[Live] Romskip à Østre

Chose promise, chose due : le nouvel EP de Romskip est paru en ce début d’année et s’intitule, audacieusement, « Dagens Ungdom » (« La jeunesse d’aujourd’hui »). Une semaine après cette sortie, les cinq Bergenois ont convié cette même jeunesse à embarquer à bord de leur vaisseau spatial. Retour sur un joyeux voyage mouvementé.

crédit : Alice Tabernat

En ce vendredi soir, jour le plus festif de la semaine, une foule compacte s’impatiente, bière en main, devant la scène d’Østre. Sans crier gare, le claviériste monte sur scène, rejoint progressivement par le reste de la troupe. Aucune première partie ne précède ce concert extrêmement attendu, et complet peu de temps après avoir été annoncé. Accompagné d’une violoniste et d’un saxophoniste, Romskip ouvre immédiatement la soirée par « Ser På Deg ». Le public, instantanément comblé, reprend en chœur le premier couplet et le refrain avec une authenticité assez surprenante pour un début de live.

Sans pause, la boucle de synthé imparable de « Aliens » déferle sur l’ensemble de la salle. Le set électrique et saturé à souhait navigue entre différentes inspirations. Si les nouveaux morceaux se font plus punk, le groupe n’hésite pas à leur injecter d’inattendues parenthèses instrumentales plutôt expérimentales, à l’instar de ce solo de saxophone survenu lors d’un impromptu problème d’ampli. La voix rocailleuse et profonde d’Adem offre parfois un délicat contraste avec les mélodies les plus pop à la fraîcheur certaine.  Mais sa voix sait aussi affirmer toute sa puissance, son coffre, sur des titres plus emportés comme « Problemar » ou « Sjanglar ».

Un auditeur se coiffe d’un bout de décor en aluminium arraché avant de reprendre avec ferveur et sincérité le refrain de « Bøffingen », comme s’il déclarait tout son amour à son meilleur ami. Plus tard, Nicolai troque sa superbe guitare électrique pour une sèche et entame « Lei ».  La ville de Bergen est omniprésente, aussi bien dans les paroles qui la louent autant qu’elles soulignent ses failles, que dans les projections d’images du port ou dans l’emploi du dialecte. Même les bières servies sont locales. La ville est tour à tour un décor, un motif d’ennui et une fierté presque intrinsèque.

« For Et Liv » marque un écart avec le reste de la setlist et nous plonge dans l’atmosphère d’un décollage de vaisseau spatial. Si nos pieds restent à peu près sur le sol, ce n’est pas le cas de la majorité des spectateurs. Les verres de bière s’envolent, les pogos – maîtrisés tant bien que mal par le vigile – éclatent et les premiers rangs s’effondrent sur le pied de micro du chanteur tandis qu’un ampli bascule et entraîne dans sa chute un projecteur. C’est dans cet improbable fracas que les musiciens terminent ce concert et rejoignent leurs amis dans le public… avant de remonter sur scène pour un rappel fantastique où une improvisation hallucinatoire se détache avec calme et maîtrise de l’excitation qui animait la soirée.

La musique de Romskip est populaire : elle sait s’adresser et captiver tout un chacun. Elle est profondément enracinée à Bergen, mais peut aussi dépasser ces limites, notamment celle de la langue, en déployant avec sincérité et habilité une énergie communicative. Intituler ce second EP « Dagens Ungdom » n’est ni une prétention, ni une charge démesurée pour le groupe qui ne s’affiche pas comme son porte-étendard mais comme l’un de ses acteurs.


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