[Live] Cabourg, Mon Amour 2015

Le festival Cabourg Mon Amour a trouvé la recette du cocktail musical parfait en inscrivant sa troisième édition sur le sable, face à la mer. Du 24 au 26 juillet derniers, la plage normande s’est transformée en dance-floor endiablé, aux rythmes de DJs et groupes assurant une programmation sans faille. En mariant la pop nerveuse de Grand Blanc, l’électro soul d’Isaac Delusion, le rythm’n’blues de Curtis Harding, la french touch de Burning Peacocks et l’indie folk de Gandi Lake aux beats contagieux de Superpoze, Jacques et autres Zaltan, 2000 spectateurs enthousiastes ont vécu une organisation parfaite au service d’un line-up jubilatoire. En s’alliant avec La Blogothèque et à l’agence artistique Super, les organisateurs ont assuré un grand moment musical ensoleillé et à taille humaine, que pas même la mer dominicale déchaînée n’aura arrêté en métamorphosant le casino en scène électro choc. Un coup de poker qui s’est transformé en coup de maître !

Ambiance © Nicolas Nithart

Vendredi 24 juillet

Vendredi 24 juillet

Ceux qui ont connu les précédentes éditions et les nouveaux arrivants ont donc pu largement apprécier et vivre cette version 2015 qui s’annonçait déjà, de par sa programmation, comme un bon cru. Et le beau temps ensoleillé a donné un coup de main pour parfaire la réussite de ce millésime 2015.
Un festival qui s’est donc démarqué en prenant ses marques dans le sable, alternant savamment plateaux DJ et scènes live pour trois journées sans relâche tout en restant décontracté.

Dans le berceau des Dives, face à la mer clémente baignant la côte fleurie, au moins 2000 festivaliers venus, pour certains de très loin, pour faire la fête et s’oxygéner les poumons et les oreilles ont pris leurs quartiers sur le sable fin et chaud de la plage chère à Marcel Proust. L’occasion pour eux comme pour nous d’écouter un florilège de DJs inspirés et de groupes pop, rock, indé et soul, tout en dégustant cidre et crêpes gourmandes – Normandie oblige.

Après quelques beats et mixes du Paradoxe Club et de Fellini Félin, venus chauffer les subwoofers de la scène côté plage, les Parisiens de Burning Peacocks eurent l’insigne honneur d’inaugurer la scène de la dune sous un ciel encore radieux. Radieux comme le visage illuminé d’Alma Jodorowsky visiblement très heureuse d’affronter un public tout à sa disposition, devant une mer calme et bleue à perte de vue, à perte de voix.
En anglais et en français, comme pour tenter de porter jusqu’à Brighton, pays de Morcheeba, de l’autre côté de cette Manche qui divise ou réunit ces deux pays qui se font face à coups de aime ou à coups de haine, la dream pop de « Bearning » Peacocks est venue caresser les joues gourmandes et normandes des festivaliers alliés de ce groupe apaisé et rassurant sous un ciel devenu menaçant. Johnny Dankworth et Serge Gainsbourg-Birkin ne sont parfois pas très loin. La plage cabourgeaise transformée pendant quelques instants en Bi(r)kini beach voit le groupe laisser son empreinte au milieu des épaules tatouées des (f)estivaliers à la mode revival.

Après une pause DJstive, Grand Blanc est venu fouler et se défouler sur une scène au ciel incertain. Le microclimat ne fera pas perdre leur micro à Camille et Ben, et c’est sous une légère averse que le groupe de l’Est verse ses propos et sa musique souvent à l’Ouest, rappelant parfois les meilleures heures de la cold wave mancunienne. Jusqu’à parfois en perdre totalement le Nord. Textes scandés, rythmes martelés, visages déterminés mais pas minés, Grand Blanc se fraye parfois un chemin jusque dans l’électro ou dans l’indus pour ensuite se recentrer et se concentrer sur des envolées qui ne déplairaient pas à un Bashung au meilleur de sa forme. Achevant une longue série de dates sonnant le tocsin de vacances bien méritées, Grand Blanc offrira sa tournée au bar à 3h du mat’ pour les plus vigoureux tout en faisant claquer hystériquement guitares, basses et batterie sur des corn flakes nappés de Robert Smith et de Mass Hysteria.

Alors que le soleil montre des signes de défaillance, Ben Khan vient conquérir un public en effervescence, heureux de traverser cette fin de journée malgré la petite averse qui menace de se déverser. Mais ce sont finalement les morceaux courts, incisifs et linéaires, portés par la voix du jeune producteur londonien, qui auront raison du climat plus proche de celui d’un concert de James Blake sous substances illicites. Et le faible chagrin ne chagrine absolument pas le public en transe musicale, instrumentalisé par des titres secs et efficaces qui s’envolent tel un répertoire de Mr Oizo.

Pour parachever la soirée (qui s’annonce longue avec notamment un plateau de DJs à partir de minuit dans la salle de spectacles du Casino de Cabourg), la star incontestée de la journée ; à savoir Isaac Delusion, arrive en trombe sous des trombes d’eau qui auront vite fait de battre en retraite devant la puissance et la chaleur de l’homme à la voix de Jimmy. En mode plateau surélevé comme pour mieux scruter l’horizon et couvrir de sa tessiture la baie de Ouistreham et les plages du débarquement, c’est sans désillusion que les festivaliers s’éclatent sur le jukebox Isaac Delusion. « Is this Love » scande Loïc, offrant ce nouveau titre à mille paires de jambes prises de spasmes incontrôlables. Les guitares ne sont pas en reste et bataillent façon Foals, tandis que le public, ses « Children of The Night » d’un soir, reste sur les fesses après un « Sleepwalking » tout en drum’n’bass à l’heure de la marée haute.

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