[Live] Solidays 2017

Samedi 24 juin 2017

Nous débutons cette deuxième journée posée dans l’herbe sous les étoiles du César Circus à l’écoute du pop-folk de In The Can et ses sympathiques mélodies ensoleillées qui ne sont pas sans rappeler Talisco. Le trio basse-batterie-guitare est enthousiaste, le public témoigne de la diversité promue par le festival. Toutes les générations se confondent, chacun est curieux et respectueux. Les a priori disparaissent le temps d’un week-end.

La pile électrique qu’est Matt Schultz débarque à peine sur scène qu’il se met déjà à danser. Accueilli tel le messie lorsqu’il descend serrer de mains, le leader incarne les contrastes de Cage The Elephant. Les morceaux obscurs, interprétés par un chanteur lumineux et des musiciens aux apparences variées, sont prenants. « It’s Too Late to Say Goodbye » porte les mêmes sentiments d’agitation propres aux Doors en y insufflant une couleur contemporaine. Les passions se réveillent sur « Cold Cold Cold » et ses faux airs stoniens tandis que le tubesque « Trouble » réjouit toujours autant.

Cage The Elephant réussit le pari osé de proposer un rock de qualité, aux refrains entraînants sans pour autant tomber dans un quelconque revival ou dans la plus plate banalité. Chaque morceau possède sa propre identité, certains plus blues, d’autres très 70’s tout en s’inscrivant dans son époque. Seule la voix nasillarde, légèrement fluette de Matt Schultz peut interpréter à merveille le touchant « Cigarette Daydreams » repris en cœur par une foule conquise. Le groupe oscille habilement entre poésie et dynamisme. Pendant que « La vie en rose » s’échappe de la guitare saturée de Nick Bockrath, Matt Schultz prend un bain de foule qui le porte jusqu’à la régie d’où il termine l’un des concerts les plus marquants de cette édition de Solidays, triomphant.

Sans reprendre notre respiration suite à cette incroyable prestation, nous courrons à la scène Domino y applaudir les Irlandais de The Strypes. Le tumultueux « Easy Riding » fait s’agiter les jambes de l’auditoire. Le groupe venu défendre son dernier album, « Spitting Image », délaisse quelque peu ses précédents succès. Néanmoins, le concert ne nous laisse pas de marbre. L’album, qui peut sembler moins fiévreux que ses prédécesseurs, recèle des morceaux tous plus séduisants les uns que les autres.

Pensons par exemple à « (I Need a Break from) Holidays » et son rythme soutenu. Bien que le clavier présent sur le disque ne se retrouve pas en live l’efficacité du morceau n’en pâtit pas. Ross Farrelly caché derrière ses Ray-Ban empoigne sa guitare rayée pour « Behind a Close Door ». Plus timide que le bassiste Peter O’Hanlon, le chanteur manie le tambourin comme personne et dégaine son harmonica plus vite que son ombre pour « Oh Cruel World » où les premiers rangs se perdent dans des danses effrénées. Le superbe « Scumbag City » clôt ce set endiablé, Josh McClorey joue de sa guitare dans le dos, Evan Walshes frappe avec on ne peut plus de précision et d’entrain sur sa batterie. Le riff irrésistible dompte fans et curieux qui tous sautent avec enthousiasme.

Peu avant de terminer sa tournée et d’arrêter la scène pour un moment, Ibrahim Maalouf offre un concert somptueux et délicat. Sa trompette douce et chaude offre un certain réconfort et apaise entre deux sets mouvementés.

MC multifonction aux nombreuses personnalités, KillASon entre, glorieux sur scène, vêtu de son long manteau noir. Le jeune prince séduit en un clin d’œil les spectateurs par sa maîtrise hors norme de son flow et le parfait accord du moindre de ses gestes à ses mélodies. Le son synthétique de ses prods instaure une atmosphère feutrée et futuriste à sa prestation.

Nous pourrions dire que le premier jour de Solidays était politique et ce deuxième porté sur les jeunes prodiges, cependant cette formule serait réductrice. Un prodige est, selon le dictionnaire, un individu ou un évènement extraordinaire. Or, en plus de créer un art extraordinaire, innovant, KillASon, The Strypes ou plus tard Mai Lan savent exposer leur travail sans lui porter préjudice. En mêlant danse et rap, l’artiste rend sa prestation singulière, il se démarque et assoit petit à petit son génie. Fleekah!

Étrange idée que celle d’avoir programmé les légendaires House of Pain sur l’une des seules scènes ne disposant pas d’écran de retransmission. C’est donc au travers de mains levées et de verres de bière que nous apercevons Everlast et Dany Boy qui jump(ent) around.

Majestueuse, Mai Lan s’avance sur scène avec assurance, la tête haute. Son apparence distante, peu souriante contraste avec l’humour de ses titres. Bien sûr, les désormais classique « Gentiment je t’immole » et « Les huîtres » sont toujours aussi plaisant, mais les nouveaux morceaux à la texture électro-pop sont très attirants. Une certaine sensualité et un naturel jaillissent de « Vampire », comme si la chanteuse s’adressait directement à quelqu’un et que tout cela résultait plus d’une battle que d’un concert.

En sortant, nous croisons Kery James entonnant avec ferveur « Racailles ». Est-ce vraiment impossible d’allier politique et sérieux un samedi soir ? La réponse est définitivement non.

Alice Tabernat

Alice Tabernat

Étudiante passionnée par la création musicale et les beaux textes.