Article écrit par Maeva Lelievre et Raphaël Duprez.
Alors que le clip de « Nuits Blondes » nous avait déjà profondément marqués, il était temps pour nous de nous plonger dans les méandres psychotiques et sensibles de Nuits Blondes, dont le premier EP est une errance nocturne durant laquelle la recherche de l’âme aimée et perdue, mais également de sa propre personnalité, devient rapidement un sacerdoce. Entre noirceur d’émotions brutes et emplies de vérités et course effrénée vers la sagesse, l’opus dérange, malmène puis éclaire. Synthétiser la douleur pour mieux la rejeter. Prendre sur soi pour mieux exploser. Exister, malgré la peine et l’abandon, sans jamais renoncer.

Il y a, dans « Nuits Blondes », des échos du temps de Bashung. De la poésie rythmée par une force musicale. Des vapeurs de cigarettes et d’essence, comme si les lieux déserts où l’action se déroule devaient prendre feu, éclairer les âmes en peine et les rebuts d’une société dans laquelle l’individualité sensitive est une faiblesse. Sans aucun fard, Nuits Blondes s’empare de ces phénomènes ancrés dans les profondeurs de l’injustice et du rejet, en faisant dès lors leur cheval de bataille. Leur but premier et immuable. Le rock acéré et mélodique du groupe fréquente les bars abandonnés, invite les âmes perdues à agir, à parler, à se confier. Car la démarche de Nuits Blondes n’est, à aucun instant, égoïste. Prenant à bras le corps les doutes et les violences physiques et verbales, les musiciens grattent sous une surface lisse mais dissimulant de terribles aspérités, des amours perdues, des isolements imposés.
Les blessures saignent sur les peaux maltraitées de Nuits Blondes, qu’elles soient intérieures sur le titre éponyme, extase entre soumission et rébellion, ou, plus loin, sur les dialogues à la fois doux et électriques de « Le déserteur », inversion de la responsabilité d’une fin programmée. La ville déserte devient le cœur et l’âme, l’instrumentation portant ces modifications mentales avec une intelligence frappante. De même, « Hallucinés » méprise la bienséance artificielle de ceux qui ne peuvent agir selon leur volonté, sans accuser mais en essayant, par l’art, de faire prendre conscience d’un dérèglement programmé ; celui-là même qui balaiera « Les cendres » de l’être livré au tumulte, épuisé et volontaire, fouillant les ruines d’une humanité allant droit à sa perte. . « Saïgon » est alors le coup de cœur de « Nuits Blondes » : ce titre que l’on aime et à écouter en boucle pour bien en saisir le sens, touchant de vérité sur l’amour qu’on n’explique pas, celui qu’on ressent, les indomptables sentiments. Finalement, c’est bel et bien la mélancolie qui nous envoûte et nous encercle, liaison charnelle d’une fin du monde tel qu’elle existe, avec ses misères et ses influences aussi débilitantes qu’épuisantes. « Qu’il est faible, ce corps, quand on rêve d’infini. »
« Nuits Blondes », prière païenne réconciliant nos tourments et nos vies propres et dissimulées, use de sa dramaturgie harmonique pour donner un grand coup de pied dans la passivité. Une pierre que l’on jette à l’eau et qui répand ses vagues, d’abord discrètes puis, rapidement, ravageuses. Un hurlement dans l’œuvre d’une vie de bonheurs et de malheurs, résumant à la perfection la sagesse dans le bruit et la fureur.

« Nuits Blondes » de Nuits Blondes est disponible depuis le 1er décembre 2017.
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