[Focus] Catfish Coast to Coast : Boston

Catfish Coast to Coast : cinq villes, cinq photographes, cinq photos préférées et cinq questions rendant compte des impressions de chaque photographe présent à chacun des événements.

Rejoignez-nous le long d’un trajet qui, de Los Angeles nous aura fait remonter la côte Pacifique jusque Seattle, pour nous emmener à Chicago, et enfin rejoindre les rivages de l’Atlantique, d’abord à Boston puis à New York City ; sur les traces de la sensation britannique Catfish and the Bottlemen, au cours d’une tournée où le groupe fait découvrir au public américain les morceaux de son premier album, « The Balcony », disponible chez Communion Records. Profitez bien de la balade !

Quatrième étape de notre périple photographique avec Catfish and the Bottlemen. Nous posons aujourd’hui nos bagages à Boston avec Matt Lambert.

Catfish Coast to Coast - Boston


La salle : Great Scott

En plus d’être connu comme le lieu de l’invasion britannique de l’Amérique, au sens littéral, et de la fameuse « Tea Party », durant laquelle de grandes quantités de thé anglais ont été jetées dans le port, Boston bénéficie d’une culture musicale jeune, avertie et diversifiée. La région métropolitaine est le foyer de plusieurs universités qui attirent des étudiants du monde entier, y compris Harvard, la MIT, l’Université du Massachusetts, l’Université de Boston et Northeastern, entre autres, avec une population étudiante totale de près de 100.000 jeunes. Le Berklee College of Music et le Conservatoire de Nouvelle-Angleterre, qui se classent toujours parmi les dix meilleures écoles de musique aux États-Unis, assurent à la ville un afflux constant de musiciens talentueux. Le résultat est un melting-pot d’amateurs de musique live continuellement à l’affût du futur « méchant » groupe.

Un grand nombre d’artistes emblématiques ont émergé de la région de Boston. Joan Baez, dont le père était à la faculté de la MIT, a donné son premier concert dans les environs de Cambridge, au Club 47. Des groupes cultes comme Jonathan Richman & The Modern Lovers ou The Pixies se sont formés à Boston, de même que les fulgurants représentants de la New Wave, The Cars, ou encore ‘Til Tuesday, qui donnera plus tard naissance à l’artiste solo Aimee Mann. Enfin, aucune liste des groupes venant de Boston ne serait complète sans Aerosmith et ses nombreux disques de platine ainsi que, bien sûr, le groupe Boston.

À l'extérieur de Great Scott, un soir glacial à Boston.
À l’extérieur de Great Scott, un soir glacial à Boston.

Comme lors sa première tournée américaine en octobre 2014, Catfish and the Bottlemen a été programmé pour jouer à Great Scott, une salle d’une capacité de 220 personnes. Le lieu, intime, fait partie de la scène locale depuis 1976 et est affilié au réseau très réputé The Bowery Presents depuis 2012. Great Scott a tendance à accueillir des groupes montants ; il y a donc toujours une grande chance qu’un groupe repéré dans ce lieu foulera les scènes de grandes salles ou des festivals un ou deux ans après.

Great Scott par Matt Lambert

Parmi les récents groupes ayant fait un buzz grandissant et qui ont joué ici, en plus de The Bottlemen, citons Wolf Alice, July Talk, Kate Tempest et Public Service Broadcasting. Les dernières formations notables à être montées sur la scène du Great Scott ont été Phantogram, The Ting Tings, Ásgeir, The Orwells, Temples, Charlie XCX, San Cisco, Young the Giant, The Joy Formidable, Biffy Clyro, Kate Nash, The Temper Trap, You Were Promised Jetpacks, Frightened Rabbit, Passion Pit, MGMT, The Klaxons et Wolfmother.

La première fois que Catfish and the Bottlemen a joué à Great Scott, des billets étaient encore disponibles le soir du spectacle. Cette fois-ci, Great Scott a annoncé les avoir tous vendus plusieurs semaines avant le concert du 5 mars. Bien que la taille de la salle soit modeste, le nombre de participants a été exceptionnel, étant donné qu’il s’agissait d’un soir de semaine pendant ce qui s’est avéré être l’hiver le plus froid qu’ait enregistré Boston depuis 1873.


Le photographe : Matt Lambert

L’enthousiasme de Matt Lambert pour la photographie a émergé grâce à l’amour de la musique, qui a commencé quand il était au lycée. Il était CE type ; un passionné et un défenseur de la nouvelle musique, parfois « au point d’agacer les autres ». Tout au long de sa jeunesse, son père travaillait pour Polaroid et un appareil photo n’était donc jamais loin. C’est pourquoi il a aisément grandi avec la photographie, et les gens ont souvent affirmé qu’il avait l’œil pour ça. Cependant, sa première incursion dans la couverture d’événements musicaux a été au travers de l’écriture pour un site musical et pour le journal de son campus universitaire. Matt a fait l’acquisition de son premier appareil photo, un automatique, quand il a reçu son diplôme de l’université. Peu de temps après, il a été choisi pour photographier officiellement le groupe Mutemath. Craignant que son propre équipement ne puisse pas produire des résultats professionnels, il a emprunté le reflex numérique d’un ami. Il n’y a alors pas eu de retour en arrière possible : « Je devais obligatoirement en avoir un ! » a été la conclusion qui s’imposait, et il a acheté en 2009 un meilleur appareil photo, s’est inscrit à des cours afin d’améliorer sa technique, puis a régulièrement mis en images plusieurs concerts depuis. Parmi les talents remarquables qu’il a photographiés, on compte un de ses héros musicaux, Eddie Vedder (pour le magazine Spin), The Juliana Hatfield Three et Patti Smith. Il aime saisir des images qui « font que les gens veulent en savoir plus sur un groupe », ou encore permettent « d’avoir une bonne excuse pour pouvoir s’approcher sans que ce soit trop effrayant ».

Ses 5 images préférées

Coup de projecteur sur Larry… et ses amis !

Larry Lau est le meilleur ami de Van, et même son colocataire quand le groupe n’est pas en tournée. Il est également une présence que tous les grands fans des Bottlemen reconnaissent immédiatement.
Le public de Boston semblait particulièrement heureux de l’accueillir de nouveau en ville, chantant en chœur « Larry ! Larry ! Larry ! » avant même que le show ait commencé.

5 questions à Matt Lambert

  • Quel a été ton moment préféré du concert ?

J’ai été impressionné par leur énergie. Je ne le savais pas à l’époque, mais j’ai appris un peu plus tôt dans la journée que Van était vraiment malade, quand il a fait une interview à la radio ; mais ça ne l’a pas arrêté, et si personne ne me l’avait dit, je n’aurais pas su qu’il était souffrant. Sa présence était géniale. Il était professionnel. Ils sonnaient tous vraiment ensemble. Ils étaient enthousiastes, et aussi très humbles à ce sujet. Ils ont affiché complet, même si le lieu n’est pas grand, mais quand même – il faisait vraiment, vraiment froid dehors et c’était un soir de semaine. On peut dire qu’ils ont vraiment apprécié que tous les fans soient venus à leur concert. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Je savais à quoi leur musique ressemblait grâce à l’album, mais ça a pris toute son importance en live.

  • Décris-nous le concert en cinq mots ou moins.

Humilité, carré, passé trop vite.

  • En tant que photographe, qu’est-ce qui t’a le plus inspiré durant le concert ?

Ça a été un shooting difficile en raison de la lumière rouge, principalement braquée sur Bob. Le lieu affichait complet et était bondé, ce qui rendait presque impossible le fait de pouvoir se déplacer. J’étais heureux d’avoir loué un objectif spécial, sinon je serais revenu les mains vides ! Donc, c’était difficile, mais parfois le fait que ce soit compliqué est une bonne chose, parce que ça t’oblige à dépasser tes limites en tant que photographe pour créer des moments qui ne sont pas immédiatement visibles, immédiats.

  • Quelle est ta photo préférée, et pourquoi ?

Ma préférée est un gros plan de la Telecaster de Van avec le mot « WHY? » écrit sur le corps de la guitare. Je l’ai repéré et j’ai essayé de l’avoir. Bien sûr, il se déplaçait très rapidement, ou Bob était juste derrière et je voulais une photo isolée de la guitare. Quand j’y suis arrivé, j’ai pensé « Super ! ». C’est certainement l’une de mes photos préférées de la soirée, même si elle peut ne pas sembler signifier grand-chose, car ce n’en est pas une du groupe. Je pensais que c’était juste un mot fort et intéressant à avoir sur sa guitare. J’aime quand les artistes font ça. J’ai été attiré par la notion de « Pourquoi les gens font ce qu’ils font ? Pourquoi chacun fait chaque chose ? », cette question existentielle que je me pose souvent, probablement. Donc, j’ai aimé cet élément humain. Je ne sais pas pourquoi Van l’a fait, mais j’ai pensé que c’était cool, comme une déclaration personnelle qui pourrait être ouverte à l’interprétation.

Note : Au cours de son premier concert à Los Angeles, au Troubadour, un membre du public a remarqué le « WHY? » en question et a crié: « Pourquoi y a-t-il « Pourquoi? » d’écrit sur ta guitare ? ». Van a expliqué qu’ils avaient fait la première partie et étaient amis avec Little Comets, un groupe du Royaume-Uni qui inscrit des mots sur ses guitares. Ils pensaient que c’était très cool, et celui sur la guitare de Van est inspiré de Little Comets. Depuis le concert de Boston, Little Comets a rejoint à Catfish and the Bottlemen lors de sa tournée en Angleterre.

Des guitares comme celle-ci, appartenant à Micky Coles de Little Comets, ont été une source d'inspiration visuelle (© Thomas Day - tdpgigs.wordpress.com)
Des guitares comme celle-ci, appartenant à Micky Coles de Little Comets, ont été une source d’inspiration visuelle (© Thomas Day – tdpgigs.wordpress.com)
  • Tu souhaites ajouter autre chose ?

Quand je suis entré, j’ai été impressionné par les silhouettes en carton découpé à côté de la scène, qui reproduisent la pochette de l’album et où figure le hashtag marrant #grabsyoubytheballs. C’était drôle de regarder les fans en train de poser avec elles.

L’effigie en carton de The Balcony, en sécurité après son aventure à Chicago
L’effigie en carton de The Balcony, en sécurité après son aventure à Chicago

Après le concert, le groupe est resté pour rencontrer les gens. Le manager de la tournée coordonnait les photos du groupe avec leurs fans. Ça a duré environ 45 minutes. Il était vraiment patient avec les gens et les laissait discuter un peu avant de prendre des photos. C’était amusant de pouvoir passer du temps avec le groupe après le concert mais on doit en profiter autant que possible, en sachant qu’un jour ils seront mondialement connus.

Le show est passé très vite. Ce n’était pas juste un groupe en train de répondre présent par obligation, même s’ils ne se sentaient pas bien physiquement ce soir-là. Ça donne un sentiment global de professionnalisme. Quant à la performance, ils étaient vraiment proches et parfaitement ensemble en concert. La plupart du temps, un groupe ne sonne pas aussi bien en live que sur disque. Ils étaient fidèles à la forme, si ce n’est mieux que sur l’album. Vous pourriez dire qu’ils s’amusaient ; il y avait une telle énergie. Les informations sur le fait que Van était malade sont arrivées après le show, mais ça n’était pas évident pendant le concert : il ne se plaignait pas, il avait une attitude admirable. Ils ne se plaignent jamais, ils travaillent dur. J’ai été impressionné parce qu’ils ne se sont pas comportés comme « meilleur que tout le monde ». J’espère qu’ils ne perdront jamais ça et continueront de grandir et de se surprendre eux-mêmes, mais aussi qu’ils garderont toujours ce charme. Il y a beaucoup de charme chez eux et c’est une part importante de leur pouvoir d’attraction.

En rentrant chez moi, j’ai entendu « Kathleen » sur Radio 92.9, ce qui a été une belle manière de finir cette soirée.

La setlist de Great Scott à Boston le 5 mars 2015 :

Mark Wahlberg aka “Marky Mark”, natif de Boston, fait une apparition en invité spécial grâce à la setlist.
Mark Wahlberg aka “Marky Mark”, natif de Boston, fait une apparition en invité spécial grâce à la setlist.

Remerciements particuliers au groupe ainsi qu’à Arwen, Daniel et Kristina qui ont rendu cette collaboration possible.

Prochaine et dernière étape : New-York

Redécouvrez les épisodes précédents : Los Angeles, Seattle et Chicago.


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Adaptation française par Raphaël Duprez.

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