant la sortie de « Circuit ».

« Circuit » de Temps Calme est disponible depuis le 6 novembre 2020 chez Synesthesic Experience et Chancy Publishing.


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