Samedi 20 août
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Le samedi en festival, c’est un peu le jour pour la famille. Les parents ne travaillent pas et la viande saoule n’est pas encore trop cuite pour ne pas mettre les enfants en danger.
Aussi, c’est après quelques heures d’un sommeil perturbé par les hurleurs nocturnes habituels de campings de festival (gonzo s’il en est) que nous nous dirigeons vers la scène Lift pour écouter un groupe plus que prometteur : The Clockworks. Noel Gallagher disait qu’il n’y aurait plus jamais de vraies rock stars comme Oasis ou les Beatles. Il a probablement raison. Mais il a oublié de préciser que ceci est dû à ce bon vieil internet, mais aussi et surtout qu’en réalité, les rock stars se sont tellement démultipliées ces dernières années que c’est tout comme il n’y en avait plus. Il n’y a pas de champion toute catégorie qui ridiculise tout le monde, juste plein de très bons, qui vont remplir une niche musicale. Maintenant, soit cette niche est un château fastueux qui fait rêver tout le monde. Pensez Imagine Dragons et sa pop-FM gentiment rock destinée à vos potes qui disent « non… moi, j’écoute un peu de tout, mais j’adore le rock, genre Imagine Dragons ».
Ou alors cette niche musicale peut être un manoir rustique de campagne irlandaise, moins universelle certes, mais avec plus de caractère ! Là, il y a aura Murder Capital et son chanteur iconique, les écorchés de Fontaines D.C, ou encore les Français arty de Film Noir (oui on sait la métaphore du cottage irlandais est bancale du coup, mais on fait ce qu’on peut). Maintenant il faudra compter avec The Clockworks. Les quatre kids originaires de Galway (en Irlande, aussi pour ceux qui dormaient contre le radiateur en cours de géo), sont certes encore un peu verts, mais pleins de sève et dotés d’un énorme potentiel. Le groupe a une esthétique plus qu’accrocheuse ; vue de loin, leur pose de punks soignés attire l’œil. Puis chacun des membres du projet a « une gueule ». Le frontman, James, a la voix de baryton typique du rock du tournant des 70-80’s et psalmodie son chant comme sa compatriote Sinéad O’Connor. Il me confiera plus tard en interview que ce n’est pourtant pas spécialement une influence. D’autre part, ils savent écrire des chansons. Après leur set tonitruant, les festivaliers fredonnent encore les refrains de « Stranded in Standsted », « Enough is never Enough » ou encore « Bills and Pills ».
Ce samedi est un jour formidable pour les groupes rock anglophones. On enchaîne ainsi trois groupes avec beaucoup en commun, mais pas la même formule.
D’abord, les Murder Capital. Groupe post-punk dublinois qui a fait des émules depuis son premier album en 2015. Emmené par James McGovern, qui s’est probablement inspiré de Jim Morrison, pour son chant possédé et parfois rocailleux comme pour ses contorsions épileptiques. La section rythmique est robuste et sert merveilleusement les compositions comme sur la déchainée « Don’t Cling to Life », ou l’inquiétante et mystérieuse « Love, Love, Love ».
On continue ensuite avec Geese, quatre (très) jeunes New-Yorkais qui se réclament des Strokes et des Television. Ils ont la nonchalance des premiers et les guitares pétillantes des seconds. Sans oublier une confiance sur scène indéniable. Écoutez « Projector », « Disco » et « Low Era » et visionnez surtout d’urgence ce live.
On finit la brochette avec Shame. Bien qu’on puisse les classer dans la catégorie post-punk, les cinq Londoniens ont un son de scène beaucoup plus punk, brut et brouillon. On pensera au Sex Pistols des débuts de l’ère punk ou encore aux Damned à l’écoute de « Tasteless » et « Born in Luton ».

L’heure des grosses pointures de l’industrie musicale arrive : instant de nostalgie d’adolescence quand arrive Sean Paul sur la Main Stage. Il est flanqué de deux danseuses en robes moulantes et courtes rouges, alors qu’il enchaîne ses titres légendaires de sa voix si distinctive, l’une d’elles se risque à un twerk collé serré sur l’entrejambe du chanteur. Ceci ne manque pas de faire pouffer quelques jouvencelles près de nous. Ça va s’agacer sur tweeter demain. Rappelez-vous de « Get Busy » et « Like Glue ».
Puis Marc Rebillet s’empare de la scène Marquee. Le Youtubeur à la confiance inébranlable, qu’on surnomme dorénavant Loop Daddy est un iconoclaste extravaguant. Ses concerts donnés en robe de chambre et caleçon apparent durant lesquels il boucle des borborygmes et des sons électros valent le détour. Ne serait-ce que comme curiosité divertissante, si ce style n’est pas votre truc.
Ensuite, le groupe de Kevin Parker est en prime time festivalier. L’électro rock psychédélique et onirique de Tame Impala a largement marqué la dernière décennie et le son des Australiens est désormais identifiable instantanément. La voix est distante et pincée, puis noyée dans les instruments comme si un message d’outre espace essayait de nous parvenir. Les images diffusées sur l’écran resonnent avec ça. Elles ressemblent à la nature de la planète d’accueil des Terriens qui auraient quitté la planète bleue dans un vaisseau spatial juste avant un violent cataclysme. Science-fiction donc avec « Breathe Deeper » et « Feels Like We Go Backward » dans le cockpit façon Gardiens de la Galaxie.












