[Live] L’Ère de Rien 2019

Pourquoi donc de jeunes Nantais si bien vêtus se rendent en masse à Rezé ? Pour le festival l’Ère de Rien pardi ! L’affiche de cette huitième édition était alléchante et malgré la pluie, et deux malheureuses annulations, le festival de « musiques émergentes  et arts graphiques » a tenu toutes ses promesses. Retour sur un improbable festival hipster niché au milieu des arbres.

Wives – crédit : Fred Lombard

Suite à l’annulation tardive de Lava La Rue, le groupe lyonnais Brace! Brace! entame les festivités. La pluie oblige l’ensemble des festivaliers présents à se rassembler sous le chapiteau, ce qui offre un auditoire assez large au groupe pop-surf-psyché façon couleurs pastel et kaléidoscope. Les premiers titres sont intéressants et définissent rapidement la pâte du groupe, mais très vite le set tourne en rond, les compositions se ressemblent, l’énergie s’évapore et nous nous lassons des longues envolées instrumentales. Peut-être que la pluie a emmené avec elle notre enthousiasme.

Le Londonien Oscar Jerome réchauffe l’ambiance dès les premières notes de son set. Ce jeune musicien offre au public un savant mélange de jazz, soul et rap. Accompagné par un saxophoniste et un batteur, les morceaux sont doux, chaleureux et les textes fins interrogent notamment les sentiments à l’issue d’une rupture amoureuse.

L’électricité grimpe graduellement ce soir et après toutes ces « cool vibes » comme le note une festivalière, place au très attendu rock de FUR. Enfin de passage chez les froggies, le fabuleux quatuor fait danser l’auditoire au son de ses morceaux pop 60’s tous plus entraînants les uns que les autres. Bien que ce groupe ne soit pas encore fortement médiatisé ; certains titres tels que « If You Know That I’m Lonely » nous sont déjà familiers. FUR est presque une version britannique et actuelle des Turtles et, pour une fois, ce revival 60’s ne nous dérange pas, car il n’est pas poussé à l’extrême. Certes si les clips sont on ne peut plus inspirés de cette époque bénite outre-Manche, le concert n’est pas ridicule et les musiciens ne cherchent pas à tout prix à se donner un genre.

La soirée se poursuit et se termine en compagnie de Wives. Rien n’est plus efficace que la fameuse recette du rock garage joué à toute vitesse pour faire hurler de joie le public un brin arrosé. Le chanteur ponctue le concert de blagues, la foule rit aux éclats, la pluie pleut et le concert s’accélère. Le groupe du Queens ne réinvente pas le genre, mais a le mérite de maitriser parfaitement, pour du garage, son répertoire et la nuit se termine baignée d’euphorie.

Nous saisissons en vol le concert intimiste de Trainfantome lors du préambule de cette seconde journée de festival, L’Ère de Rien hors les murs en quelques sortes. Le Nantais joue sur les silences et livre un bouquet de délicates compositions parfois graves, souvent mélancoliques.

Marble Arch est le premier groupe à se produire ce soir. Le soleil revenu magnifie le concert aérien des Parisiens, présents pour défendre leur nouvel album. Salué par la critique (KEXP, BBC6 entre autres) la prestation reste humble et simple, ne sombre jamais dans la répétition. Peu familiers au shoegaze, nous sortons ravis de cette découverte poétique et lumineuse.

Fini les effluves pop, place à la soul de Biig Piig. Accompagnée par son frère et un guitariste et saxophoniste sur scène, elle nous éblouit en un rien de temps par son flow et sa voix faussement paisible. Sous cet air détendu, les paroles se révèlent sombres, désabusées à l’instar de « Perdida », où anglais et espagnol se mêlent à merveille. Deux fans du premier rang connaissent chaque morceau et font sourire Biig Piig qui, soudainement, semble sortir d’une rêverie et prendre conscience de l’environnement. L’artiste rend l’ambiance chaleureuse avec des textes grisâtres : fascinant !

Puis vient le tour de Puma Blue. Artiste lui aussi britannique, il joue sur le mélange des genres en livrant un concert aux frontières de la soul, du jazz, de la pop et du hip-hop, comme Oscar Jerome avant lui et Easy Life qui débarque juste après pour enflammer le chapiteau.

Les cinq cool kids réjouissent les festivaliers, le chanteur passe du clavier à la trompette tandis que le bassiste sort son saxophone de temps en temps. Le groupe traite avec nonchalance d’amour, d’histoires du quotidien, de flemme. Les Anglais interprètent des morceaux plus ou moins connus, de « Frank » à « Wet Weekend » sans oublier désormais tube « Nightmares » qui conclut le spectacle avec brio. Énergétiquement dans la continuité de ses enregistrements studio, le concert d’Easy Life nous apparait comme un arc-en-ciel : un inattendu rayon de couleur au milieu de la grisaille.

Cette édition de L’Ère de Rien était étonnamment placée sous le signe du saxophone (quatre en deux jours de festival !). Nous ne pensions pas assister à tant de concerts aux inspirations soul et malgré deux annulations et les conditions météorologiques nous ne pouvons être qu’agréablement surpris de la richesse de l’évènement.


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