[Interview] Marble Arch

Fin avril, Yann Le Razavet se produisait avec son groupe Marble Arch dans le cadre de la huitième édition du festival l’Ère de Rien. Nous avons saisi l’occasion d’échanger avec lui sur son dernier album, « Children of the Slump » ; un album composé fin 2016 mais qui a demandé au musicien et architecte breton de trouver le bon équipage pour le dévoiler. Ce second long format, chargé en émotion et en mélancolie, met à l’honneur des titres profonds associés à une conscience du monde actuel, entre aspirations et souvenirs. Entrevue avec l’une des figures de proue de la nouvelle scène shoegaze et dream pop française.

  • Le shoegaze et la dream pop reviennent en force depuis plusieurs années en France comme à l’étranger. Comment avez-vous été aspiré par ces musiques et quels sont les disques et rencontres essentielles qui ont nourri cet amour pour cette culture ?

Personnellement, j’ai été pris dans cette vague plus jeune, disons quand j’ai découvert My Bloody Valentine et Slowdive, vers 2005. J’ai pris une claque car tout était réuni pour me plaire dans cette pop. Après, des groupes plus récents comme Deerhunter et Atlas Sound ont admirablement repris le flambeau ou plutôt ont su perpétrer le genre tout en y incorporant leur propre touche que je trouve plus actuelle.

  • Votre deuxième album est la première publication du label Géographie. Comment les avez-vous rencontrés ? Le label s’est-il construit autour de votre projet ou avez-vous juste bénéficié de cette nouvelle structure ?

Eh bien, à l’origine de ce label il y a notre manager Nicolas Jublot et Rémi Laffitte de Atelier Ciseaux. Nicolas m’a toujours dit qu’il était super chaud de monter un label avec les groupes en lesquels il croit, avec comme ambition de pouvoir signer des groupes français, mais aussi internationaux. Il a contacté son ami Rémi et, ensemble, ont monté cette structure. On peut donc dire en quelque sorte que le label s’est construit autour de Marble Arch. Ils font un très bon travail, on est bien entouré !

  • Pourquoi avoir choisi un monument en marbre blanc situé à l’extrémité d’Oxford Street comme nom de groupe ? Cela vient-il d’un attachement particulier à la culture anglo-saxonne ? À l’art plus généralement ?

Peut-être… À l’origine, j’avais entendu plusieurs fois ce nom de lieu dans des chansons, c’était assez intrigant… Je me suis renseigné et j’ai trouvé ça assez fort comme nom, pour sa signification. Peut-être que le fait que je sois architecte a joué aussi dessus. En tout cas, c’est certain que la culture anglo-saxonne n’y est pas étrangère.

  • Il aura fallu attendre 5 ans pour voir la sortie de votre deuxième album. Que s’est-il passé dans ce laps de temps ?

Il y a eu pas mal de choses qui ont fait que ce deuxième album prenne du temps à sortir. À la sortie de « The Bloom of Division », nous avons eu pas mal de concerts, mais au fur et à mesure le line up a également changé pour des raisons personnelles. Du coup, il a fallu reprendre les choses et le temps de compositions n’était pas forcément simple à dégager. L’album dans sa version « demo », avec ses 17 tracks, était prêt vers fin 2016 ; puis en cherchant des labels, on s’est dit qu’il pouvait être bénéfique et intéressant de renettoyer les pistes, de l’améliorer au niveau sonore, pour éviter la qualité de son du premier album (qui faisait tout son charme, mais on avait envie que le second prenne un gap). Donc remixage, mastering, travail sur l’artwork, création du label et calendrier des sorties ont fait que cet album a pris autant de temps à sortir à la fin.

  • Que voudriez-vous qu’on retienne de votre premier album, et de même pour votre second ?

Pour le premier, je dis souvent que c’est une sorte de compilation de démos qui forme un tout. En tout cas, je l’ai composé dans cet état d’esprit, je n’avais pas à l’époque l’idée de monter le groupe live, c’est pour dire… (rire). C’était la première fois que je mixais, que je touchais à GarageBand, d’où ce son très lo-fi… Pour moi, ce n’était pas une volonté de sonner comme ça, mais plutôt subi (rire).

Pour le deuxième, il s’est fait dans des conditions différentes. J’étais pleinement conscient de vouloir composer un album complet. C’est également pour cela que ça a pris autant de temps sans doute aussi. Il est plus coloré, plus mature, il se rapproche de la réalité live. Avec ce second opus, j’ai essayé de faire évoluer les sons, les ambiances, d’assumer de manière plus fort le mélange de mes influences. Il y a là toujours le mélange de la mélancolie, des rêves, de la pop, de souvenirs.

  • Vous avez choisi d’appeler votre album « Children of the Slump » (enfant de la crise) en pleine crise des gilets jaunes. L’actualité a-t-il influencé ce choix ?

Haha ! Au final, oui un peu, ce titre (et du coup le nom de l’album) parle de notre génération perdue entre rêves et désespoir, une jeunesse très disponible et jetable, qui à 30 ans, coincée dans l’instantanéité et l’éphémère a toujours du mal à se faire une place dans la société.

  • Quel est, pour vous, le plus beau retour que vous ayez reçu jusqu’à présent de votre deuxième album ?

Eh bien, pour ne pas vous mentir, les retours dans le magazine papier Magic, Technikart, le fait d’avoir été chroniqué récemment par KEXP, Brooklyn Vegan, d’être playlisté sur la BBC6, ça m’a vraiment fait très plaisir.

  • Les pochettes d’album sont des vitrines de la musique qu’ils enrobent. Votre pochette possède une dualité entre la couleur, les rose pales et un phare de Mercedes rafistolé avec les moyens du bord. Pourquoi ce choix de photo ? Il y a-t-il un artiste avec qui vous rêveriez de collaborer pour une future pochette ?

J’aime beaucoup l’artiste Robbert Beatty, j’espère peut-être travailler avec lui un jour. Pour le travail de cette pochette, c’est une très longue histoire (rire), j’avais bien galéré des mois, parti dans tous les sens pour créer la cover… Pour résumer : tout part de cette voiture qui se trouve dans mon quartier. Un jour, je l’ai prise en photo et j’ai tout de suite aimé l’atmosphère. En y rajoutant des roses dessus, je trouvais qu’il y avait quelque chose de puissant, de beau mais triste. On peut y voir un peu la suite de « The Bloom of Division ». J’aime les teintes, la beauté cassée, comme un symbole, « Children of the Slump » ; la génération mal en point (rire). Quand j’ai pris cette photo, je me suis dit ça y est : le fond, la forme, ça le fait !

  • Vous avez, depuis la sortie de l’album, tourné dans des festivals à taille humaine (Festival Transfert, Nouvelle(s) Scène(s), L’Ère de Rien et la Route du Rock dans sa déclinaison hivernale). Est-ce à votre image ou attendez-vous des dates plus importantes dans les prochains mois ?

On va continuer ce genre de festival qui est plus à notre image, je pense… On va essayer de tourner un maximum, mais on ne crache sur rien hein (sourire). Je pense que c’est dans ce genre de festival qu’on peut voir des groupes émergents et pas forcément sur de grosses scènes, généralement ceux qui y jouent ont déjà fait leurs preuves. La prog de l’Ère de Rien était super fraîche par exemple. Mais comme je te dis, on veut jouer partout hein (rire) : petites, moyennes et grosses scènes !

crédit : Fred Lombard
  • Vous commencez votre tournée promotionnelle avec déjà cinq dates. Avez-vous un tourneur qui vous suit ? Comment préparez-vous vos tournées ?

 Nous, on est chez Loud Booking et c’est eux qui nous trouvent nos dates. On nous demande nos dispos et c’est parti ! Là, on commence à travailler sur la tournée de la rentrée déjà.

  • J’en fais appel à votre imagination à cette question mais avez-vous un rêve non encore réalisé et que vous voudriez vivre lors d’un concert ?

 Une tournée aux USA ?

  • Yann, tu composes toutes les chansons mais tu es accompagné de musicien sur l’enregistrement de cet album. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Quelle place laisses-tu à leur créativité au sein du projet ?

Pour mon premier album, j’ai tout composé écrit et enregistré. Pour le second, la composition et l’enregistrement, c’est pareil, mais Danny, notre batteur, a fait toutes les prises batterie et Thomas a fait un solo sur « Instant Love ». Quand j’ai composé cet album, nous n’étions plus que deux de l’ancien line-up, il n’y avait plus trop de concerts non plus, ça a laissé un peu de temps pour composer tranquillement. Quand on s’est mis à rechercher d’autre gars pour le groupe, les morceaux étaient déjà terminés, donc pour ce qui est de la compo, on va dire que j’en suis également à l’origine. Par contre, cette fois, je me suis fait aider par ma copine pour les textes ; elle écrit vraiment bien, presque la moitié des lyrics de l’album sont les siens. Pour le prochain disque, les gars seront présents dans la composition.

  • Le titre « Your Song » est présent sur ton nouvel album. Elle me donne envie de te questionner sur le sentiment d’appartenance à ta musique. Des gens t’ont déjà confié qu’ils se reconnaissaient dans ta musique ou dans un de tes titres en particulier ? Ce titre, c’est une chanson à destination d’une personne en particulier ?

C’est un titre que j’ai écrit pour ma copine justement. Entre le premier et le second album, cela arrive que des gens me disent qu’ils se reconnaissent dans ma musique, oui… Après ils ne développent pas forcément (rire) mais je pense que c’est l’affaire d’une mélancolie qui nous touche tous un peu au fond.

  • Du disque à la scène, comment s’opère la transition d’un titre ? Chérissez-vous la possibilité de réarranger les titres à votre façon dès que l’occasion se présente ou restez-vous plutôt fidèle à la production fixée sur support physique ?

Oui, en général, entre la création du titre et le jour où on le joue, le temps passe et de nouvelles idées naissent. On se permet ça, car je pense que c’est cool de faire muter (mais subtilement) un morceau !


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